Passe une envie d'automne, des feux que je lui réclame, celui qu'on attend le matin les mains autour de la tasse fumante, le dernier de la journée le soir rien que pour tous les 2. C'est la nuit, la journée que j'ai dans la tête se brouillardise un peu. On est allé à la fête du village, ce genre de moments qu'avoir des enfants te fait vivre. C'est notre moment film de Depardon. On se croirait pas dans un Strip-tease plutôt? On ne savait pas que tous ces gens là habitaient tout près, nous on est dans notre impasse dans les bois. Les gens nous disent "tout là bas" quand ils parlent de notre cabane. Vous êtes bien tout là bas? Vous avez du soleil malgré les arbres? C'est notre fameuse bulle, celle dans laquelle on nous dit parfois qu'on vit -et même lui aussi tien!-, qui sévit encore. On ne connaît personne ou presque, on est un peu gauches. Bonjour le maire, les premiers voisins à qui je demande comme un cheveu sur la soupe de venir arroser le jardin quand on sera parti. Mais qu'est-ce qui m'a pris de leur demander ça comme ça? Heureusement il y a quelques petits patients, des bisous pleins de ketchup et des discussions avec les mamans. Le bulletin, les exercices tous les jours, et l'été dehors dehors dehors le plus possible, et vous lui racontez 3 livres par jour au moins. 

On joue à faire semblant de se rencontrer. Tu te dirais quoi si tu me voyais? Je ne lui dis pas, mais en regardant ses yeux plissés et ses milliards de points dorés sur ses joues je me dis que j'aimerais vivre des journées entières de premieres fois à ses côtés. Ce moment délicieux où en le regardant de côté j'ai entendu en moi comme j'allais l'aimer. Quelques nuits plus tard dans le noir je guette des mots qui ne viennent pas. Jee sens qu'il y pense aussi et je le sers plus fort, toute cachée dans son dos. On sait faire, maintenant, les conversations en filigrane entre les mots brouillés par le sommeil la nuit et qui continuent le jour, entre les mots de la vie qui parlent cumin, sandales et de quand le chien était encore là. J'ai envie de le presser comme un citron, je pourrais lui die dire comment tu penses ça, mais vraiment, tout le temps. Comme si je pouvais le connaître tout entier, cette découverte qui me prendra toute la vie. 

Je descends avec Melchior dans les bras et un grand saladier. Ce midi on mange des penne aux pommes de terre, oignons rouges et roquette. Pendant que je coupais l'oignon en pleurant les garçons se rinçaient du sel de la matinée à la plage. Je peux t'aider maman? Je suis un peu dans mon truc, un peu fatiguée d'hier soir la fête tard, la longue marche dans l'eau ce matin. Je regarde plusieurs fois la recette comme si ça ne voulait pas rentrer, ce qu'il fallait que je fasse de l'ail. Oui bonne idée, tu peux mettre la roquette dans le saladier. J'ai mon papyrus, l'agapanthe et la plante bec de perroquet sous les yeux en faisant la vaisselle. Elles repartiront avec nous, elle me les a préparées et données. Petits patches à mettre sur des genoux de pantalons usées. 

2 commentaires:

  1. Que c'est doux de te lire, Clémence.
    Je ne savais pas pour Flanelle.
    Une douce pensée pour elle et pour vous.

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  2. Oh non! Flanelle !!!!

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et parce que c'est parfois frustrant de ne pas pouvoir s'en dire plus: tinoftea@gmail.com