Je faisais mes petites sessions de sport du matin ou du soir, et des heures de compte-rendus en écoutant L'amie prodigieuse d'Elena Ferrante, c'était tellement bon d'être un peu ailleurs. Petite fille, adolescente, femme, entendre ce qui est familier mais qui était oublié, parce que je ne fais pas besoin de liens entre celles que je suis. Les joues rouges, un peu en pyjama. 

Plus tard au bureau j'accroche les dessins des enfants, les miens entre tous les passagers du bureau. Souvent ils sont sur un coin de tabouret, ou passent les séances dans la salle d'attente avec les frères ou soeurs qui attendent. Il va être fatigué ce soir, on est allé se promener jusqu'à l'église pendant la séance! Quelle chance cette ruche, les moments que ça nous offre, tel bonus de ce cabinet à la maison. Je prépare l'emploi du temps de la rentrée et je fais en sorte que ces temps partagés continuent, même si Pépin ira un peu plus au jardin d'enfants et qu'Odilon l'y rejoindra. Je cherche trop longtemps un modèle de châle pour remercier leur maîtresse à la fin de l'année. Bleu et jaune, la laine porte le nom d'un loch magnifique. Je suis très heureuse d'avoir laissé Pépin aller vers cet endroit à lui dont il avait tellement besoin. Il ne se laisse pas tout à fait voir encore, mais je crois bien que ce secret sera toujours un peu en lui. 

Une matinée de tête a tête avec mon un peu grand aux jambes et aux joues toutes rondes. On se promène main dans la main, on est allé chercher des œufs, à la pharmacie et à la boulangerie. Le chemin n’est pas assez long, je voudrais encore des brouettes de ses histoires ponctuées de je t’aime et de la comptine qu’on invente pour mettre nos pas à l’unisson. Ses petits cheveux de paille dans mon nez pendant notre câlin-sieste après en attendant le retour d’école de Pépin, François et Melchior partis le chercher. Je le sens sourire son dos contre moi. Moment brouette d’amour encore. 

Tout petit matin, on est quatre dans le lit, cinq dans la chambre et c'est beaucoup -tout ça-. Je me lève aussi doucement que je peux. La contrepartie-cadeau de ce temps étiré avant que ça ne commence pour de vrai, avant d'avoir besoin de savoir vraiment quel jour on est. Un petit temps je veux avant il faut. Je veux un très grand thé noir, un bol avec mon pain d'écureuil effrité, de la noix de coco séchée, des fraises, du beurre d'amandes et du lait de riz. Mains sur la tasse presque trop chaude je regarde dehors, c'est gris jaune. Le linge qu'on a oublié de rentrer. Des il faut s'immiscent dans cette intimité avec le vert du dehors. Deuxième théière, me masser les poignets avec de l'huile de prune et l'huile essentielle doudou (petitgrain bigaradier), pour ce midi emmener une part de moussaka et un yaourt maison à la purée d'amande. Pépites de je veux à étirer...