Quand on est arrivé le 2ème matin dans la cour la jardinière cousait au soleil. Avant il y avait eu plein de bonjour, des oh la petite main!, des bras tendus même. Quand être accueilli sonne vrai. C'est un rythme différent, Pépin au jardin d'enfants tous les jours, qu'il faut réfléchir et calibrer pour que ça reste vivable après tant de liberté floue. Minuter sans trop en avoir l'air, ça n'aura bientôt plus un goût de faux, sûrement. 

A la bibliothèque de la plage j'emprunte un bouquin, Les variations Bradshaw, juste pour sa couverture aux éditions de l'Olivier. Comme avant, lors des sessions médiathèque-refuges, très nombreuses de 16 à 24 ans. Quand je n'avais pas une obsession à nourrir -les correspondances, Simone de Beauvoir, Marie-Antoinette ou Hannah Arendt- je prenais n'importe quel ouvrage blanc avec son arbre noir, et souvent c'était bien. Comme avant, dévoré en quelques heures, pendant une tétée ou une insomnie. Ça c'est nouveau. 

Ma grand-mère me dit je suis coiffée comme la poupée du loup car je me laisse pousser les cheveux. Je ne sais pas pourquoi ça me touche terriblement. Une coquetterie qui dit que la vie sera longue. Plus tard sur une plage, je rebroderai un goût de filiation, cette femme qui a la même voix que ma mère et évoque une place pour moi dans sa vie, après un silence de mille kilos. L'arrière goût d'acier lancinant peut enfin s'en aller, 6 ans, 8 ans? après. Je suis nulle pour les dates, surtout celles qui piquent. Ce sont les vacances pansement ou même peau neuve. J'en ressors des liens retissés, l'impression de faire vivre une mémoire qui jusqu'à présent avait le goût d'un oeil par le trou de la serrure. 

Maintenant on brode à deux, on tricote même à trois autour de la table. Les inconnus qu'on accueille à la maison, encore ce mot, parce que c'est ça qui fait que la vie est vivante. On se raconte, j'entends ce qu'on dit de notre vie et me dit ah oui c'est vrai c'est ça. D'ailleurs quand ils sont tous dehors il m'enlace et me dit dans le cou comme il aime notre vie. Pfiou que moi aussi, les instants minutés-pyjamas comme les soirées qu'on vole au sommeil. Ça travaille, quelqu'en soit la forme. V. qui reste 3 semaines avec nous nous offre une spirale d'herbes aromatiques, qu'elle construit avec une minutie qui m'attire. Moi j'essaie le point de broderie qu'elle m'a montré pour un cadeau en feutrine. Les mains s'agitent autant que les mots, on aspire l'une l'autre ce regard extérieur qui agrandit nos pas en avant. Ça picote un peu, son fils et ses angoisses, les miens et leur côté fourmis sucrées. Mais... des choses qui laissent une trace, qui ajoute des feuillets à notre album de vie. Juste bien. 


On avait écouté Lou Reed en rentrant en voiture du pique-nique à la source. C'est un endroit très spécial, sur le plan énergétique. Mes petits Robinson, voire sauvageons, dans l'eau fraîche à faire rougir les mollets, et le petit garçon qui nous accompagne, chapeau et chaussures, lui, au bord de l'eau les regardant. Odilon ton short va être mouillé! qu'il lui dit un peu rabat-joie. Mais il n'entend pas, ça ne lui parle pas, il n'est que sensations, que mouvements, les mots sont pâles à côté de cette dose de vivant. Ils servent à revivre, plus tard, à réaliser que c'est bien vrai. Quelques heures après, au lit les larmes aux yeux, mais dans le noir il ne le voit pas, je pense à voix haute mais comment on sait si on leur rend service

Je voulais appeler ma grand-mère depuis plusieurs jours. C'est que ça dure longtemps toujours, et que du longtemps je n'en ai jamais trop devant moi pour l'instant. Nos anglais, ce couple qui reste 15 jours chez nous sur le principe "logis-couvert contre services" étaient partis voir la ville, les enfants labouraient le coin de terre qui attendait que je me décide (bégonias ou pas?), le bébé calé chez son père et moi je découpais un jeu de lecture. Après quelques minutes, oh toi je sens que ça va pas! Ne pas pleurer, ne pas pleurer, qu'elle ne se dise pas que c'est grave, parce que ça ne l'était pas tant que ça non? 

D'un coup dans la gorge la boule qui flottait toujours un peu au-dessus des vagues grossit. Le chemin qui me semblait sur-mesure d'un coup gratte et vacille. Je leur écris pour les rencontrer? Cette petite école Steiner, peut-être un peu loin de chez nous, sûrement trop, qui pourrait faire une belle fenêtre sur le monde à nos garçons. Et soulager mes épaules qui sont lourdes de je-ne-fais-pas-assez-bien-ïte... Lui est moins sûr que moi, mais j'ai vraiment envie de cette ambiance là pour mes enfants. Par petits temps, car il ne faut pas trop séparer la famille collée serrée que nous sommes... Peut-être que je ressens l'envie de les retrouver, pour la 1ère fois. Ouvrir un peu la bulle, tu y crois, toi

Sur un banc, les pieds tout rouges d'avoir tant marché, je dis mais oui un cahier, un cahier d'eux! Il est rose, plutôt moche je crois, et traîne sur la table du salon ou le buffet jaune. Très vite, en quelques mots quand on passe devant j'y écris sous "août 2018" les bons mots, les petits grands évènements. Je te t'aime, ma vie c'est la préférée, les petites roulettes qui se font la malle. Quelques petits mots s'enchaînent dans ma tête, parfois, le soir. Il me faudrait une feuille, un cahier, mais il faut dire que chuchoter en moi ces derniers temps ça m'allait très bien. Puis toutes les petites mains qui se tendent, ailleurs, c'est devenu plus agréable que parler à haute voix, ici... un peu seule. La trace m'obsède toujours, bien sûr. Mais comme le talent manque, et la vie est si forte, c'est bancal et dissonant un peu. 

La maison est pleine, souvent. On est à trois autour des rosiers, j'ai le réflexe de parler anglais et eux de me répondre  en français. Comme le jour où Melchior est arrivé, je dis au revoir aux rosiers qui me griffent quand je passe trop vite sous la glycine, les rosiers qui sont trop rose pour m'émouvoir. Ils ont sûrement été plantés avec joie, alors je dis quelques pardon en tirant sur les racines. Une digitale y prendra place, la plante avec toutes ses cachettes à bourdons. Ils sont venus nous aider, en échange d'une petite place dans nos vies quelques semaines. Qu'est-ce qu'on fait avec de l'aide, quand on fait toujours sans d'habitude? Laisse, laisse, je peux le faire. Merci, merci, merci. Rien que faire avec, c'est agréable. Qu'il y ait d'autres mains que les miennes, ça force un peu moins l'invulnérabilité. 

Vouloir trop bien faire, c'est un peu cliché quand même. Pourtant j'ai mal aux jambes, cette après-midi là. Le four est chaud et la table pleine de cookies et de tartes pour les pique-nique à venir. Dans des pots j'ai anticipé le dessert pour après-demain, etc, etc. Je vire un peu parfaite femme d'intérieur là non? La veille, 20 minutes inespérées, Melchior ne s'étant pas réveillé alors que je me suis relevée après l'avoir endormi dans notre lit... je raconte des histoires de farine à François, lin et quinoa machin... D'un coup lui dire presque en colère bon sang j'ai dix minutes de juste moi juste toi et je te cause de farines en long en large et en travers, c'est quoi cette vie! C'est la vie tourbillon, pour un temps, qui nous laisse les yeux dans le vague et les lèvres ouvertes en un demi-sourire perpétuel... Il y a beaucoup d'amour et d'absurdité dans l'air. 





Une sieste à trois, mais lesquels? On vit les lits et les câlins musicaux ici, ça donne une belle chanson. Cette fois c'est moi et le koala, évidemment, et Pépin qui a dit que ses yeux piquaient tellement il était fatigué. C'est doux de l'entendre s'écouter un peu, ce petit verrouillé de l'intérieur... Longue, très longue, cette sieste. Je lis l'heure plusieurs fois en me levant. Ça me fait tellement de bien ces heures piquées par ci par là, en échange des nuits qui sont comme des miettes de biscotte. Entre les tétées, canapé, morceau de tabouret, je plante de la camomille dans le jardin. Je ne trouve pas le temps de déplacer le basilic pour lui donner plus de place, mais je vois de loin que les courgettes rondes ont repris du poil de la bête malgré les attaques vigoureuses (et répétées) des limaces... 

Le soir j'installe mes aiguilles sur le lit, je guette un chouette podcast mais souvent je n'arrive pas vraiment à entendre les mots bout à bout, je n'ai plus la tête à ça. La veille je l'ai attendu longtemps sur le canapé, après une longue conversation avec une éventuelle fille au pair. J'ai raccroché en me demandant si, aussi enthousiaste soit-elle officiellement à propos de la campagne, ma description de notre environnement boisé (sic) ne lui avait pas fait un peu peur... Mince. En fait il était tombé en panne, comme moi quelques jours avant. La campagne pour de vrai donc, et plus un véhicule, ah ah. Ces quelques jours cloitrés forcé avaient un goût de terrier pas si désagréables. J'ai sorti du pesto et des parts de clafoutis du congélateur, et les travaux de peinture ont bien avancé. J'ai bidouillé un gratin avec des tomates séchées, et le midi on avait jeté tous les haricots et les petits pois récoltés à une demi courgette dans du bouillon. 

Sur les wasa du beurre de cacahuète et de la confiture de framboises, je convertis tout le monde en un matin. On se dit jeudi les meubles, vendredi le jardin et samedi la maison, et ça devrait le faire non? Les programmes qui sur le papier roulent toujours, avant l'arrivée de ma famille en visite. Trois rideaux de cousus sur les cinq à faire, c'est forcément de bonne augure... On me parle depuis une plage et j'envie le bleu. Elle me parle en tant que maman d'une grande famille, elle a eu 4 enfants. Elle me dit, enfin comme toi, parlant de cette vie sans trop de bulles d'air mais joyeuse. Ça résonne rigolotement à mes oreilles, une grande famille, enfin moyenne-grande, mais c'est nous maintenant c'est vrai.






On mange quoi ce soir? Moi je ne me suis pas encore vraiment remise de la nuit, je ne sais pas si j'ai trop ou pas assez mangé, à force d'avoir picoré ci ou ça, et je me dis que les enfants ça n'est pas vraiment mieux. Un bain pour laver les gribouillis devant les yeux. Je me suis trompée d'une semaine pour l'arrivée de ma famille d'Ecosse, on a donc une semaine de moins pour terminer leur chambre, et d'un coup ça m'a un peu serré le bide. J'ai coupé du tissus pour faire des rideaux pour les cloisons atelier, sorti la machine, mais c'est une journée très tétées donc je n'ai pas pu aller plus loin...  Il y a les urgences de la vraie vie, et l'essentiel, et je lui donne pleinement mon consentement. Petites touches de la vie, quand même, dans notre bulle: le gâteau aux cerises, dévoré par Pépin et moi quand les 2 autres l'ont plutôt boudé. Des pots de confiture à la cerise, aux framboises et à la mélisse, qui donnent envie de kilos de brioche pour la savourer... On est allé pique-niquer au lac, savourant une fois de plus ces temps hors du train de la vie (elle encore!), en faisant l'école à la maison, d'avoir ces lieux pour nous tout seuls en semaine et ne croiser que des gens à contre-courant eux aussi... Les gens d'en dessous ou d'au dessus, sur le trottoir d'en face au moins. 

Une nuit les larmes coulent toutes seules. J'ai mal, j'ai mal, j'ai mal et je n'arrive pas à voir plus loin que ça. Je suis embourbée, écrirai-je plus tard à une amie. A 4h du matin on est plutôt seul, Melchior n'a pas envie de téter, alors que ça me soulagerait drôlement, et François... est un homme. Je voudrais une fausse maman sous le lit, un sms de la sage-femme, quelqu'un qui me dit courage tu y es presque quand moi je suis enrubannée de ça n'ira jamais mieux. J'oublierai très vite, oui c'est vrai, mais là dans mes hoquets il n'y avait plus de mots qui faisaient sens. Seulement la brûlure et le sommeil que ça me volait quand il vaut de l'or... Au lit la journée suivante, les frissons et les coups de chaud, je connais bien, et Melchior tout en sueur de câlins sur moi. On se réveille à peine, le temps d'un livre et d'un imagier avec les grands. Ils goûtent la glace à la cerise et au yaourt qu'on a fait la veille, je prends 2 fois plus précieusement ma dose de leurs sourires. Je laisse un message qui grésille et qui hoquète à une marraine la fée, puis à une autre. La voix goûte comme un très long bras autour de mes épaules, qui caresserait même la tête de Melchior, et je respire un peu mieux. 

Je lui dis oui, oui, vas-y! Mais quand il ferme la porte ça tourne un peu autour de moi. Un livre tous les 4 sur le canapé, Melchior dans l'écharpe et eux chacun d'un côté. Si je tenais un peu mieux sur mes jambes je ferai de la pâte à crêpes pour ce soir... mais pas aujourd'hui je crois. Il y a sûrement des haricots dans le jardin, et par la fenêtre je vois comme le maïs est haut. On pourrait faire des repas de chocolat chaud, et on a des stocks de Weetabix alors... On est tous les quatre, les enfants et moi. C'est la première fois que ça arrive depuis qu'ils sont trois, on est lovés dans le lit, une pile de livres devant nous. Plus tard je tricote depuis une chaise dans l'entrée pendant qu'ils jouent sous la pluie dans le jardin, Melchior toujours lové. Je suis là (pour vous), que semble leur susurrer tous mes gestes. On avait besoin de ce tête à tête, devenir cinq, petit bout de vie après petit bout de vie. Finalement je les fais ces crêpes, entrecoupées de deux tétées. Quand il arrive ça n'est pas prêt mais ça on sait s'en ficher maintenant...




Il fait presque nuit mais pas encore et la fenêtre pourrait être ouverte. Je l'entends jouer de la guitare, tout doucement, parce qu'en haut les garçons dorment. Le tout petit garçon dort lui aussi, sur moi. Je n'ai qu'à baisser un tout petit peu le menton pour caresser sa tête si douce de mes lèvres. J'ai hâte qu'il nous rejoigne et en même temps l'entendre et le savoir a côté à nous veiller c'est si agréable. La sage femme est passée, avec son bébé a elle, et c'était très gai d'être toutes les deux avec ces quatre garçons sur le lit-radeau. Les "minis" bobos d'allaitement, mais qui valent le coup, il a déjà pris du poids

La nuit je m'étais dis tiens!, m'endormant entre chaque contractions, des vagues jusqu'à l'aube. Puis la journée, comme tenir ce petit secret au creux de ma main, pendant la promenade jusqu'au toboggan, en plantant les épinards-fraise et les plants aubergines (peut être bien en retard...). Jusqu'au dernier moment j'avais hésité à aller au yoga, mais j'avais envie de dîner avec eux, partager cette dernière intimité à pas encore tout à fait 5. L'histoire lue un peu penchée en avant, parsemée de pauses tête à tête avec le bébé. Une fois le silence fait en haut évidemment un bain salvateur, ses pirouettes en moi, viens voir! J'ai choisi une jolie chemise de nuit, celle en vichy, et assez vite un sourire qui disait c'est bien cette nuit qu'on rencontrera notre bébé s'est dessiné...

Les pas tout autour du lit, y monter pour les contractions. Encore et encore. Cette fois j'ai besoin de lui, je me sens vaciller s'il sort de la pièce. Elle nous rejoint un peu après, j'ai toutes ces mains dans mon dos et j'entends de loin qu'on prend le bon chemin. Je voudrais qu'il soit déjà là, je répète peut être mille fois viens bébé viens! Ça paraît si loin et pourtant non a un moment c'est bien lui là si près, dans ma tête je lui chuchote un bonjour-au revoir... puis il est là entre mes jambes, sur notre lit, si rond si chaud si doux. Bonjour bébé, bonjour Melchior, ça y est tu es chez toi! 

La suite n'est qu'un grand câlin continu. On mange tous ensemble sur le lit-radeau, je tricote au dessus de sa tête ou je relis "Le concept du continuum" d'une main lorsqu'il mange. Je lui formule des mercis au creux de l'oreille, là ou c'est vraiment tout doux. On tient à 4 dans le lit la nuit et même à 5 la journée pour les lectures câlins, tout est parfaitement parfait...







On pique-nique à une grande tablée, que des gens inconnus mais le lieu est familier. L'avant veille la propriétaire sous la pluie devant une porte ouverte m'avait dit j'ai une tendresse infinie pour toi, tu n'es pas comme ma fille mais... De mains en mains les tartes s'échangent, ah ouf vous aimez ma pizza! qu'on dit au bout de la table, une recette de liqueur d'orties -quand chez moi le purin embaume tout le jardin-, un vin de feuilles de cerisier et une salade de pommes de terre dans laquelle Odilon ne mange que les cornichons. On avait vaguement un programme pour le reste de la journée, une histoire de périple, mais les journées sont courtes et ce qu'il reste à faire avant ma babymoon si... dense? Alors j'ai mis ma robe du jardin, et mis en terre quelques godets de semis. Dans le cerisier planté l'an dernier, assez de feuilles pour faire une bouteille de vin sûrement, et une seule et unique cerise sur laquelle on louche comme sur une pépite d'or... (et qui finira par se faire manger par une pie avant qu'on la découpe religieusement en quatre!)

Après c'était le temps de deux jours durant lesquels je ne devais surtout pas accoucher, sous peine de ne pas pouvoir vivre l'accouchement prévu (gardes de notre sage-femme pas prévues, il aurait fallu se rendre à la mat...). Alors la vie a ralenti, beaucoup, beaucoup... On va quand même au toboggan, à l'heure où tous les écoliers sont dehors, sans faire exprès. On explique, l'école là ou ailleurs, moi je suis encore un peu mal à l'aise... Grain de sable, que voient-ils lorsqu'ils voient ces enfants courir et s'interpeller, leurs jeux dans la cour? Il me faut encore arroser la confiance, pour qu'elle grandisse. Une sieste, avec Odilon et sa crinière chaude à l'odeur de tout petit encore, puis sous le parasol du jeu-travail et les lettres qu'ils apprivoisent. Je m'étais dit non, mais assise comme ça le jardinage n'était pas si pénible, et il faut bien faire de la place pour ces tomates (encore!). 

Le lendemain un petit périple, pour une séance d'acupuncture et une partie de piscine avec les enfants. Petite ville maintenant loin de chez nous, dans laquelle je me rendais seule quand, un peu sonnée que j'étais encore de ce bébé si pressé de nous rejoindre, je venais y vivre le suivi d'Odilon chez cette sage-femme-bonne-fée (comme elles semblent toutes l'être d'ailleurs). La petite ville désuète avec un grand parc et une médiathèque qui fait envie, totalement de celles dans lesquelles je serai contente d'habiter si vous n'étions pas partis sur le chemin d'une vie de Robinson. J'adorais la route qui serpentait, la salle d'attente dans laquelle je posais souvent mon livre sur mes genoux sans l'ouvrir, seulement contente d'être passive pour quelques minutes, un peu tourbillonnée que j'étais. Parfois en sortant j'allais manger un sandwich sur la place, et faire un mini tour au Monoprix tout décati. Cette fois-ci c'est eux que j'ai rejoints au parc, ils collectionnaient les plumes tombées dans l'herbe. Moi j'étais toute activée pour nidifier, le point du coeur, à l'intérieur du poignet, avait même un peu saigné. 


J'avais dit que c'était mon dernier jour de travail, le samedi précédent. Les patients compréhensifs, il était temps!, ou pas mais il nous restait que 2 séances, c'est dommage... ça se passe si mal que ça? Non, non, je suis même toute bien, mais à 5 semaines de la "date officielle" je ressentais l'envie de ce tête à tête, d'un temps à notre sauce. Puis bon, finalement juste une semaine de rab dans le centre où on m'accueille toujours généreusement, le temps de finir comme il faut les projets en cours, de faire des vrais au revoir à ces enfants aux histoires trop rupturées déjà... Et vendredi soir c'était vraiment fini, la bulle pourra commencer. J'irai voir cette sage-femme parler et ça ne pouvait pas mieux commencer ce congé mat, non? Ça nous veillera forcément d'une bonne lumière pour la suite... J'y pense devant ma trop matinale tasse de matcha et ce morceau de gâteau, fait tout vite fait alors que le risotto d'aubergines cuisait. The "i want chocolate" chocolate cake, oui c'était tout à fait ça! Je rentrais d'un rendez-vous chronophagiquement inutile, un peu exaspérée qu'on me l'impose -1h et quelque de route pour qu'un anesthésiste coche une case qui disait non sur son formulaire et me parle de sa toute proche retraite-,  même si je crache dans la soupe vivant une grossesse si loin du monde médicale... 

Matin miel de ronce de châtaignier, portes ouvertes surtout pour le goût des oiseaux, car les pieds nus sont encore un peu froids. Lui est parti se recoucher fâché, c'est vrai que la nuit a -encore- été chaotique... Hier on est parti en goguette, à la ville et son petit marché bio, pour le miel, quelques plantes, le pain fait sans électricité qu'on retrouve à chaque petite manifestation de ce genre, et surtout une glace une-boule-rhubarbe-une-boule-mirabelle s'il vous plaît délicieuse. Eux avaient choisi cerise et en ont gardé les joues délicieusement rosées toute la journée. Pour les plantes, seulement un petit couvre sol pour le coin à l'ombre et un coeur de Marie en pensant à ma mère dont c'était la fleur préférée. Ici j'ai de telles marraines bonnes fées question jardin (marraines  tout court d'ailleurs), dont je repars toujours toute chargée, acheter une plante c'est presque incongru. On me raconte où mettre les oreilles d'ours, les groseillers à fleurs, et est-ce que je voudrais des graines d'ancolies aussi? Je suis tombée amoureuses de ces fleurs aux jupons désuets, alors oui oui oui. 

Une liste de projets pour cette journée ? Pas sûre, même s'il faudrait que ce potager gagne quelques rangées, refaire une session broyeur puis le disperser autour des herbes, et ces semis, est-ce qu'il n'est pas temps de les mettre en terre? Full time job que ce jardin et les projets qui vont avec. Hier j'ai remis d'autres pieds de rhubarbe - on doit bien frôler la vingtaine maintenant - tâtonnant sur l'emplacement à leur réserver, vraiment ils font plutôt la tête. Tout le monde s'était levé bien trop tôt, on avait même mis un peu de gelée de groseilles pour adoucir le petit déjeuner brumeux. Peut-être que le petit gilet sera fini ce soir, pour le petit colis qu'il sera si bon de faire partir vers l'amie et son bébé tout neuf, très bientôt. C'est bon ces temps généreux. 







Vraiment ça ne me paraissait pas faisable, cette journée. Rien n'avait commencé mais les yeux me piquaient déjà. Il faisait semblant de faire un peu jour quand Odilon m'avait réveillée, mais les oiseaux ne chantaient même pas encore. Lui les joues chaudes, une fois collé à nous, s'était rendormi tout de suite mais pas moi. Et ce bilan compliqué à rédiger avait surgi, et la journée à me balader entre deux centres, pour du travail chouette c'est vrai, mais rien qui ne me laisserait fermer les yeux. C'est vrai qu'un bain un matin de travail ça avait un peu un goût de fête, et une jupe qui fait jaillir des oh la belle maman

La veille c'était l'ail des ours qui m'avait tenue éveillée, ce grand cabas plein qui n'avait jamais l'air de se vider. Les pots de pesto ont pris un tiroir entier du congélateur, et les petits pochons d'ail prêt à se transformer en soupe, tarte ou risotto s'amoncelaient juste en dessous. Un peu plus rapide à préparer et encore... Comme Caroline Ingalls et son maïs! Les livres qui se baladent, de ma prof de yoga à sa maman, et même lui sur le canapé. Plus que deux tomes alors je fais durer, les histoires de récolte et de couture, les tout petits évènements qui ne perdront jamais leur goût. Autour des pâtes au pesto, évidemment, on raconte que demain c'est dimanche. Pas de travail pour maman! Alors qu'est-ce qu'on fera? La fête! dit Pépin. D'accord, la fête avec des gaufres, quelques rangs de plus au potager, peut-être un peu de peinture ou de pâte à sel? Nidifier un peu la maison, il faut bien dire que c'est un peu le bazar. 

J'ai enlevé le réveil de la chambre, et la lumière était un peu mystérieuse quand Odilon m'a réveillée. Ça aurait pu être la nuit, mais non c'était l'aube. C'était un peu moins déprimant, parce que je n'allais pas me rendormir. Je pensais à mes semis et aux branches à traiter, j'hésitais entre crêpes et pancakes, et le bébé avait encore le hoquet. Puis me lever, c'était rattraper quelques podcasts et avancer le châle... il y aurait bien la liberté d'une sieste quelque part dans la journée. J'ai mis les seaux dans le jardin, le vert des arbres disait bien qu'il allait pleuvoir. Mes courges toutes fraîchement plantées et les limaces...De la fenêtre j'ai vu qu'elles avaient encore leurs feuilles, tant mieux. On passe la journée au lit tous les trois, pendant qu'il avance sur le dernier gros chantier de la maison, la chambre des copains. Je termine le 5ème tome de ma Laura Ingalls et le Fred Vargas qu'on m'a prêté, un petit tour dans mon livre de yoga de l'accouchement, tiens j'avais complètement oublié cette histoire de soleil qui tourne à chaque contraction, qui m'a pourtant accompagnée pendant toute la naissance de Pépin. On me grimpe dessus avec des camions pendant ce temps là, ils inventent des histoires dans lesquelles Odilon est un lion ou un boucher, caressent le bébé, enfin vraiment toutes ces heures koala-esques sont succulentes. On aurait envie de fêter autant de plaisir, c'est comme la petite cuillerée de gelée de groseille sur le morceau de pain au chocolat, beaucoup trop près du repas pour que ce soit raisonnable mais tellement bonne. Bientôt ça sentira l'estragon ici, et les joues sont rouges car le feu que j'ai réclamé n'était pas si nécessaire... 






J'écoute Richard Bohringer parler pour de vrai, enfin il est sûrement de ceux qui ne peuvent pas faire autrement, quitte à gêner ou peiner. Je pense à ces fois où petite je m'excusais pour mon père, quand on devait partir plus tôt d'une soirée ou d'un mariage, à cause de lui. J'inventais pas de raisons, je savais déjà qu'il avait ces scandales en lui, juste une espèce de sourire de côté qui disait qu'on était désolé pour le dérangement. A la radio, pendant des comptes rendus, j'écoute les vies qui crament, mais lui a duré plus longtemps, il est même encore là. Je dis c'est pas juste! à François, comme une petite fille, encore. Dans la semaine à Pépin qui se rendait compte à haute voix qu'il n'y avait qu'un papi je lui dis qu'il vécu trop fort, mais que je lui raconterai, je te raconterai ton papi. En filigrane il y a sa rébellion, quand on se dit dans la voiture sous une pluie crasse notre dégoût, les regards lénifiés et égoïstes les uns sur les autres... Mai 68 autour duquel on fait du raffut alors que le 10ème des évènements est aujourd'hui impossible... On se redit notre fuite de la société, forcément, toujours un peu coupables et couards. Mais peut-être que le plus viable c'est cet effet domino que permet la vie ici, où l'on rencontre plus de gens finalement, où des communautés bigarrées se créent. Où aller au yoga nous entraîne vers telle ou telle habitude de vie qu'on aurait pas prise sans ça, où telle rencontre à une bourse aux plantes nous sème d'autres graines de réflexion. On est moins habillés, quand on se parle, ici. Parler pour de vrai, oui, nous aussi. 

Il aurait pu être très tôt, mais ça en a le goût, dehors je ne peux même pas dire qu'il fait gris. Il fait vert plutôt, vert mousse, vert tout mouillé. Le bruit de la pluie dans le bassin m'a réveillée plusieurs fois pendant la nuit, j'ai changé de lit, suivie par un koala. Tartines au coing ET part du gâteau avec les fraises posées dessus, qui font comme une compote ou une confiture. Juste saupoudrées de sucre de coco, 170gr non mais ils sont pas fous? avait-on pu m'entendre dire en lisant la recette la veille. Nos bouches n'ont plus ce goût là, parfois c'est triste que les douceurs d'antan nous piquent la gorge même. C'est un matin où le temps compte un peu, dommage, il y a des il faut. Bien un an qu'on ne s'était pas vu, c'est bon le goût des gens qui n'oublient pas. On peut venir, un dimanche? C'est bon quand c'est simple, aussi. Ils amenaient des asperges et une tarte à la rhubarbe. Ici le rose en dessert ce serait des framboises. Et avant? Avec mon cerveau tout occupé à en fignoler un autre l'idée de prendre une décision me donne presque obligatoirement les larmes aux yeux, joues mouillées et bouche qui rigole, parce que quand même c'est bête! Pic-Nic-Douille, jamais autant pratiqué que ces derniers mois. 

Ça avait décidé pour le houmous aux carottes rôties, tant mieux, c'est bon ça, et avec de l'aneth tiens, puisque le plant a repris. Le raïta de concombres, ça n'ira pas très bien avec le temps peut-être. Il faudra sûrement même faire un feu. Pendant que les lasagnes cuisent, courgettes et menthe -encore un peu dissonant avec le temps vert tant pis- on grignote des gressins. Quelques rangs si je pique du temps aux il faut, sinon l'éponge à la main qui zieutera le bazar. Dans les trop, ici c'est trop de vie, ça en fait des taches partout. On n'arrive jamais à faire croire que c'est grave longtemps. Pour ne pas avoir à réfléchir je commence le bonnet du bébé, quelque chose qui fera lutin, forcément, dans une laine douce comme la lune. Une petit pause dans la dentelle de mon châle, quelque chose à tricoter à table, comme une malpolie pressée d'envelopper son bébé. 7 semaines, ou un peu moins...

C'est un radeau magnifique, l'écriture. 
Restons groupés, surtout, restons groupés. 

Retour d'une journée comme celles pour lesquelles j'avais signé, en inventant cette vie à l'emploi du temps léger sur le papier il y a quelques mois. Retrouvailles dans le centre qui m'accueille chaque semaine après 3 mardis sautés, les jeunes tout beaux, la nouvelle éduc était coiffeuse avant! et de la brioche en salle de pause. Séances à plusieurs, parce que tout le monde était bien luné et qu'il fallait profiter de cette belle énergie, petit luxe de ces matinées-liberté. Pour la première fois je n'avais pas à déguerpir sur les chapeaux de roues et pour rentrer j'ai pris la route sans lignes droites avec ses vues de vacances. Je me sentais comme une enfant sur la banquette arrière, pensées qui se demandent quelle vie ont les gens qui vivent là, images de pommiers et de mirabelliers en fleurs, plaques jaunes des touristes qui reviennent dans leurs maisons de vacances au printemps, les chevaux et les virages nonchalants. 

Je me demandais si une idée de déjeuner aurait émergé avant que j'arrive, mais les occupations étaient plus sérieuses, gros bricolage et jeux avec des pots et du poivre (?!). Tout était ouvert et on a mangé les courgettes crues. Le midi délicieux, qui ne demande pas qu'on énonce les plans de l'après-midi car quoi qu'il arriverait ce serait bien. Avancer dans n'importe laquelle de ces petites pichenettes qui nous pique la vue, des plinthes, des histoires de barres de seuil ou de luminaires extérieurs. Ce qui fait faire de si bons aaaah une fois que c'est fait. Il me fabrique ce banc sous l'escalier dont j'avais tellement envie, en tête depuis toujours cette vue de bande d'enfants alignés en train de mettre leurs bottes en vue d'une promenade dans les flaques d'eau, la vie qui nous amène tout pile là où l'on devrait être. 

Moi et les enfants au jardin, remplir encore plus de godets et terminer enfin les semis, en leur racontant les feuilles puis les fleurs et enfin les assiettes, quel goût ça aurait, peut être. Comme l'été dernier, vous vous souvenez? Il faudra agrandir de beaucoup le potager pour que tout ait une place et si tout fonctionne ce sera vraiment Byzance. Nos joues étaient rouges et la tête m'a un peu tourné, on a décidé d'une pause eau-qui-pique et pommes en quartiers tous les trois. On a raconté des histoires d'Odilon qui tomberait dans le compost, ponctuées de grands noooooon! et gloussements ad hoc. Ragaillardis on a pu semer la camomille et les "épinards fraises" (curiosité très piquée!). Après ça aurait pu être agréable de s'asseoir mais ça l'était encore plus de sentir ce corps retrouver les mouvements qui ont du sens après un hiver un peu cotonneux. On a mis les clématites en terre, la rose sous la tonnelle et la blanche contre le grillage. On a imaginé le bassin entre les pivoines, grand saut vers la vraie vie pour les poissons rouges, ce week-end peut-être!

Première tonte dans la foulée, on a estimé que ça n'était pas raisonnable que ça reste mon domaine exclusif. J'avais fait un peu de place entre les rosiers et les myrtilles, en le surveillant un peu du coin de l'oeil. Je viens de planter des choses là bas tu sais! C'était un peu pénible d'avoir à penser à ce qu'on mangerait, j'ai lancé du riz complet sans trop savoir ce que j'en ferai, puis finalement il y a eu des épinards et du gorgonzola avec. C'était bien d'être assis, fourbus et ensemble, de toute façon. Un goût de soirs qui traînent un peu quand les après-midis débordent plus que de raison. On n'a pas sauté l'histoire, parce que ça ce serait grave, malgré les grandes envies de bain et de canapé. Il n'a fallu remonter qu'une fois pour un rab de baiser. Dans le bain j'ai fermé les yeux, repue de vie et vibrante de fatigue. 

Ces temps qui auront longtemps le goût d'une liberté un peu coupable, comme les journées qu'on chipe enfants, quand un rhume ou un mal de ventre transforme une journée en surprise douillette, pyjama toute la journée et bol de raisins secs allongé sur le tapis du salon... 

Je rentre avec l'immense envie d'un magnolia, après ces 15 jours à les avoir vu fleurir partout en Belgique... me renseigner sur quand et où le planter, presque sauter le pas mais être raisonnable encore un peu... et hier en rentrant de coursettes des taches rose clair au fond du jardin, dans la partie un peu "forêt"... Mais dis donc c'est pas un magnolia ça?? On a tous couru sous les sapins, et si, bien au milieu un peu entremêlé avec les autres et les branches un peu torduillées pour avoir leur morceau de soleil, un grand grand magnolia très chic et poudré. C'était bien gai ce petit cadeau. On découvre aussi des taches roses qu'on n'avait pas encore remarquées... un cognassier du japon. Merci jardin! Même si le puzzle des plantations est un peu fait de travers les petites pousses sont conciliantes, les pivoines et le groseillier à fleurs, les lilas heureux de leur dernière taille, les premières fleurs de nos fruitiers très bientôt. 

Les petits déjeuners sont encore fait de gelée de coings mais ce sera bientôt le temps de finir les derniers pots de mirabelles 2016Et même une part de gâteau au chocolat à côté des tartines, mais c'était vraiment un matin de faim. On revient avec des envies, une nécessité même, de repenser l'espace pour qu'il soit plus contenant et ordonné pour tout le monde. En prenant des notes la semaine passée autour du besoin d'ordre et de stabilité de l'enfant mes yeux piquaient un peu en me disant comme on offrait tout l'inverse aux garçons, et que certains moments azimutés qui laissent tout le monde les oreilles bourdonnantes pourraient bien découler, au moins parfois, de ça. 

Il faudrait qu'il existe une sorte de couvent pour femmes enceintes, je lui dis, alors que je lui raconte la bulle dans laquelle j'aurais envie de me glisser maintenant au 7ème mois... Je peine un peu à être à la fois dans la vraie vie et en train de peaufiner ce bébé...  Ces 2 semaines-montagne de formation et les yeux et oreilles grands ouverts qu'elles réclament n'y sont pas pour rien, pfiou. On se dit, alors qu'il fait nuit dehors, comme sur une barque un absurde - table en bazar et Odilon nous tournant autour en nous demandant des chips (?!!) alors que le coucher a eu lieu il y a plus de 2h - qu'une fois rentrés on n'aura plus qu'à s'installer dans un cocon moins mouvementé, sans périples ou grandes accélérations de prévu. Un petit à découvrir, mais ça je le vois tissé en douceur et pas comme une grande tornade qui me laisserait bouche bée. On me dorlote avec des lasagnes, une sieste dans une maison vide qui aurait pu durer toute une journée, une couverture dehors, et les premiers repas dehors. On parle bassin à poissons et moussaka, la vie en zigzag tout bien, quoi.  









Une soirée, tout entière. La veille Odilon avait dit "maman elle est toute rose", et c'est vrai que j'avais les joues comme deux petits toasts. Là juste à côté du feu c'était agréable de m'en souvenir, les joues encore plus brûlantes que la veille. Je dînais d'un chocolat chaud, petit -oh même très grand- plaisir solitaire alors qu'il était parti en ville pour la soirée et la nuit et que les koalas s'étaient endormis alors que j'étais à peine en bas des escaliers. Ils avaient 2 oeufs au plat et une énorme assiette de semoule et de fenouil à la tomate dans le ventre chacun, les petites jambes avaient vraiment bien travaillé aujourd'hui. "Et le cerveau aussi!" On s'est couché en parlant des oeufs qu'on cacherait et qu'ils chercheraient le lendemain, et dans les fleurs, et dans les arbres, et même dans la boîte aux lettres! Oh oui, bonne idée, tiens! Le gâteau était en train de cuire dans le poêle, au citron et à la pâte d'amande. Il ne faudrait pas que j'oublie de donner trois nouveaux tours à ma pâte feuilletée avant d'aller au lit, pour la chicken pie qui le précéderait. La cuisson attendrait qu'il revienne, je ferai la sauce et les haricots plats à part... Maintenant qu'on cuisine avec le four du poêle ce serait raisonnable que j'apprenne à faire du feu (ou que je le regarde faire deux fois quoi!), mais c'est tellement goûtu de s'en faire offrir un quand il s'agit de se réchauffer dedans-dehors.

Il aurait fallu que j'avance dans les affaires pour nos deux semaines en Belgique, pour la suite de ma formation dans une bien enthousiasmante école Montessori. On part demain après le petit festin. Nous tous, bien sûr, et leurs journées qu'ils me raconteront dès que j'aurai passé le pas de la porte, tous les soirs, et ma famille d'écosse qui nous rejoindra là bas pour une semaine. Très gai, et un immense goût de vacances donc, ou de très bon temps en tout cas. Il y aura du dorlotage dans l'air, sûrement, et les petits moments larmes-aux-yeux sans crier gare - en passant le balai, en terminant une ligne de compta, ou dans un soupir dans le bain - me font dire que j'en ai besoin. Je me couche et me collant le plus possible contre lui et en lui soufflant heureusement que tu es là, et rien alors ne pourrait sonner plus vrai. J'ai dans la main l'image de Pépin et Odilon qui, alors que je barbote dans mon énième bain de la semaine (pardon conscience écologique, ma santé mentale en dépend en ce moment), prépare le thé pour "bébé M". Attention c'est chaud! M il aime pas le café! Il nage M? Je raconte encore qu'il arrivera avec les pivoines, plus ou moins, et qu'on fêtera l'été avec lui. J'ai bloqué sa couverture tout à l'heure, je suis en avance cette fois ci... 

Dans le bureau d'à côté j'ai maintenant une bouilloire, et forcément c'est le bonheur des mains qui se réchauffent et des épices sur la langue. J'ai refait un petit stock et j'alterne entre Joie de vivre et Energie féminine avec leurs petits mots attachés aux sachets qui me disent que le bonheur entraine le bonheur, et tout et tout. Dehors il y a du soleil et les enfants jouent au ballon avec les frères du patient qui vient me voir. C'est tellement le genre de scène gaie que j'avais imaginée, avec ce grand projet, que ça me fera sourire jusqu'au soir. Comme une autre place du village. Je repeindrai les portes de devant, dans un beau vert macaron, et quand ce sera fait je mettrai un banc à côté des touffes de lavande que je viens de planter. Les kumquats, derrière la fenêtre eux, murissent, et les pieds de mûres n'en pouvaient plus d'attendre de rejoindre le jardin. Les semis attendront le retour de formation, c'est un peu frustrant de voir ces sachets de promesses sans pouvoir raisonnablement y toucher pour l'instant. Une page de plaisirs après l'autre...