Je verse la dernière louche de pâte à crêpe dans la poêle, la porte est ouverte et j’ai trop chaud. Au dessus je les entends, les savoureuses exclamatations de joie et les propositions. On dit qu’on met un lavabo ici, que c’est sous le toit. Je suis un peu jalouse de ne pas être en haut avec tout le monde, mais j’ai au moins le plaisir d’être une témoin petite souris. On installe le nouveau lit d’Odilon, jaune joli, et le nouveau projet qui se greffe à la liste qui parfois nous enchante parfois nous fait tomber les épaules, un peu hagards. Chacun son petit coin, pour la nuit, avec des cabanes en bois. Et même une fenêtre et un portillon chacun! Va pour les fenêtres, ce sera bien gai de leur coudre chacun un petit rideau.

Soudain j'ai tellement tellement envie que cette journée là se finisse. J'ouvre mon agenda tellement de fois, vérifier la suite, je compte les rendez-vous. Je propose ce travail là, oui la boite jaune, pour motiver tout le monde mais je n'y suis pas vraiment. Dans la rue j'entends les garçons faire du vélo, par les fenêtres sur le jardin je vois les grosses fleurs jaunes des courges. Un pincement, le potager n'en a même pas le nom cette année, elles sont loin les aubergines du 1er été ici! J'ai été des mois à dire comme une fumeuse qui dit qu'elle arrête demain que, aller, plus qu'une , une semaine trop dodue comme celle-ci. Mais là si, quand j'ouvre mon agenda c'est bien les semaines dans lesquelles tout a de la place, la salopette d'Odilon, les semis du jardin médicinal, le doudou de Pépin à re-crocheter. Et les balades d'Orgeat, joie! Je lui raconte toute fière mon petit système pour être sûre de ne pas rajouter de rdv au delà de ce que j'avais prévu.  Pourquoi je n'ai pas pensé à ça plus tôt? (Parce que ça prend du temps de se laisser tranquille, sûrement) 

C'est le dernier dimanche avant l'autre rythme et je suis toute seule avec Melchior, comme tous les matins. C'est le temps où Orgeat a envie de courir jusqu'à la lune, ça déborde un peu le bébé sur la hanche, la porte à ouvrir et les gratouilles à faire derrière les oreilles. Le temps parle des mois à venir, c'est parfait comme ça. Les feuilles déjà un peu différentes et le frisson de l'herbe froide quand elle est encore pleine de la nuit. Je laisse quand même la porte ouverte pendant les tartines, la confiture de mirabelles toute fraiche. Dans un dialogue intérieur je décide que le dimanche, la confiture par dessus le beurre salé, je peux. J'ai bu mon petit lait d'argile, mais je ne suis pas allée cueillir des orties pour la tisane. Plusieurs tasses de ce thé noir à la mirabelle, pendant que le crumble cuit. Plus tard ce sera le soir, les épaules toutes fatiguées et la chienne qui ronfle, le coucher qui n'en finit pas et les mots doux qui se coincent derrière la fatigue. Mais avant dans la forêt chacun a cherché le meilleur bâton pour avancer, Orgeat petite bergère qui faisait des aller-retour entre nous. J'ai coupé les branches au fond du jardin qui me piquaient depuis longtemps les yeux, ça ressemblait à une petite cachette sous les feuilles et le bois qui tombaient, dans laquelle tour à tour me trouvent des petits blonds et un museau pointu, puis les deux rayés bien assortis. Seule mais pas trop, le beurre et même la confiture.