On était 15 à la maison et à 3h et quelques je suis partie sous une couverture sur le canapé. Quelqu'un faisait la vaisselle et non non vraiment oust on la fera demain. Orgeat a le museau sur mon bras et j'essaie de me greffer sur ses petits ronflements. Une petite grotte de laine.

On fête la St Martin et il y a des lanternes partout dans la cour de l’école, ça réchauffe la nuit et le froid. Je me sens tellement heureuse à regarder mes têtes blondes et rondes que cette saison-terrier commence. De la chaleur dans nos maisons et dans nos cœurs. Le matin, mon mardi chez qui je vole un how precious petit-déjeuner en presque solitaire, je me lève et le feu éclaire le salon. Je me sens si chanceuse dans cette lumière, presque jour mais pas encore assez pour qu’on soit obligé de dire que la journée a commencé, le dos tout chaud et les mains autour du thé à la châtaigne. Il va rentrer et ce sera à moi de repartir mais j’ai trente minutes à étirer devant moi... le soir à la fête j’aurai envie d’avoir mes petits tout près, je suis surprise de ressentir ça. Melchior est bien au chaud sous mon manteau, un petit nez retroussé qui dépasse du béguin, et encore. On est en petit comité et ils sont beaux à galoper avec leurs lanternes, dans leur petite bulle d’enfance. A un moment, quand vraiment nous ne sommes plus beaucoup et qu’il va être temps de repartir je les regarde ensemble tous les deux seuls autour du feu, plus collés que côte à côte. Mon petit pincement n’est plus, et on retrouve très vite notre terrier. On dîne de tartines de morbier au four, ça chauffe pendant que leurs petits mollets nus devraient enfiler leurs pyjamas. On a quand même le temps de lire deux livres même s’il est tard? 

Je pense au trop trop trop qui brouille la vue de nos enfants, à l’énergie que je dépense à amortir nos pas, nos mots, les 4 piliers en pense bête dans la cuisine. Horaires, rythme, environnement, filtrer le monde des adultes... un soir ridicule révélation, charité bien ordonanablabla... ah oui et mes trop alors? Ce sentiment de petit vélo qui dérape qui sort de sa boîte chaque soir quand je suis enfin allongée. Qui t’arrose, toi, drôle d’herbe un peu ortie un peu liseron? J’essaie de panser les battements trop serrés, de leur dire d’être raisonnable. Pourtant je suis venue à bout de mes compte rendus, et puis mon rêve d’emploi du temps, j’y arrive tu vois, j'en ai même pas rajouté partout, j’y arrive tu vois. Tout ce temps dans lequel je peux inpirer aussi longtemps que je veux ou presque. Je vais presque toujours au yoga le jeudi. Les lutins pour noël avancent bien, et j’ai fini une paire de chaussettes et une autre de mitaines pour moi-même. La semaine de menus tout simples tout douillets est affichée. J’ai toutes ces preuves de vie douce sous les mains et les yeux et il y a toujours cette petite souris apeurée en moi, quels zigzags fait-elle? Ma tête sait, mais pas encore mon corps? J’ai baissé mon seuil et je me noie dans une goutte d’eau? Ou alors ce cartable du bien faire pèse aussi lourd quel que soit le manteau sur lequel je l’enfile. 

Sentiers battus. En un coup de fil je suis projetée à terre et en arrière. Après je rêve bien sûr d’urticaire, je me sens contaminée et dans l’urgence de m’en purger, sans trop savoir par quel bout  commencer. L’image du tai-chi, respirer et accueillir la lumière, marcher dans le petit matin froid jusqu’au bout de ce village et revenir en soufflant. Faudrait peut être que je jeûne 24h? Je ne suis même pas en colère tant ses mots me semblent maudits. On me dit qu’elle a choisi sa vie, son camp, son rapport aux autres. Peut-on faire le choix de la misanthropie? J’ai un fantôme qui vient parfois m'embêter, celui de la solitude et de l’abandon. Je ne sais pas si je suis bonne à me fabriquer une famille de cœur, le corps oui je sais faire, même (surtout?) sans y penser. C’est un peu elle qui me hante, 2 générations au dessus de moi. Quelques gouttes d’elle en moi et ce que je vais en faire. Quelques gouttes d’elle en moi et s’en défaire. 

7 commentaires:

  1. Après une longue absence de ma part, ça me fait tellement plaisir de lire ces petits moments de vie. Ici aussi, on a fêté la Saint Martin. Il est même venu sur le dos d'un cheval blanc, avant de séparer son manteau rouge. Je trouve aussi tellement difficile de gérer les trop trop trop de la vie des enfants. J'ai aussi une grand-mère langue de vipère, ce qui m'avait quand même causé une mastite. Ma sage femme m'avait alors conseillé de simplement plus l'appeler. Comment va le vendeur de légume du mardi ?
    Isaline

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    1. Oh la chance, l'an dernier aussi son cheval était venu et tous les enfants en parlent encore! Dur hein, même quand on pense avoir les conditions pour les préserver... ici on n'hésite plus à annuler des choses, des sorties, des visites... avoir plus de jours "C" (calmes) que de jours "A" dans la semaine ou le mois. Pfiou, c'est fou... et moi je n'appellerai plus c'est sur, j'ai le droit de ne pas pardonner je crois. Elle m'a dit qu'elle avait honte pour mes enfants de la mère que j'étais... que j'étais un monstre... fou de se mettre ses mots là dans le coeur. Il a froid le pauvre, alors j'ai commencé une paire de mitaines pour lui... ses céleris étaient bien bon en gratin avec du morbier (encore!). Merci pour ta visite et ton partage...

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    2. Problèmes psy , cette dame, non?

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  2. Que c'est doux de vous retrouver tous les cinq ainsi que votre belle Orgeat, qui m'a l'air d'avoir bien grandi.

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  3. Je connais la Sainte-Lucie, la Saint-Nicolas. Il va falloir que j'aille me renseigner à propos de la Saint-Martin.

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  4. Ca y est, c'est fait. Je la trouve bien sympathique, cette fête de la Saint-Martin.
    Bien plus que celle qu' "on" essaie de nous importer/imposer depuis quelques années.

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  5. Oh comme toujours j'aime te lire. Tu partagerais ta liste de menus douillets ? Souvent ces temps je pense à toi devant mes placards vides et ma non-envie de cuisiner, je me dis : Clémence saurait faire des miracles, obviously.

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et parce que c'est parfois frustrant de ne pas pouvoir s'en dire plus: tinoftea@gmail.com