Une sieste à trois, mais lesquels? On vit les lits et les câlins musicaux ici, ça donne une belle chanson. Cette fois c'est moi et le koala, évidemment, et Pépin qui a dit que ses yeux piquaient tellement il était fatigué. C'est doux de l'entendre s'écouter un peu, ce petit verrouillé de l'intérieur... Longue, très longue, cette sieste. Je lis l'heure plusieurs fois en me levant. Ça me fait tellement de bien ces heures piquées par ci par là, en échange des nuits qui sont comme des miettes de biscotte. Entre les tétées, canapé, morceau de tabouret, je plante de la camomille dans le jardin. Je ne trouve pas le temps de déplacer le basilic pour lui donner plus de place, mais je vois de loin que les courgettes rondes ont repris du poil de la bête malgré les attaques vigoureuses (et répétées) des limaces... 

Le soir j'installe mes aiguilles sur le lit, je guette un chouette podcast mais souvent je n'arrive pas vraiment à entendre les mots bout à bout, je n'ai plus la tête à ça. La veille je l'ai attendu longtemps sur le canapé, après une longue conversation avec une éventuelle fille au pair. J'ai raccroché en me demandant si, aussi enthousiaste soit-elle officiellement à propos de la campagne, ma description de notre environnement boisé (sic) ne lui avait pas fait un peu peur... Mince. En fait il était tombé en panne, comme moi quelques jours avant. La campagne pour de vrai donc, et plus un véhicule, ah ah. Ces quelques jours cloitrés forcé avaient un goût de terrier pas si désagréables. J'ai sorti du pesto et des parts de clafoutis du congélateur, et les travaux de peinture ont bien avancé. J'ai bidouillé un gratin avec des tomates séchées, et le midi on avait jeté tous les haricots et les petits pois récoltés à une demi courgette dans du bouillon. 

Sur les wasa du beurre de cacahuète et de la confiture de framboises, je convertis tout le monde en un matin. On se dit jeudi les meubles, vendredi le jardin et samedi la maison, et ça devrait le faire non? Les programmes qui sur le papier roulent toujours, avant l'arrivée de ma famille en visite. Trois rideaux de cousus sur les cinq à faire, c'est forcément de bonne augure... On me parle depuis une plage et j'envie le bleu. Elle me parle en tant que maman d'une grande famille, elle a eu 4 enfants. Elle me dit, enfin comme toi, parlant de cette vie sans trop de bulles d'air mais joyeuse. Ça résonne rigolotement à mes oreilles, une grande famille, enfin moyenne-grande, mais c'est nous maintenant c'est vrai.






On mange quoi ce soir? Moi je ne me suis pas encore vraiment remise de la nuit, je ne sais pas si j'ai trop ou pas assez mangé, à force d'avoir picoré ci ou ça, et je me dis que les enfants ça n'est pas vraiment mieux. Un bain pour laver les gribouillis devant les yeux. Je me suis trompée d'une semaine pour l'arrivée de ma famille d'Ecosse, on a donc une semaine de moins pour terminer leur chambre, et d'un coup ça m'a un peu serré le bide. J'ai coupé du tissus pour faire des rideaux pour les cloisons atelier, sorti la machine, mais c'est une journée très tétées donc je n'ai pas pu aller plus loin...  Il y a les urgences de la vraie vie, et l'essentiel, et je lui donne pleinement mon consentement. Petites touches de la vie, quand même, dans notre bulle: le gâteau aux cerises, dévoré par Pépin et moi quand les 2 autres l'ont plutôt boudé. Des pots de confiture à la cerise, aux framboises et à la mélisse, qui donnent envie de kilos de brioche pour la savourer... On est allé pique-niquer au lac, savourant une fois de plus ces temps hors du train de la vie (elle encore!), en faisant l'école à la maison, d'avoir ces lieux pour nous tout seuls en semaine et ne croiser que des gens à contre-courant eux aussi... Les gens d'en dessous ou d'au dessus, sur le trottoir d'en face au moins. 

Une nuit les larmes coulent toutes seules. J'ai mal, j'ai mal, j'ai mal et je n'arrive pas à voir plus loin que ça. Je suis embourbée, écrirai-je plus tard à une amie. A 4h du matin on est plutôt seul, Melchior n'a pas envie de téter, alors que ça me soulagerait drôlement, et François... est un homme. Je voudrais une fausse maman sous le lit, un sms de la sage-femme, quelqu'un qui me dit courage tu y es presque quand moi je suis enrubannée de ça n'ira jamais mieux. J'oublierai très vite, oui c'est vrai, mais là dans mes hoquets il n'y avait plus de mots qui faisaient sens. Seulement la brûlure et le sommeil que ça me volait quand il vaut de l'or... Au lit la journée suivante, les frissons et les coups de chaud, je connais bien, et Melchior tout en sueur de câlins sur moi. On se réveille à peine, le temps d'un livre et d'un imagier avec les grands. Ils goûtent la glace à la cerise et au yaourt qu'on a fait la veille, je prends 2 fois plus précieusement ma dose de leurs sourires. Je laisse un message qui grésille et qui hoquète à une marraine la fée, puis à une autre. La voix goûte comme un très long bras autour de mes épaules, qui caresserait même la tête de Melchior, et je respire un peu mieux. 

Je lui dis oui, oui, vas-y! Mais quand il ferme la porte ça tourne un peu autour de moi. Un livre tous les 4 sur le canapé, Melchior dans l'écharpe et eux chacun d'un côté. Si je tenais un peu mieux sur mes jambes je ferai de la pâte à crêpes pour ce soir... mais pas aujourd'hui je crois. Il y a sûrement des haricots dans le jardin, et par la fenêtre je vois comme le maïs est haut. On pourrait faire des repas de chocolat chaud, et on a des stocks de Weetabix alors... On est tous les quatre, les enfants et moi. C'est la première fois que ça arrive depuis qu'ils sont trois, on est lovés dans le lit, une pile de livres devant nous. Plus tard je tricote depuis une chaise dans l'entrée pendant qu'ils jouent sous la pluie dans le jardin, Melchior toujours lové. Je suis là (pour vous), que semble leur susurrer tous mes gestes. On avait besoin de ce tête à tête, devenir cinq, petit bout de vie après petit bout de vie. Finalement je les fais ces crêpes, entrecoupées de deux tétées. Quand il arrive ça n'est pas prêt mais ça on sait s'en ficher maintenant...




Il fait presque nuit mais pas encore et la fenêtre pourrait être ouverte. Je l'entends jouer de la guitare, tout doucement, parce qu'en haut les garçons dorment. Le tout petit garçon dort lui aussi, sur moi. Je n'ai qu'à baisser un tout petit peu le menton pour caresser sa tête si douce de mes lèvres. J'ai hâte qu'il nous rejoigne et en même temps l'entendre et le savoir a côté à nous veiller c'est si agréable. La sage femme est passée, avec son bébé a elle, et c'était très gai d'être toutes les deux avec ces quatre garçons sur le lit-radeau. Les "minis" bobos d'allaitement, mais qui valent le coup, il a déjà pris du poids

La nuit je m'étais dis tiens!, m'endormant entre chaque contractions, des vagues jusqu'à l'aube. Puis la journée, comme tenir ce petit secret au creux de ma main, pendant la promenade jusqu'au toboggan, en plantant les épinards-fraise et les plants aubergines (peut être bien en retard...). Jusqu'au dernier moment j'avais hésité à aller au yoga, mais j'avais envie de dîner avec eux, partager cette dernière intimité à pas encore tout à fait 5. L'histoire lue un peu penchée en avant, parsemée de pauses tête à tête avec le bébé. Une fois le silence fait en haut évidemment un bain salvateur, ses pirouettes en moi, viens voir! J'ai choisi une jolie chemise de nuit, celle en vichy, et assez vite un sourire qui disait c'est bien cette nuit qu'on rencontrera notre bébé s'est dessiné...

Les pas tout autour du lit, y monter pour les contractions. Encore et encore. Cette fois j'ai besoin de lui, je me sens vaciller s'il sort de la pièce. Elle nous rejoint un peu après, j'ai toutes ces mains dans mon dos et j'entends de loin qu'on prend le bon chemin. Je voudrais qu'il soit déjà là, je répète peut être mille fois viens bébé viens! Ça paraît si loin et pourtant non a un moment c'est bien lui là si près, dans ma tête je lui chuchote un bonjour-au revoir... puis il est là entre mes jambes, sur notre lit, si rond si chaud si doux. Bonjour bébé, bonjour Melchior, ça y est tu es chez toi! 

La suite n'est qu'un grand câlin continu. On mange tous ensemble sur le lit-radeau, je tricote au dessus de sa tête ou je relis "Le concept du continuum" d'une main lorsqu'il mange. Je lui formule des mercis au creux de l'oreille, là ou c'est vraiment tout doux. On tient à 4 dans le lit la nuit et même à 5 la journée pour les lectures câlins, tout est parfaitement parfait...







On pique-nique à une grande tablée, que des gens inconnus mais le lieu est familier. L'avant veille la propriétaire sous la pluie devant une porte ouverte m'avait dit j'ai une tendresse infinie pour toi, tu n'es pas comme ma fille mais... De mains en mains les tartes s'échangent, ah ouf vous aimez ma pizza! qu'on dit au bout de la table, une recette de liqueur d'orties -quand chez moi le purin embaume tout le jardin-, un vin de feuilles de cerisier et une salade de pommes de terre dans laquelle Odilon ne mange que les cornichons. On avait vaguement un programme pour le reste de la journée, une histoire de périple, mais les journées sont courtes et ce qu'il reste à faire avant ma babymoon si... dense? Alors j'ai mis ma robe du jardin, et mis en terre quelques godets de semis. Dans le cerisier planté l'an dernier, assez de feuilles pour faire une bouteille de vin sûrement, et une seule et unique cerise sur laquelle on louche comme sur une pépite d'or... (et qui finira par se faire manger par une pie avant qu'on la découpe religieusement en quatre!)

Après c'était le temps de deux jours durant lesquels je ne devais surtout pas accoucher, sous peine de ne pas pouvoir vivre l'accouchement prévu (gardes de notre sage-femme pas prévues, il aurait fallu se rendre à la mat...). Alors la vie a ralenti, beaucoup, beaucoup... On va quand même au toboggan, à l'heure où tous les écoliers sont dehors, sans faire exprès. On explique, l'école là ou ailleurs, moi je suis encore un peu mal à l'aise... Grain de sable, que voient-ils lorsqu'ils voient ces enfants courir et s'interpeller, leurs jeux dans la cour? Il me faut encore arroser la confiance, pour qu'elle grandisse. Une sieste, avec Odilon et sa crinière chaude à l'odeur de tout petit encore, puis sous le parasol du jeu-travail et les lettres qu'ils apprivoisent. Je m'étais dit non, mais assise comme ça le jardinage n'était pas si pénible, et il faut bien faire de la place pour ces tomates (encore!). 

Le lendemain un petit périple, pour une séance d'acupuncture et une partie de piscine avec les enfants. Petite ville maintenant loin de chez nous, dans laquelle je me rendais seule quand, un peu sonnée que j'étais encore de ce bébé si pressé de nous rejoindre, je venais y vivre le suivi d'Odilon chez cette sage-femme-bonne-fée (comme elles semblent toutes l'être d'ailleurs). La petite ville désuète avec un grand parc et une médiathèque qui fait envie, totalement de celles dans lesquelles je serai contente d'habiter si vous n'étions pas partis sur le chemin d'une vie de Robinson. J'adorais la route qui serpentait, la salle d'attente dans laquelle je posais souvent mon livre sur mes genoux sans l'ouvrir, seulement contente d'être passive pour quelques minutes, un peu tourbillonnée que j'étais. Parfois en sortant j'allais manger un sandwich sur la place, et faire un mini tour au Monoprix tout décati. Cette fois-ci c'est eux que j'ai rejoints au parc, ils collectionnaient les plumes tombées dans l'herbe. Moi j'étais toute activée pour nidifier, le point du coeur, à l'intérieur du poignet, avait même un peu saigné. 


J'avais dit que c'était mon dernier jour de travail, le samedi précédent. Les patients compréhensifs, il était temps!, ou pas mais il nous restait que 2 séances, c'est dommage... ça se passe si mal que ça? Non, non, je suis même toute bien, mais à 5 semaines de la "date officielle" je ressentais l'envie de ce tête à tête, d'un temps à notre sauce. Puis bon, finalement juste une semaine de rab dans le centre où on m'accueille toujours généreusement, le temps de finir comme il faut les projets en cours, de faire des vrais au revoir à ces enfants aux histoires trop rupturées déjà... Et vendredi soir c'était vraiment fini, la bulle pourra commencer. J'irai voir cette sage-femme parler et ça ne pouvait pas mieux commencer ce congé mat, non? Ça nous veillera forcément d'une bonne lumière pour la suite... J'y pense devant ma trop matinale tasse de matcha et ce morceau de gâteau, fait tout vite fait alors que le risotto d'aubergines cuisait. The "i want chocolate" chocolate cake, oui c'était tout à fait ça! Je rentrais d'un rendez-vous chronophagiquement inutile, un peu exaspérée qu'on me l'impose -1h et quelque de route pour qu'un anesthésiste coche une case qui disait non sur son formulaire et me parle de sa toute proche retraite-,  même si je crache dans la soupe vivant une grossesse si loin du monde médicale... 

Matin miel de ronce de châtaignier, portes ouvertes surtout pour le goût des oiseaux, car les pieds nus sont encore un peu froids. Lui est parti se recoucher fâché, c'est vrai que la nuit a -encore- été chaotique... Hier on est parti en goguette, à la ville et son petit marché bio, pour le miel, quelques plantes, le pain fait sans électricité qu'on retrouve à chaque petite manifestation de ce genre, et surtout une glace une-boule-rhubarbe-une-boule-mirabelle s'il vous plaît délicieuse. Eux avaient choisi cerise et en ont gardé les joues délicieusement rosées toute la journée. Pour les plantes, seulement un petit couvre sol pour le coin à l'ombre et un coeur de Marie en pensant à ma mère dont c'était la fleur préférée. Ici j'ai de telles marraines bonnes fées question jardin (marraines  tout court d'ailleurs), dont je repars toujours toute chargée, acheter une plante c'est presque incongru. On me raconte où mettre les oreilles d'ours, les groseillers à fleurs, et est-ce que je voudrais des graines d'ancolies aussi? Je suis tombée amoureuses de ces fleurs aux jupons désuets, alors oui oui oui. 

Une liste de projets pour cette journée ? Pas sûre, même s'il faudrait que ce potager gagne quelques rangées, refaire une session broyeur puis le disperser autour des herbes, et ces semis, est-ce qu'il n'est pas temps de les mettre en terre? Full time job que ce jardin et les projets qui vont avec. Hier j'ai remis d'autres pieds de rhubarbe - on doit bien frôler la vingtaine maintenant - tâtonnant sur l'emplacement à leur réserver, vraiment ils font plutôt la tête. Tout le monde s'était levé bien trop tôt, on avait même mis un peu de gelée de groseilles pour adoucir le petit déjeuner brumeux. Peut-être que le petit gilet sera fini ce soir, pour le petit colis qu'il sera si bon de faire partir vers l'amie et son bébé tout neuf, très bientôt. C'est bon ces temps généreux.