J'essayais d'écouter une émission sur le site France Culture, une histoire de véganisme et capitalisme, mais Melchior essayait de se bercer avec son chant inuit et je n'entendais rien du tout. Là haut ça dormait,  un coucher tout parfait. Notre pile de livres, nos montagnes de baisers et même pas besoin de remonter dire que si si c'était bien l'heure de dormir. A la place de la musique, cette chanson que j'écoutais tant quand il fallait bien que la mélancolie de ma vie sonne plus joliment. Cette longue période, prisonnière sur le papier mais avec la légèreté que me donnait cette certitude au fond que ça irait. Ça irait forcément, mon élan vital et ma vieille âme sous le bras. J'en rêve encore, au réveil ça a encore un peu le goût de quelque chose qui ne serait pas digéré et j'en suis toujours étonnée. Je change de piste, j'écoute Comme un légo en live plusieurs fois de suite, dans un autre onglet j'avance sur ma compta. Melchior ne dort toujours pas mais on est tranquille dans cette intimité, notre fil rouge depuis le début. Il est parti chez son frère pour leurs soirées garçon, je prends mon pyjama juste au cas où, mais je sais bien qu'il reviendra avec des croissants demain matin. 

J'entends parler d'une expo Bonnard à Londres et sur un coup de tête, comme Brueghel nous avait amené à Vienne, je prends billets de train. Je joue la fille qui lui fera une surprise pour nos 7 ans en avril, puis quelques heures plus tard je lui raconte tout, parce qu'on vit comme ça, à vivre tout au diapason, on tisse ensemble très ensemble, que ça aura plus de goût d'anticiper ces souvenirs ensemble. Les autres jours je vois un peu flou, je guette les minutes gratuites de la journée, celles sans chuchotements qui racontent tout ce qu'il ne faudra pas oublier. Je reconnais ce qui se met en place pour pallier l'angoisse. Pas tout de suite (toujours pas!) mais oui d'un coup ça m'apparaît, les histoires de balance et de calories, presque acheter sur un coup de tête un kitchen aid voire un thermomix (sic!)... C'est très efficace pour prendre de la place ces idioties, beaucoup de place, dans la tête et faire taire l'angoisse. Je prie pour un mode pilote automatique, j'ai l'impression que plus je pense plus je fais de dégâts. Une nuit je tue enfin en rêve ce sale mec avec qui j'ai passé 8 ans. En avant, en arrière, en avant, en arrière, comme mes enfants. 

On sera dix en tout, tu es sûre? Bien sûr que je dis oui, la perspective de visages souriants autour de la table et des garçons sur des genoux amis. La veille au soir j'ai mal aux jambes d'être restée debout si longtemps à cuisiner. Je barre sur ma liste, grande passion, le houmous, la pie aux épinards, les salades, le crumble. Il me restera les naans, les corn fritters, la crème anglaise et les cookies. Evidemment je lui demande s'il pense que ce sera assez? Il m'aime tellement comme je suis qu'il ne tique même pas. Tiens encore un instant à glisser dans ma boîte j'aime ma vie. Je finis les cookies, 564gr de chocolat vraiment?! en feignant d'ignorer qu'ils jouent avec l'eau dans la salle de bain, on verra plus tard. J'écoute un album de Bjork et François et Melchior ne sont pas encore réveillés. J'ai réussi à articuler deux mots ici, je ne suis pas si hagarde que ça. Le mode automatique est une veste qui gratte qui ne me sauverait peut-être pas tant que ça. 

3 commentaires:

  1. Le mode automatique ne nous permet pas de dire "j'aime ma vie", ce qui serait un peu dommage tout de même ;)

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  2. Trop mignon, ce petit Melchior!

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  3. On va dire que le mode automatique prend le relais quand ça ne va plus mais dirige dans le mur.

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et parce que c'est parfois frustrant de ne pas pouvoir s'en dire plus: tinoftea@gmail.com