J'avais dit que c'était mon dernier jour de travail, le samedi précédent. Les patients compréhensifs, il était temps!, ou pas mais il nous restait que 2 séances, c'est dommage... ça se passe si mal que ça? Non, non, je suis même toute bien, mais à 5 semaines de la "date officielle" je ressentais l'envie de ce tête à tête, d'un temps à notre sauce. Puis bon, finalement juste une semaine de rab dans le centre où on m'accueille toujours généreusement, le temps de finir comme il faut les projets en cours, de faire des vrais au revoir à ces enfants aux histoires trop rupturées déjà... Et vendredi soir c'était vraiment fini, la bulle pourra commencer. J'irai voir cette sage-femme parler et ça ne pouvait pas mieux commencer ce congé mat, non? Ça nous veillera forcément d'une bonne lumière pour la suite... J'y pense devant ma trop matinale tasse de matcha et ce morceau de gâteau, fait tout vite fait alors que le risotto d'aubergines cuisait. The "i want chocolate" chocolate cake, oui c'était tout à fait ça! Je rentrais d'un rendez-vous chronophagiquement inutile, un peu exaspérée qu'on me l'impose -1h et quelque de route pour qu'un anesthésiste coche une case qui disait non sur son formulaire et me parle de sa toute proche retraite-,  même si je crache dans la soupe vivant une grossesse si loin du monde médicale... 

Matin miel de ronce de châtaignier, portes ouvertes surtout pour le goût des oiseaux, car les pieds nus sont encore un peu froids. Lui est parti se recoucher fâché, c'est vrai que la nuit a -encore- été chaotique... Hier on est parti en goguette, à la ville et son petit marché bio, pour le miel, quelques plantes, le pain fait sans électricité qu'on retrouve à chaque petite manifestation de ce genre, et surtout une glace une-boule-rhubarbe-une-boule-mirabelle s'il vous plaît délicieuse. Eux avaient choisi cerise et en ont gardé les joues délicieusement rosées toute la journée. Pour les plantes, seulement un petit couvre sol pour le coin à l'ombre et un coeur de Marie en pensant à ma mère dont c'était la fleur préférée. Ici j'ai de telles marraines bonnes fées question jardin (marraines  tout court d'ailleurs), dont je repars toujours toute chargée, acheter une plante c'est presque incongru. On me raconte où mettre les oreilles d'ours, les groseillers à fleurs, et est-ce que je voudrais des graines d'ancolies aussi? Je suis tombée amoureuses de ces fleurs aux jupons désuets, alors oui oui oui. 

Une liste de projets pour cette journée ? Pas sûre, même s'il faudrait que ce potager gagne quelques rangées, refaire une session broyeur puis le disperser autour des herbes, et ces semis, est-ce qu'il n'est pas temps de les mettre en terre? Full time job que ce jardin et les projets qui vont avec. Hier j'ai remis d'autres pieds de rhubarbe - on doit bien frôler la vingtaine maintenant - tâtonnant sur l'emplacement à leur réserver, vraiment ils font plutôt la tête. Tout le monde s'était levé bien trop tôt, on avait même mis un peu de gelée de groseilles pour adoucir le petit déjeuner brumeux. Peut-être que le petit gilet sera fini ce soir, pour le petit colis qu'il sera si bon de faire partir vers l'amie et son bébé tout neuf, très bientôt. C'est bon ces temps généreux. 







Vraiment ça ne me paraissait pas faisable, cette journée. Rien n'avait commencé mais les yeux me piquaient déjà. Il faisait semblant de faire un peu jour quand Odilon m'avait réveillée, mais les oiseaux ne chantaient même pas encore. Lui les joues chaudes, une fois collé à nous, s'était rendormi tout de suite mais pas moi. Et ce bilan compliqué à rédiger avait surgi, et la journée à me balader entre deux centres, pour du travail chouette c'est vrai, mais rien qui ne me laisserait fermer les yeux. C'est vrai qu'un bain un matin de travail ça avait un peu un goût de fête, et une jupe qui fait jaillir des oh la belle maman

La veille c'était l'ail des ours qui m'avait tenue éveillée, ce grand cabas plein qui n'avait jamais l'air de se vider. Les pots de pesto ont pris un tiroir entier du congélateur, et les petits pochons d'ail prêt à se transformer en soupe, tarte ou risotto s'amoncelaient juste en dessous. Un peu plus rapide à préparer et encore... Comme Caroline Ingalls et son maïs! Les livres qui se baladent, de ma prof de yoga à sa maman, et même lui sur le canapé. Plus que deux tomes alors je fais durer, les histoires de récolte et de couture, les tout petits évènements qui ne perdront jamais leur goût. Autour des pâtes au pesto, évidemment, on raconte que demain c'est dimanche. Pas de travail pour maman! Alors qu'est-ce qu'on fera? La fête! dit Pépin. D'accord, la fête avec des gaufres, quelques rangs de plus au potager, peut-être un peu de peinture ou de pâte à sel? Nidifier un peu la maison, il faut bien dire que c'est un peu le bazar. 

J'ai enlevé le réveil de la chambre, et la lumière était un peu mystérieuse quand Odilon m'a réveillée. Ça aurait pu être la nuit, mais non c'était l'aube. C'était un peu moins déprimant, parce que je n'allais pas me rendormir. Je pensais à mes semis et aux branches à traiter, j'hésitais entre crêpes et pancakes, et le bébé avait encore le hoquet. Puis me lever, c'était rattraper quelques podcasts et avancer le châle... il y aurait bien la liberté d'une sieste quelque part dans la journée. J'ai mis les seaux dans le jardin, le vert des arbres disait bien qu'il allait pleuvoir. Mes courges toutes fraîchement plantées et les limaces...De la fenêtre j'ai vu qu'elles avaient encore leurs feuilles, tant mieux. On passe la journée au lit tous les trois, pendant qu'il avance sur le dernier gros chantier de la maison, la chambre des copains. Je termine le 5ème tome de ma Laura Ingalls et le Fred Vargas qu'on m'a prêté, un petit tour dans mon livre de yoga de l'accouchement, tiens j'avais complètement oublié cette histoire de soleil qui tourne à chaque contraction, qui m'a pourtant accompagnée pendant toute la naissance de Pépin. On me grimpe dessus avec des camions pendant ce temps là, ils inventent des histoires dans lesquelles Odilon est un lion ou un boucher, caressent le bébé, enfin vraiment toutes ces heures koala-esques sont succulentes. On aurait envie de fêter autant de plaisir, c'est comme la petite cuillerée de gelée de groseille sur le morceau de pain au chocolat, beaucoup trop près du repas pour que ce soit raisonnable mais tellement bonne. Bientôt ça sentira l'estragon ici, et les joues sont rouges car le feu que j'ai réclamé n'était pas si nécessaire...