C'était le matin, pendant que la bouilloire chauffait je suis restée à la fenêtre. Il faut remettre des graines aux oiseaux, je les vois guetter depuis le lilas. Il n'y a plus que les mésanges, les merles viendront retrouver leur nid dans la glycine bientôt. Je n'ai pas dormi les 9h que je me suis prescrites, et j'ai des courbatures du yoga d'hier soir. Je suis un peu inquiète de ne pas toujours lui faire confiance. Est-ce que c'est grave d'être si différents? Je crois que j'ai grandi avec des parents incompatibles. Peut-être plus encore vis à vis du le monde qu'avec l'un l'autre. Ils se sont fait porter le chapeau. Mon père parlait toujours de ma mère, même après. Je vois le chemin qui serait si classique, et je vois aussi comme il est étranger à tout ça. Ses mains tachetées et le petit garçon sous le bleu des yeux. 

C'est une après-midi de visages nouveaux, accueillir, oui. J'ai les pieds froids, je n'ai pas pris le temps de remettre mes chaussettes. D'un coup me traverse la pensée que j'ai peut-être l'air complètement zinzin. J'entends tumeur de 6 kilos, puis quelques rendez-vous plus tard il avait 4 ans que c'est arrivé. Une stagiaire qui se demande ce qu'elle fait là, quand la nuit est enfin tombée elle essaie de retricoter en mots l'histoire des 2 enfants qu'elle accompagne. On ne sait plus trop bien quel père est là ou pas, et si le grand frère est encore vivant. Sûrement, oui. Je pourrai me noyer; un peu. Je raconte les histoires de rythmes, de lobe frontal tout riquiqui, que peut-être sur les épaules, tout ça... Je m'en veux d'être un peu flottante. J'ai encore un peu la tête dans les mûriers plantés ce matin, et je suis déjà un peu dans l'après. La pie aux poireaux et la soupe orange clair, le petit temps tous les 3 dehors quand ils seront tous couchés. 

Isobel reste avec nous quelques temps. Elle a grandi dans un pub et fait les meilleures pommes de terre rôties. Il ramène une galette des rois, encore!, fait du coleslaw quand on avait parlé de pâtes au pesto d'ail des ours. Elle est si jeune, il y a mille ans entre nous, mais c'est facile d'être ensemble. Plus tard quand  j'allais lancer une soirée-cadeau yoga et tricot un grand coup de fil à ma tante, être petite et grande encore, bien serrée entre des bras. Ils avaient l'air de deux petits suédois quand je suis rentrée tout à l'heure, dans leurs combinaisons de pluie les cheveux collés sur les joues par la pluie. Tu penses que tu auras besoin d'une ou de deux planches de bois Odilon? Une tartine beurre demi-sel confiture de mirabelles plus tard on était tous ensemble. 

Pays de laine et de pâte sablée











Je reviens des classes en shootant dans un caillou. Juste avant la grille il roule dans une flaque. Les enfants sentent la cigarette après deux semaines passées dans leurs familles. En aparté je raconte, "my world, your world, our world". Que c'est juste ça qu'on fait. C'est la première fois que j'ai quelqu'un à côté de moi comme ça et j'étais surprise de n'avoir même pas peur. Je me serai bien vue préparer mes séances jusqu'au milieu de la nuit, mais non je n'ai plus cette cape là. Et tellement d'autres choses à faire au milieu de la nuit, vraiment. Avec L. on chante au début et à la fin, il me faudrait vraiment ces beaux carillons ici aussi. 

Je pars quatre jours en formation et forcément c'est l'aventure. A nouveau pouf comme à quelques rares mais bien vrais instants je me dis quelque chose comme ah tu es là! En fait c'est la surprise ressentie d'être bien la même, même toute seule. Dans cette vie pleine de plein ça pourrait s'étouffer, se diluer, me changer. Et alors les têtes à têtes auraient comme un goût de 1er rendez-vous. Mais non, c'est pareil. Pareil qu'adolescente sur mon lit, pareil que l'étudiante qui n'aimait pas prendre le bus et marchait marchait marchait. Pareil que la jeune adulte, les coups de fil en promenant le chien la nuit. Et pareille la femme, oh la tu as 3 enfants!, qui marche pour un croissant, écrit dans la marge, sort sa thermos de fleur d'oranger à la pause. Je me retrouve comme ce papier au fond d'une poche chaude, un peu effacé mais dont on peut encore très bien lire les mots. (D'amour, évidemment). 

Il achète une galette et c'est de la triche. Je devrai faire les menus des jours à venir et je lis sur le canapé comme si Melchior faisait encore la sieste (mais il chante dans son lit). Un peu tête à tête, lui avec son "flamby" maison à la yaourtière, la rue mouillée au soleil dehors, même pas un podcast parce que j'ai assez de mot dans la tête. Mes rêves ne sont pas vraiment un voyage ces dernières nuits, ma formation, en boucle, et cette nuit la couleur de mon vernis à ongles (cri d'effroi!!). Très valorisant au réveil cette préoccupation de haut vol. Il sent la vanille et la nuit. 

Tout ceci est vrai mais ça n'est pas la réalité








C'est un vendredi toute seule avec eux. (Elle sonne faux cette phrase écrite comme ça, si pas seule). Il est parti en stage à l'école. Ils vont jouer dans le ruisseau en face, après un bain chaud? On mange, ils font des bougies, Melchior ne veut pas dormir. Il me faut ce petit temps en bas à caresser la chienne, Odilon est censé s'habiller en haut. J'entends leurs grandes histoires en haut, on dit que ce soir je dors chez maman, d'accord c'est moi qui te fait la soupe, et je suis papa. J'imagine que tout ça se passe les fesses à l'air. Je suis un peu tracassée, la bestiole qui a pris ses aises dans le plafond de l'entrée et qui à 3h du matin quand Melchior s'est réveillé faisait un fête de tous les diables, internet qui ne marche plus encore et encore. Pas si grave, hein? La voix dans ma tête pas assez assurée pour que ce soit convaincant. Le colis pour Noël est prêt à partir en écosse. On l'a fait ensemble, le père Noël, peut-être, oui... dans les histoires c'est pour de vrai en tout cas. On peut dire que nous aussi on est des lutins? Si je rangeais le salon le temps de ces quatre chansons, je crois que tout irait mieux. Les micro-thérapies dont il faut égrenner les journées. Je m'entends râler, la voix dit ça ça n'est ni vrai ni bienveillant ni nécessaire, mince raté. Comment vont sonner mes excuses un peu piteuses? Penser à ce qu'il va me raconter en rentrant, à la bibliothèque tout à l'heure. Quatre chansons, encore. 

C'est un mercredi soir cette fois-ci. Ils ont toujours ce goût de fatigue et de week-end, avec mes nouvelles semaines libérées. Quand je passe la porte je les entends raconter une des histoires du soir. Je monte vite, une caresse à la chienne, déposer l'ordi et l'agenda sur le buffet. Mama, mama, mama, les bras tendus. Tout le petit corps d'amour tendu, ou tendu d'amour. C'est bon, quel que soit l'ordre des mots. Après c'est le bazar dans ce que je lui raconte, les mamans en pleurs, les grincements en classe, l'abcès du patient, mes rêves pas digérés. Je ne dîne pas, cette fiction sur Frida Kahlo, et la pâte pour les mince pies à offrir demain. Les chaussette pour la maîtresse-fée sont bloquées juste à temps, la carte et le stylo qui hésite à se poser dessus. Le thé au chocolat dira mieux que moi. Pendant que la 1ère fournée cuit je suis sur mon tapis, on dirait peut-être pas mais ça pique cette saloperie de mouvement! Orgeat mange son os tout près de ma tête et de mes joues rouges. Rendez-vous qui disent oust à la tête place au corps, l'ordonnance que je me griffonne d'une écriture de moins en moins floue. 

Je commence un mail dont l'objet est "looking for some good vibes", sans savoir si je l'enverrai vraiment. On installe un rideau en velours dans le salon, et un carillon merveilleux avec et c'est comme la meilleure idée depuis qu'on est arrivé ici. On en a quatre, pour les quatre éléments (ce sont les carillons Koshi). Ils parlent pour nous et complètent la bande-son de notre si cher rythme. La terre les réveille, quand on sonne l'air il est temps de dormir, le feu de venir à table. Et maintenant l'eau, petite présence tout au long de la journée. Je me réveille avec une faim de loup. Odilon est dans l'escalier et je lui dis qu'il est trop tôt, moi je travaille mais son lit est encore chaud, va vite le retrouver! A. nous a ramené plein de blettes et de radis roses et tout est encore sur la table. On devait manger un curry hier, mais des histoires de garages et de souris installées dans la voiture, et ce fut des tartines de miel (et beurre demi-sel, sinon rien). Dernier petit temps au travail, des petits trous et leurs mince pies et leurs thés trop chauds puis trop froids, passer un mini coup à la maison, ils sont tous les 3 en haut et F. encore en pyjama. Orgeat roulée en boule. Tout est normal, joyeusement normal. 

Je me relève après 2h de lecture (lecture de Miss Islande, pas facile à reposer sur la table de nuit), on dirait du temps gagné ces quelques minutes dans le salon avec lui au milieu de la nuit. Me vient un souvenir de lecture petite, je lui raconte en souriant. Le lendemain matin il faut que j'écoute La mer de Charles Trenet, ils peignent, Melchior est au milieu de la table avec une tartine de pain grillé avec la confiture d'abricots destinée au Christmas cake. Vider un tiroir, donner la fin de la fish pie à Orgeat, je veux lancer la farandole et vivre au jour au jour dans l'ordi. Tout est normal, bancalement normal. 





Le marché de Noël était passé, on avait cousu et tricoté, un peu été dans le froid mais avec une tasse de soupe polonaise à la betterave entre les mains. A la fin on avait dit qu'on partait, mais en fait pas vraiment. Les petites oreilles trainaient mais c'était bien de cheminer ensemble à haute voix, nos manteaux sur le dos. En rentrant on avait continué à parler, tard, mais c'était bien de retrouver tous ces mots qui n'ont pas de place dans nos journées petites mains, ces moments qu'on doit voler au sommeil pour être entiers. Il me dit, tu connais toi la salutogenèse? Une nouvelle petite porte s'est ajoutée à notre maison du fond des bois, autour d'une table et de belles plantes, Melchior et ses lutins sur le tapis elle avait dit ça pourrait être à mi-temps aussi!, et tout s'était éclairé. J'imagine, un peu, mais ça sera sûrement encore mieux en vrai. 

Quoi d'autre? Le matin tellement brumeux, presque l'impression d'être ivre. Ça fait pas un peu cliché d'être nulle en lundis? Le 1er patient de la semaine est toujours en pleurs, le 2ème a des poux qui attaquent le bureau, et ça va plutôt crescendo ensuite. Avec E. on fait une cordelette, mais c'est dur. Je regarde dans le vague au moment de faire les menus de la semaine, on pourrait pas acheter des barres énergétiques pour tout le monde? J'aurai envie d'installer une petite mangeoire pour nous aussi. Mais les mamans ne font pas ça, si? Dans la voiture ils chantent, par dessus les Beastie boys qui me tiennent éveillée. Les mamans ne font pas ça, si? Le soir dehors le croissant de lune si brillant nous amènera tous dehors, et nos doigts pointés à tous vers le ciel seront tout ce qui compte aujourd'hui.

Le calendrier de l'avent égraine ses douceurs, la journée est enrobée de lumière, entre les "bons" du matin qui accompagnent les petits chocolats et l'histoire du soir qui nous tiendra jusqu'à St Nicolas puis jusqu'à Noël. Le sapin attendra le bon du 10 décembre, ça nous va bien d'aller doucement. En bottes je vais jouer dehors avec Orgeat. Dans l'après-midi on pique-nique, Melchior endormi et nous deux côte à côte sur le banc. En rentrant du yoga je pétris la pâte des maneles pour demain, des baies de goji pour le sourire c'est très bien. Ils ne veulent pas cuire et me tiennent éveillée tard, un conte de noël de Dickens à la radio écouté en petits morceaux, entrecoupé de mes aller-retour vers le four... Ils rajoutent un emporte-pièce étoile en haut de la crèche, on découvre ça le soir en descendant du coucher, ça nous plisse les yeux de joie. Demain ce sera bon d'attendre qu'ils rentrent, nous en forêt le matin ses joues douces sous mon nez tout chaud dans le porte-bébé, notre dinette à deux de riz et de petits pois, mon petit temps à tricoter une chaussette pendant sa sieste... puis entendre la voiture et filer dehors les accueillir, puis tremper les brioches dans le lait chaud en  attendant St-Nicolas. Lumière partout. 












On était 15 à la maison et à 3h et quelques je suis partie sous une couverture sur le canapé. Quelqu'un faisait la vaisselle et non non vraiment oust on la fera demain. Orgeat a le museau sur mon bras et j'essaie de me greffer sur ses petits ronflements. Une petite grotte de laine.

On fête la St Martin et il y a des lanternes partout dans la cour de l’école, ça réchauffe la nuit et le froid. Je me sens tellement heureuse à regarder mes têtes blondes et rondes que cette saison-terrier commence. De la chaleur dans nos maisons et dans nos cœurs. Le matin, mon mardi chez qui je vole un how precious petit-déjeuner en presque solitaire, je me lève et le feu éclaire le salon. Je me sens si chanceuse dans cette lumière, presque jour mais pas encore assez pour qu’on soit obligé de dire que la journée a commencé, le dos tout chaud et les mains autour du thé à la châtaigne. Il va rentrer et ce sera à moi de repartir mais j’ai trente minutes à étirer devant moi... le soir à la fête j’aurai envie d’avoir mes petits tout près, je suis surprise de ressentir ça. Melchior est bien au chaud sous mon manteau, un petit nez retroussé qui dépasse du béguin, et encore. On est en petit comité et ils sont beaux à galoper avec leurs lanternes, dans leur petite bulle d’enfance. A un moment, quand vraiment nous ne sommes plus beaucoup et qu’il va être temps de repartir je les regarde ensemble tous les deux seuls autour du feu, plus collés que côte à côte. Mon petit pincement n’est plus, et on retrouve très vite notre terrier. On dîne de tartines de morbier au four, ça chauffe pendant que leurs petits mollets nus devraient enfiler leurs pyjamas. On a quand même le temps de lire deux livres même s’il est tard? 

Je pense au trop trop trop qui brouille la vue de nos enfants, à l’énergie que je dépense à amortir nos pas, nos mots, les 4 piliers en pense bête dans la cuisine. Horaires, rythme, environnement, filtrer le monde des adultes... un soir ridicule révélation, charité bien ordonanablabla... ah oui et mes trop alors? Ce sentiment de petit vélo qui dérape qui sort de sa boîte chaque soir quand je suis enfin allongée. Qui t’arrose, toi, drôle d’herbe un peu ortie un peu liseron? J’essaie de panser les battements trop serrés, de leur dire d’être raisonnable. Pourtant je suis venue à bout de mes compte rendus, et puis mon rêve d’emploi du temps, j’y arrive tu vois, j'en ai même pas rajouté partout, j’y arrive tu vois. Tout ce temps dans lequel je peux inpirer aussi longtemps que je veux ou presque. Je vais presque toujours au yoga le jeudi. Les lutins pour noël avancent bien, et j’ai fini une paire de chaussettes et une autre de mitaines pour moi-même. La semaine de menus tout simples tout douillets est affichée. J’ai toutes ces preuves de vie douce sous les mains et les yeux et il y a toujours cette petite souris apeurée en moi, quels zigzags fait-elle? Ma tête sait, mais pas encore mon corps? J’ai baissé mon seuil et je me noie dans une goutte d’eau? Ou alors ce cartable du bien faire pèse aussi lourd quel que soit le manteau sur lequel je l’enfile. 

Sentiers battus. En un coup de fil je suis projetée à terre et en arrière. Après je rêve bien sûr d’urticaire, je me sens contaminée et dans l’urgence de m’en purger, sans trop savoir par quel bout  commencer. L’image du tai-chi, respirer et accueillir la lumière, marcher dans le petit matin froid jusqu’au bout de ce village et revenir en soufflant. Faudrait peut être que je jeûne 24h? Je ne suis même pas en colère tant ses mots me semblent maudits. On me dit qu’elle a choisi sa vie, son camp, son rapport aux autres. Peut-on faire le choix de la misanthropie? J’ai un fantôme qui vient parfois m'embêter, celui de la solitude et de l’abandon. Je ne sais pas si je suis bonne à me fabriquer une famille de cœur, le corps oui je sais faire, même (surtout?) sans y penser. C’est un peu elle qui me hante, 2 générations au dessus de moi. Quelques gouttes d’elle en moi et ce que je vais en faire. Quelques gouttes d’elle en moi et s’en défaire. 



Il avait un tatouage qui disait fuck off dans le cou, et quand il m'a serré la main ça a duré juste ce petit temps en plus qui dit plus qu'au revoir. Le mardi on va acheter des légumes à A, à 2 villages de chez nous. Il connaît nos prénoms, celui là je ne l'oublierai pas!, et est passé chercher des courges chez un copain, je me disais que tu serais contente. Après à la chèvrerie, ils disent là c'est le jardin d'enfants, et là c'est chez les grands. Tu serais laquelle toi Pépin? Ma préférée c'est celle sans cornes. C'est peut-être un chien même. Odilon va demander s'il peut leur donner le trognon de pomme qu'il a mangée, on se fait croquer un petit bout de manteau. Dans la cuisine des poussins et un chaton, des énormes flaques dans la cour. J'ai comme une petite mer dans mes bottes! On rentre beaucoup plus tard que prévu. Pendant que ça s'agite en haut vite je touille le coulis de tomates. Plus tard sur du pain avec du cheddar et par dessus un oeuf. Odilon retrouve le doudou-bis de Pépin que j'ai crocheté intensément en rentrant de vacances, et on saute tous dans les bras l'un de l'autre pour fêter ça. 

Odilon nous parle de quelque chose qu'il a aimé et qui était « beau d’une jolie douceur ». Comme les oiseaux qu’ils me font remarquer le matin sur la route, ce poulain avec sa maman pas loin sûrement et ces innombrables feuilles. On marche dans des chips! En balade à dos de poney, toutes ces toute petites pommes et ces feuilles mortes qui nous cassaient presque les oreilles. J’avais presque oublié que Melchior était dans mon dos mais il me caressait l’épaule de sa main, comme sans y penser. Ces caresses ténue et constantes qui fait qu’on est 5 et 1, et l’inverse aussi. Les enfants passent dans nos vies, ils ne sont pas à nous

Le soir ça pique juste en mes côtes. Je ne sais pas pourquoi mais je sens l’angoisse tournoyer se fixer sur telle ou telle idée pour faire comme si elle avait une raison d’être. Je pense à l’année prochaine s’il acceptait cette offre de l’école, aux sous avec mon rythme tout mini de cette année, la peur de tel bobo. Et parfois cette sensation d’urgence à ne laisser aucune miette de ces temps si fugaces et heureux de notre vie. Les boucles et les cous chauds, les mollets ronds et les histoires aux détours qui donneraient le tournis, ces caresses sur les joues grappillées à coup de fausses excuses. A quoi peut ressembler la vie quand ces bonheurs ne sont plus quotidien? Je connais la vie par couches et que la prochaine, d’une autre couleur, sera bien appelée vie aussi. Mais dans mes côtes ça pique quand j’y pense, cette nuit là. Petite fille pas loin je me rends compte que je m’endors mille fois plus facilement quand il se couche après moi, alors que je lui dis toujours tu viens vite? On dirait que j’ai besoin d’être veillée. Nostalgie insatiable d’être endormie sur la plage arrière ou sur un canapé, quand on entend encore les grands parler mais que ce fond n’est qu’une berceuse. Feeling safe et ses méandres. 







Une soirée toute seule, commencée tard. Le tapis de yoga sous les yeux, mais j'avais toutes ces pommes et autres automneries à tricoter. La fête du lendemain, je n'arrivais pas à y penser sans avoir le mantra je n'ai pas envie je n'ai pas envie en tête. Et la crispation de tous les nuages-souvenirs de ce qui m'est arrivé lors de mes j'ai-pas-envie/aller-si-je-me-force. Ça gratte, ça tourne là haut, je fais mal semblant et mes racines fragiles ne supportent pas le moindre vent. Je finis quand même sur le tapis, mes jambes marchent maintenant mieux que ma tête, je coupe le son de cette américaine qui m'encourage à coup de you go girl, je réécoute cette fiction de Dickens sur France Culture, je ris de m'imaginer vue du dessus. N'empêche que je ne peux plus faire sans ces soupapes et qu'un peu ridicule dans le bain je lui dis touche, touche, en dessous c'est un peu dur! en pointant mon ventre de maman(s). Je pense en frissonnant à mon soulagement parfois de n'avoir pas (encore?) de fille à qui léguer cet héritage, toutes ces histoires de corps piquants au dessus de moi, mon travail hoquetant pour enlever la poussière de mes épaules. 

Pendant quelques jours il n'y a rien qui me plaît tant que des tartines de beurre à la confiture de mirabelles. Les faire, croquer dans les couches, trouver que c'est la meilleure chose au monde avec une pointe de surprise à chaque fois. Je suis une fille à marottes, je peux m'obséder des jours pour une assiette, une musique, quelqu'un même. Je m'en repais puis, ça passe. Un jour j'ai réalisé que j'étais une fille qui quitte, moi les 8 ans empatouillée avec un pervers narcissique. Je cogitais aux je ne t'aime plus, tu m'as déçue, oust que j'avais reçu dans la tête, je n'arrivais pas à me défaire de cette collante sensation de victime sentant que ça n'était pas la bonne taille pourtant. Puis s'est dessinée la constellation de toutes ces ruptures, ces rendez-vous, ces relations qui d'un coup pouvaient me sembler contre nature ou presque. Je quittais, je disparaissais. Je peux encore aujourd'hui me sentir vulnérable, j'ai peur si quelqu'un m'est trop précieux. On pourrait me quitter, je pourrai partir, je sais que les gens disparaissent. 

D'autres matins j'ouvre un pot de prunes-raisins-gingembre, cuisinés sur un coup de tête. La couleur est jolie, et j'aime les petits pépins qui se sont faufilé malgré tout. Je repense à ce baiser spontané sur ma joue, sa main dans mon dos, instinctif et un peu hors des clous, presque se dire ouf personne ne nous a vues. J'y pense dans un demi-sommeil alors que je me rendors après un réveil Melchioresque, Pépin tout contre moi parce qu'il avait froid dans son lit.  Une amie vient et il faudrait que je commence les cookies au thym. Les aubergines grillent au four, pour ajouter aux lasagnes à la courge. Le mardi on va chercher des légumes à deux villages d'ici, la toute petite table et ce gars aux yeux qui furent bien bleus un jour. Je voudrais discuter plus. Il a eu mille vies ça se voit, alors qu'on a peut-être bien le même âge. Il n'y pas tant besoin, en vrai, j'imagine et ce qui compte c'est ce qu'il me raconte ses blettes et les courges rares car pas pollenisées cette année... Un jour sûrement j'arriverai alors qu'il remballe, peut-être un jour de pluie, et abrités sous le préau de la toute petite mairie on fumera une roulée ensemble. Discrètement, tout délicatement, une mamie lui a déposé un sac de victuailles derrière son étal. Elle avait mis du Nesquik et des Danette au chocolat parmis d'autres choses. Ça m'a piqué dans le ventre tout ce que ça racontait ce chocolat en poudre trop sucré de goûter de mercredi après-midi pour ce gars plein de tempêtes.