dimanche 13 janvier 2019






Ils sont partis tôt chez l'ostéo, Pépin n'avait pas trop envie d'y aller. Pour qu'il s'écoute un peu plus, on s'était dit que peut-être... Odilon et Melchior viendront au bureau avec moi, et c'est toujours gai ces séances à plusieurs, ça enrichit souvent ce qui se vit avec les patients. Parfois une maman me garde Melchior le temps d'une séance et repart toute pleine de ses câlins, c'est thérapeutique pour tout le monde. Un peu seule, pas très longtemps mais juste assez pour me permettre de boire un thé debout derrière la fenêtre, voir comme le ciel est rose. Sur un petite assiette une part d'un gâteau à l'apple sauce, avec des abricots secs et beaucoup de cannelle. Tout à l'heure on ira se promener, comme tous les jours, on parlera ou pas, on en reviendra tout amplifiés. On avait trouvé des glands germés la dernière fois, il faudrait les replanter. 

Les choses ont un peu changé, ma collègue est partie et d'un coup mon emploi du temps que je n'avais déjà pas assez lignes-rougesifié est devenu tout dodu. Naïve, nous poser juste au milieu d'une forêt n'aura pas suffi à ce que la vie coule naturellement d'un rythme tout doux et physiologique.. ça me semble un combat, tous les jours ou presque, et ce mot me semble tellement antinomique avec la douceur espérée. Que peut-on barrer dans ce qui se greffe à nos journées? Je regarde et re-regarde mon emploi du temps en réfléchissant aux suivis qui pourraient bientôt s'arrêter. Voilà, tu vas devenir l'ortho la plus efficace de la région! Je dis aux patients on se donne jusqu'aux vacances de février et on fait le point. Quelques heures en plus à la maison, à penser qu'un jour le printemps reviendra. 

Une après-midi je suis passée tout rapidement entre deux rendez-vous, je travaillais au cabinet-à-la-maison, et je les ai entendus tous les 4 au lit, François leur racontait leur livre préféré du moment. Je suis repartie  sur la pointe des pieds. On discute de l'été. Je mettrai bientôt le nez dans les graines, les dimanches à troquer avec les amis recommenceront. Cette année pas de gros ventre au dessus de la grelinette comme l'an dernier... J'aurai envie d'un été calme et lovés dans le terrier agrandi au jardin pour profiter d'une saison entière à regarder les choses changer. Et ne pas rater les récoltes! 

Dimanche, un gateau aux dattes et à l'orange, pour les petits goûters de la semaine à l'école. Pas de boulangerie, on a de quoi faire! Le nez dans des histoires de boulot, pénible et déprimant, mais je parviens à freiner à le petit vélo de malheur qui s'apprêtait à faire la course dans ma tête. Ils m'interrompent pour lire cet énorme livre sur les gnomes et je choisis de voir ça comme un cadeau.









Ça sent la pie dans l’appartement. Ma tante me raconte la sienne, en Écosse, ce soir aussi. Les repas de Noël qui durent, les jours d'après, la gravy aux poireaux et cranberries de mon côté, aux champignons du leur. Pépin me demande et ça comment on dit en anglais, et ça, et ça ? Alors c’est peut être le moment, alors je m’autorise à leur parler anglais, des petites choses par ci par là, en plus des histoires. Put your coats on, we’re taking a walk. Come on boys it’s bed time! L’âge adulte, enfin m’autoriser à me dire que c’est un peu ma langue aussi, cette langue que mes parents parlaient alors qu’ils me parlaient français à moi, et que je peux leur transmettre. 

On ne croirait pas qu'il n'est même pas 9 heures. La maison est déjà toute feutrée, assombrie, d'une ambiance qui nous fait chuchoter. Je suis seule, de cette solitude qui n'est jamais entière depuis que je suis mère, les garçons dorment, et Mackenzie qui vit avec nous en ce moment doit lire elle aussi. Il y a eu beaucoup de passage à la maison, des américains, des anglais, une fille au pair américaine, et on s’est demandé si ce rythme hoquetant ça n’était pas un peu trop pour les enfants. En même temps, pfiou, des bras en plus, c’est tellement ce dont on a besoin. A cinq on est tellement plein. Des câlins, des couchers qui durent des heures, la tête qui tourne de leurs bons mots et de fatigue. 

Mes yeux se sont brouillés plusieurs fois, sur cette route qu’on emprunte maintenant tant de fois par semaine. La décharge électrique en cette fin d’été, qu’on n’était plus sur le bon chemin avec Pépin. Qu’enfin je m’autorisais, again!, à déléguer... la rentrée de Pépin, dans cette école cocon à la pédagogie qu’il nous faut nous approprier. Elle nous en apprendra tellement sur la vie je crois. On a réorganisé nos vies, ajouté un lieu de travail plus loin, près de son école, avec ces enfants qui me plaisent tant et que je ne voyais pas au cabinet. Du bonus, et de l’énergie consacrée à s’adapter, encore. Cette énergie que je n’ai pas, sables mouvants et pleurs au dessus de la cuisine quand il faut encore en trouver pour les soupes qu’on enchaîne, soirs après soirs. On a quitté un peu de notre marginalité, notre vie hors du temps, et j’ai senti que je me retrouvais. Les vendredis soirs ont le goût d’une fête, la liberté du week-end, les dimanches soirs œufs et mouillettes en pyjama le goût d’une nostalgie de ma propre enfance. On fait sur mesure, et Odilon est à la maison avec Melchior. Peut être que lui, il se sentira bien en IEF, les temps à table à jouer avec les lettres et les sons lui vont tellement bien. Et le cocon qu’il étire, lui le encore petit bébé comme il aime à chantonner très fort.

On a fait la Bretagne, un peu de Belgique -mais ça pique encore quand on y retourne, chez moi en tout cas-, un peu d’Allemagne, de Paris, et puis l’Autriche et sa Vienne. On installe notre façon d’être parents, avec un peu plus d’assurance. De ceux qui aiment tant leur terrier et tant leurs bouffées d’air aussi. Peut-être qu’on essaie d’avoir le beurre et l’argent du beurre, en leur construisant cette vie dans la forêt et ces respirations aux journées dans les musées. N’empêche ça a grincé, un peu. On s’est regardé les yeux troublés, les mots malmenés, pris quelques rendez vous, ostéo? Bah on peut toujours essayer. Dans notre rythme visiblement ça coince, j’y reviens toujours, au rythme, j’y vois notre salut. Visiblement on pourrait mieux faire, il y a encore trop de flottements et les garçons s’y perdent. Alors on s’assoit, on se demande où mettre du rassurant, du constant, comment mieux dire et mieux faire. Je nous prescris plus de dehors aussi, fresh air is good for the soul. On se cherche des routines autour de la table aussi, toujours commencer le repas en allumant une bougie? Un soie ce sera bouillon, et les mardis, des crêpes tu crois? Tâtonnements sur un chemin molletonné... que les mots reviennent, c'est que je respire mieux. 

Bonne année! et merci pour les pensées chuchotées par mail...




Quand on est arrivé le 2ème matin dans la cour la jardinière cousait au soleil. Avant il y avait eu plein de bonjour, des oh la petite main!, des bras tendus même. Quand être accueilli sonne vrai. C'est un rythme différent, Pépin au jardin d'enfants tous les jours, qu'il faut réfléchir et calibrer pour que ça reste vivable après tant de liberté floue. Minuter sans trop en avoir l'air, ça n'aura bientôt plus un goût de faux, sûrement. 

A la bibliothèque de la plage j'emprunte un bouquin, Les variations Bradshaw, juste pour sa couverture aux éditions de l'Olivier. Comme avant, lors des sessions médiathèque-refuges, très nombreuses de 16 à 24 ans. Quand je n'avais pas une obsession à nourrir -les correspondances, Simone de Beauvoir, Marie-Antoinette ou Hannah Arendt- je prenais n'importe quel ouvrage blanc avec son arbre noir, et souvent c'était bien. Comme avant, dévoré en quelques heures, pendant une tétée ou une insomnie. Ça c'est nouveau. 

Ma grand-mère me dit je suis coiffée comme la poupée du loup car je me laisse pousser les cheveux. Je ne sais pas pourquoi ça me touche terriblement. Une coquetterie qui dit que la vie sera longue. Plus tard sur une plage, je rebroderai un goût de filiation, cette femme qui a la même voix que ma mère et évoque une place pour moi dans sa vie, après un silence de mille kilos. L'arrière goût d'acier lancinant peut enfin s'en aller, 6 ans, 8 ans? après. Je suis nulle pour les dates, surtout celles qui piquent. Ce sont les vacances pansement ou même peau neuve. J'en ressors des liens retissés, l'impression de faire vivre une mémoire qui jusqu'à présent avait le goût d'un oeil par le trou de la serrure. 

Maintenant on brode à deux, on tricote même à trois autour de la table. Les inconnus qu'on accueille à la maison, encore ce mot, parce que c'est ça qui fait que la vie est vivante. On se raconte, j'entends ce qu'on dit de notre vie et me dit ah oui c'est vrai c'est ça. D'ailleurs quand ils sont tous dehors il m'enlace et me dit dans le cou comme il aime notre vie. Pfiou que moi aussi, les instants minutés-pyjamas comme les soirées qu'on vole au sommeil. Ça travaille, quelqu'en soit la forme. V. qui reste 3 semaines avec nous nous offre une spirale d'herbes aromatiques, qu'elle construit avec une minutie qui m'attire. Moi j'essaie le point de broderie qu'elle m'a montré pour un cadeau en feutrine. Les mains s'agitent autant que les mots, on aspire l'une l'autre ce regard extérieur qui agrandit nos pas en avant. Ça picote un peu, son fils et ses angoisses, les miens et leur côté fourmis sucrées. Mais... des choses qui laissent une trace, qui ajoute des feuillets à notre album de vie. Juste bien. 


On avait écouté Lou Reed en rentrant en voiture du pique-nique à la source. C'est un endroit très spécial, sur le plan énergétique. Mes petits Robinson, voire sauvageons, dans l'eau fraîche à faire rougir les mollets, et le petit garçon qui nous accompagne, chapeau et chaussures, lui, au bord de l'eau les regardant. Odilon ton short va être mouillé! qu'il lui dit un peu rabat-joie. Mais il n'entend pas, ça ne lui parle pas, il n'est que sensations, que mouvements, les mots sont pâles à côté de cette dose de vivant. Ils servent à revivre, plus tard, à réaliser que c'est bien vrai. Quelques heures après, au lit les larmes aux yeux, mais dans le noir il ne le voit pas, je pense à voix haute mais comment on sait si on leur rend service

Je voulais appeler ma grand-mère depuis plusieurs jours. C'est que ça dure longtemps toujours, et que du longtemps je n'en ai jamais trop devant moi pour l'instant. Nos anglais, ce couple qui reste 15 jours chez nous sur le principe "logis-couvert contre services" étaient partis voir la ville, les enfants labouraient le coin de terre qui attendait que je me décide (bégonias ou pas?), le bébé calé chez son père et moi je découpais un jeu de lecture. Après quelques minutes, oh toi je sens que ça va pas! Ne pas pleurer, ne pas pleurer, qu'elle ne se dise pas que c'est grave, parce que ça ne l'était pas tant que ça non? 

D'un coup dans la gorge la boule qui flottait toujours un peu au-dessus des vagues grossit. Le chemin qui me semblait sur-mesure d'un coup gratte et vacille. Je leur écris pour les rencontrer? Cette petite école Steiner, peut-être un peu loin de chez nous, sûrement trop, qui pourrait faire une belle fenêtre sur le monde à nos garçons. Et soulager mes épaules qui sont lourdes de je-ne-fais-pas-assez-bien-ïte... Lui est moins sûr que moi, mais j'ai vraiment envie de cette ambiance là pour mes enfants. Par petits temps, car il ne faut pas trop séparer la famille collée serrée que nous sommes... Peut-être que je ressens l'envie de les retrouver, pour la 1ère fois. Ouvrir un peu la bulle, tu y crois, toi

Sur un banc, les pieds tout rouges d'avoir tant marché, je dis mais oui un cahier, un cahier d'eux! Il est rose, plutôt moche je crois, et traîne sur la table du salon ou le buffet jaune. Très vite, en quelques mots quand on passe devant j'y écris sous "août 2018" les bons mots, les petits grands évènements. Je te t'aime, ma vie c'est la préférée, les petites roulettes qui se font la malle. Quelques petits mots s'enchaînent dans ma tête, parfois, le soir. Il me faudrait une feuille, un cahier, mais il faut dire que chuchoter en moi ces derniers temps ça m'allait très bien. Puis toutes les petites mains qui se tendent, ailleurs, c'est devenu plus agréable que parler à haute voix, ici... un peu seule. La trace m'obsède toujours, bien sûr. Mais comme le talent manque, et la vie est si forte, c'est bancal et dissonant un peu. 

La maison est pleine, souvent. On est à trois autour des rosiers, j'ai le réflexe de parler anglais et eux de me répondre  en français. Comme le jour où Melchior est arrivé, je dis au revoir aux rosiers qui me griffent quand je passe trop vite sous la glycine, les rosiers qui sont trop rose pour m'émouvoir. Ils ont sûrement été plantés avec joie, alors je dis quelques pardon en tirant sur les racines. Une digitale y prendra place, la plante avec toutes ses cachettes à bourdons. Ils sont venus nous aider, en échange d'une petite place dans nos vies quelques semaines. Qu'est-ce qu'on fait avec de l'aide, quand on fait toujours sans d'habitude? Laisse, laisse, je peux le faire. Merci, merci, merci. Rien que faire avec, c'est agréable. Qu'il y ait d'autres mains que les miennes, ça force un peu moins l'invulnérabilité. 

Vouloir trop bien faire, c'est un peu cliché quand même. Pourtant j'ai mal aux jambes, cette après-midi là. Le four est chaud et la table pleine de cookies et de tartes pour les pique-nique à venir. Dans des pots j'ai anticipé le dessert pour après-demain, etc, etc. Je vire un peu parfaite femme d'intérieur là non? La veille, 20 minutes inespérées, Melchior ne s'étant pas réveillé alors que je me suis relevée après l'avoir endormi dans notre lit... je raconte des histoires de farine à François, lin et quinoa machin... D'un coup lui dire presque en colère bon sang j'ai dix minutes de juste moi juste toi et je te cause de farines en long en large et en travers, c'est quoi cette vie! C'est la vie tourbillon, pour un temps, qui nous laisse les yeux dans le vague et les lèvres ouvertes en un demi-sourire perpétuel... Il y a beaucoup d'amour et d'absurdité dans l'air. 





Une sieste à trois, mais lesquels? On vit les lits et les câlins musicaux ici, ça donne une belle chanson. Cette fois c'est moi et le koala, évidemment, et Pépin qui a dit que ses yeux piquaient tellement il était fatigué. C'est doux de l'entendre s'écouter un peu, ce petit verrouillé de l'intérieur... Longue, très longue, cette sieste. Je lis l'heure plusieurs fois en me levant. Ça me fait tellement de bien ces heures piquées par ci par là, en échange des nuits qui sont comme des miettes de biscotte. Entre les tétées, canapé, morceau de tabouret, je plante de la camomille dans le jardin. Je ne trouve pas le temps de déplacer le basilic pour lui donner plus de place, mais je vois de loin que les courgettes rondes ont repris du poil de la bête malgré les attaques vigoureuses (et répétées) des limaces... 

Le soir j'installe mes aiguilles sur le lit, je guette un chouette podcast mais souvent je n'arrive pas vraiment à entendre les mots bout à bout, je n'ai plus la tête à ça. La veille je l'ai attendu longtemps sur le canapé, après une longue conversation avec une éventuelle fille au pair. J'ai raccroché en me demandant si, aussi enthousiaste soit-elle officiellement à propos de la campagne, ma description de notre environnement boisé (sic) ne lui avait pas fait un peu peur... Mince. En fait il était tombé en panne, comme moi quelques jours avant. La campagne pour de vrai donc, et plus un véhicule, ah ah. Ces quelques jours cloitrés forcé avaient un goût de terrier pas si désagréables. J'ai sorti du pesto et des parts de clafoutis du congélateur, et les travaux de peinture ont bien avancé. J'ai bidouillé un gratin avec des tomates séchées, et le midi on avait jeté tous les haricots et les petits pois récoltés à une demi courgette dans du bouillon. 

Sur les wasa du beurre de cacahuète et de la confiture de framboises, je convertis tout le monde en un matin. On se dit jeudi les meubles, vendredi le jardin et samedi la maison, et ça devrait le faire non? Les programmes qui sur le papier roulent toujours, avant l'arrivée de ma famille en visite. Trois rideaux de cousus sur les cinq à faire, c'est forcément de bonne augure... On me parle depuis une plage et j'envie le bleu. Elle me parle en tant que maman d'une grande famille, elle a eu 4 enfants. Elle me dit, enfin comme toi, parlant de cette vie sans trop de bulles d'air mais joyeuse. Ça résonne rigolotement à mes oreilles, une grande famille, enfin moyenne-grande, mais c'est nous maintenant c'est vrai.






On mange quoi ce soir? Moi je ne me suis pas encore vraiment remise de la nuit, je ne sais pas si j'ai trop ou pas assez mangé, à force d'avoir picoré ci ou ça, et je me dis que les enfants ça n'est pas vraiment mieux. Un bain pour laver les gribouillis devant les yeux. Je me suis trompée d'une semaine pour l'arrivée de ma famille d'Ecosse, on a donc une semaine de moins pour terminer leur chambre, et d'un coup ça m'a un peu serré le bide. J'ai coupé du tissus pour faire des rideaux pour les cloisons atelier, sorti la machine, mais c'est une journée très tétées donc je n'ai pas pu aller plus loin...  Il y a les urgences de la vraie vie, et l'essentiel, et je lui donne pleinement mon consentement. Petites touches de la vie, quand même, dans notre bulle: le gâteau aux cerises, dévoré par Pépin et moi quand les 2 autres l'ont plutôt boudé. Des pots de confiture à la cerise, aux framboises et à la mélisse, qui donnent envie de kilos de brioche pour la savourer... On est allé pique-niquer au lac, savourant une fois de plus ces temps hors du train de la vie (elle encore!), en faisant l'école à la maison, d'avoir ces lieux pour nous tout seuls en semaine et ne croiser que des gens à contre-courant eux aussi... Les gens d'en dessous ou d'au dessus, sur le trottoir d'en face au moins. 

Une nuit les larmes coulent toutes seules. J'ai mal, j'ai mal, j'ai mal et je n'arrive pas à voir plus loin que ça. Je suis embourbée, écrirai-je plus tard à une amie. A 4h du matin on est plutôt seul, Melchior n'a pas envie de téter, alors que ça me soulagerait drôlement, et François... est un homme. Je voudrais une fausse maman sous le lit, un sms de la sage-femme, quelqu'un qui me dit courage tu y es presque quand moi je suis enrubannée de ça n'ira jamais mieux. J'oublierai très vite, oui c'est vrai, mais là dans mes hoquets il n'y avait plus de mots qui faisaient sens. Seulement la brûlure et le sommeil que ça me volait quand il vaut de l'or... Au lit la journée suivante, les frissons et les coups de chaud, je connais bien, et Melchior tout en sueur de câlins sur moi. On se réveille à peine, le temps d'un livre et d'un imagier avec les grands. Ils goûtent la glace à la cerise et au yaourt qu'on a fait la veille, je prends 2 fois plus précieusement ma dose de leurs sourires. Je laisse un message qui grésille et qui hoquète à une marraine la fée, puis à une autre. La voix goûte comme un très long bras autour de mes épaules, qui caresserait même la tête de Melchior, et je respire un peu mieux. 

Je lui dis oui, oui, vas-y! Mais quand il ferme la porte ça tourne un peu autour de moi. Un livre tous les 4 sur le canapé, Melchior dans l'écharpe et eux chacun d'un côté. Si je tenais un peu mieux sur mes jambes je ferai de la pâte à crêpes pour ce soir... mais pas aujourd'hui je crois. Il y a sûrement des haricots dans le jardin, et par la fenêtre je vois comme le maïs est haut. On pourrait faire des repas de chocolat chaud, et on a des stocks de Weetabix alors... On est tous les quatre, les enfants et moi. C'est la première fois que ça arrive depuis qu'ils sont trois, on est lovés dans le lit, une pile de livres devant nous. Plus tard je tricote depuis une chaise dans l'entrée pendant qu'ils jouent sous la pluie dans le jardin, Melchior toujours lové. Je suis là (pour vous), que semble leur susurrer tous mes gestes. On avait besoin de ce tête à tête, devenir cinq, petit bout de vie après petit bout de vie. Finalement je les fais ces crêpes, entrecoupées de deux tétées. Quand il arrive ça n'est pas prêt mais ça on sait s'en ficher maintenant...




Il fait presque nuit mais pas encore et la fenêtre pourrait être ouverte. Je l'entends jouer de la guitare, tout doucement, parce qu'en haut les garçons dorment. Le tout petit garçon dort lui aussi, sur moi. Je n'ai qu'à baisser un tout petit peu le menton pour caresser sa tête si douce de mes lèvres. J'ai hâte qu'il nous rejoigne et en même temps l'entendre et le savoir a côté à nous veiller c'est si agréable. La sage femme est passée, avec son bébé a elle, et c'était très gai d'être toutes les deux avec ces quatre garçons sur le lit-radeau. Les "minis" bobos d'allaitement, mais qui valent le coup, il a déjà pris du poids

La nuit je m'étais dis tiens!, m'endormant entre chaque contractions, des vagues jusqu'à l'aube. Puis la journée, comme tenir ce petit secret au creux de ma main, pendant la promenade jusqu'au toboggan, en plantant les épinards-fraise et les plants aubergines (peut être bien en retard...). Jusqu'au dernier moment j'avais hésité à aller au yoga, mais j'avais envie de dîner avec eux, partager cette dernière intimité à pas encore tout à fait 5. L'histoire lue un peu penchée en avant, parsemée de pauses tête à tête avec le bébé. Une fois le silence fait en haut évidemment un bain salvateur, ses pirouettes en moi, viens voir! J'ai choisi une jolie chemise de nuit, celle en vichy, et assez vite un sourire qui disait c'est bien cette nuit qu'on rencontrera notre bébé s'est dessiné...

Les pas tout autour du lit, y monter pour les contractions. Encore et encore. Cette fois j'ai besoin de lui, je me sens vaciller s'il sort de la pièce. Elle nous rejoint un peu après, j'ai toutes ces mains dans mon dos et j'entends de loin qu'on prend le bon chemin. Je voudrais qu'il soit déjà là, je répète peut être mille fois viens bébé viens! Ça paraît si loin et pourtant non a un moment c'est bien lui là si près, dans ma tête je lui chuchote un bonjour-au revoir... puis il est là entre mes jambes, sur notre lit, si rond si chaud si doux. Bonjour bébé, bonjour Melchior, ça y est tu es chez toi! 

La suite n'est qu'un grand câlin continu. On mange tous ensemble sur le lit-radeau, je tricote au dessus de sa tête ou je relis "Le concept du continuum" d'une main lorsqu'il mange. Je lui formule des mercis au creux de l'oreille, là ou c'est vraiment tout doux. On tient à 4 dans le lit la nuit et même à 5 la journée pour les lectures câlins, tout est parfaitement parfait...







On pique-nique à une grande tablée, que des gens inconnus mais le lieu est familier. L'avant veille la propriétaire sous la pluie devant une porte ouverte m'avait dit j'ai une tendresse infinie pour toi, tu n'es pas comme ma fille mais... De mains en mains les tartes s'échangent, ah ouf vous aimez ma pizza! qu'on dit au bout de la table, une recette de liqueur d'orties -quand chez moi le purin embaume tout le jardin-, un vin de feuilles de cerisier et une salade de pommes de terre dans laquelle Odilon ne mange que les cornichons. On avait vaguement un programme pour le reste de la journée, une histoire de périple, mais les journées sont courtes et ce qu'il reste à faire avant ma babymoon si... dense? Alors j'ai mis ma robe du jardin, et mis en terre quelques godets de semis. Dans le cerisier planté l'an dernier, assez de feuilles pour faire une bouteille de vin sûrement, et une seule et unique cerise sur laquelle on louche comme sur une pépite d'or... (et qui finira par se faire manger par une pie avant qu'on la découpe religieusement en quatre!)

Après c'était le temps de deux jours durant lesquels je ne devais surtout pas accoucher, sous peine de ne pas pouvoir vivre l'accouchement prévu (gardes de notre sage-femme pas prévues, il aurait fallu se rendre à la mat...). Alors la vie a ralenti, beaucoup, beaucoup... On va quand même au toboggan, à l'heure où tous les écoliers sont dehors, sans faire exprès. On explique, l'école là ou ailleurs, moi je suis encore un peu mal à l'aise... Grain de sable, que voient-ils lorsqu'ils voient ces enfants courir et s'interpeller, leurs jeux dans la cour? Il me faut encore arroser la confiance, pour qu'elle grandisse. Une sieste, avec Odilon et sa crinière chaude à l'odeur de tout petit encore, puis sous le parasol du jeu-travail et les lettres qu'ils apprivoisent. Je m'étais dit non, mais assise comme ça le jardinage n'était pas si pénible, et il faut bien faire de la place pour ces tomates (encore!). 

Le lendemain un petit périple, pour une séance d'acupuncture et une partie de piscine avec les enfants. Petite ville maintenant loin de chez nous, dans laquelle je me rendais seule quand, un peu sonnée que j'étais encore de ce bébé si pressé de nous rejoindre, je venais y vivre le suivi d'Odilon chez cette sage-femme-bonne-fée (comme elles semblent toutes l'être d'ailleurs). La petite ville désuète avec un grand parc et une médiathèque qui fait envie, totalement de celles dans lesquelles je serai contente d'habiter si vous n'étions pas partis sur le chemin d'une vie de Robinson. J'adorais la route qui serpentait, la salle d'attente dans laquelle je posais souvent mon livre sur mes genoux sans l'ouvrir, seulement contente d'être passive pour quelques minutes, un peu tourbillonnée que j'étais. Parfois en sortant j'allais manger un sandwich sur la place, et faire un mini tour au Monoprix tout décati. Cette fois-ci c'est eux que j'ai rejoints au parc, ils collectionnaient les plumes tombées dans l'herbe. Moi j'étais toute activée pour nidifier, le point du coeur, à l'intérieur du poignet, avait même un peu saigné. 


J'avais dit que c'était mon dernier jour de travail, le samedi précédent. Les patients compréhensifs, il était temps!, ou pas mais il nous restait que 2 séances, c'est dommage... ça se passe si mal que ça? Non, non, je suis même toute bien, mais à 5 semaines de la "date officielle" je ressentais l'envie de ce tête à tête, d'un temps à notre sauce. Puis bon, finalement juste une semaine de rab dans le centre où on m'accueille toujours généreusement, le temps de finir comme il faut les projets en cours, de faire des vrais au revoir à ces enfants aux histoires trop rupturées déjà... Et vendredi soir c'était vraiment fini, la bulle pourra commencer. J'irai voir cette sage-femme parler et ça ne pouvait pas mieux commencer ce congé mat, non? Ça nous veillera forcément d'une bonne lumière pour la suite... J'y pense devant ma trop matinale tasse de matcha et ce morceau de gâteau, fait tout vite fait alors que le risotto d'aubergines cuisait. The "i want chocolate" chocolate cake, oui c'était tout à fait ça! Je rentrais d'un rendez-vous chronophagiquement inutile, un peu exaspérée qu'on me l'impose -1h et quelque de route pour qu'un anesthésiste coche une case qui disait non sur son formulaire et me parle de sa toute proche retraite-,  même si je crache dans la soupe vivant une grossesse si loin du monde médicale... 

Matin miel de ronce de châtaignier, portes ouvertes surtout pour le goût des oiseaux, car les pieds nus sont encore un peu froids. Lui est parti se recoucher fâché, c'est vrai que la nuit a -encore- été chaotique... Hier on est parti en goguette, à la ville et son petit marché bio, pour le miel, quelques plantes, le pain fait sans électricité qu'on retrouve à chaque petite manifestation de ce genre, et surtout une glace une-boule-rhubarbe-une-boule-mirabelle s'il vous plaît délicieuse. Eux avaient choisi cerise et en ont gardé les joues délicieusement rosées toute la journée. Pour les plantes, seulement un petit couvre sol pour le coin à l'ombre et un coeur de Marie en pensant à ma mère dont c'était la fleur préférée. Ici j'ai de telles marraines bonnes fées question jardin (marraines  tout court d'ailleurs), dont je repars toujours toute chargée, acheter une plante c'est presque incongru. On me raconte où mettre les oreilles d'ours, les groseillers à fleurs, et est-ce que je voudrais des graines d'ancolies aussi? Je suis tombée amoureuses de ces fleurs aux jupons désuets, alors oui oui oui. 

Une liste de projets pour cette journée ? Pas sûre, même s'il faudrait que ce potager gagne quelques rangées, refaire une session broyeur puis le disperser autour des herbes, et ces semis, est-ce qu'il n'est pas temps de les mettre en terre? Full time job que ce jardin et les projets qui vont avec. Hier j'ai remis d'autres pieds de rhubarbe - on doit bien frôler la vingtaine maintenant - tâtonnant sur l'emplacement à leur réserver, vraiment ils font plutôt la tête. Tout le monde s'était levé bien trop tôt, on avait même mis un peu de gelée de groseilles pour adoucir le petit déjeuner brumeux. Peut-être que le petit gilet sera fini ce soir, pour le petit colis qu'il sera si bon de faire partir vers l'amie et son bébé tout neuf, très bientôt. C'est bon ces temps généreux.