J'écoute Richard Bohringer parler pour de vrai, enfin il est sûrement de ceux qui ne peuvent pas faire autrement, quitte à gêner ou peiner. Je pense à ces fois où petite je m'excusais pour mon père, quand on devait partir plus tôt d'une soirée ou d'un mariage, à cause de lui. J'inventais pas de raisons, je savais déjà qu'il avait ces scandales en lui, juste une espèce de sourire de côté qui disait qu'on était désolé pour le dérangement. A la radio, pendant des comptes rendus, j'écoute les vies qui crament, mais lui a duré plus longtemps, il est même encore là. Je dis c'est pas juste! à François, comme une petite fille, encore. Dans la semaine à Pépin qui se rendait compte à haute voix qu'il n'y avait qu'un papi je lui dis qu'il vécu trop fort, mais que je lui raconterai, je te raconterai ton papi. En filigrane il y a sa rébellion, quand on se dit dans la voiture sous une pluie crasse notre dégoût, les regards lénifiés et égoïstes les uns sur les autres... Mai 68 autour duquel on fait du raffut alors que le 10ème des évènements est aujourd'hui impossible... On se redit notre fuite de la société, forcément, toujours un peu coupables et couards. Mais peut-être que le plus viable c'est cet effet domino que permet la vie ici, où l'on rencontre plus de gens finalement, où des communautés bigarrées se créent. Où aller au yoga nous entraîne vers telle ou telle habitude de vie qu'on aurait pas prise sans ça, où telle rencontre à une bourse aux plantes nous sème d'autres graines de réflexion. On est moins habillés, quand on se parle, ici. Parler pour de vrai, oui, nous aussi. 

Il aurait pu être très tôt, mais ça en a le goût, dehors je ne peux même pas dire qu'il fait gris. Il fait vert plutôt, vert mousse, vert tout mouillé. Le bruit de la pluie dans le bassin m'a réveillée plusieurs fois pendant la nuit, j'ai changé de lit, suivie par un koala. Tartines au coing ET part du gâteau avec les fraises posées dessus, qui font comme une compote ou une confiture. Juste saupoudrées de sucre de coco, 170gr non mais ils sont pas fous? avait-on pu m'entendre dire en lisant la recette la veille. Nos bouches n'ont plus ce goût là, parfois c'est triste que les douceurs d'antan nous piquent la gorge même. C'est un matin où le temps compte un peu, dommage, il y a des il faut. Bien un an qu'on ne s'était pas vu, c'est bon le goût des gens qui n'oublient pas. On peut venir, un dimanche? C'est bon quand c'est simple, aussi. Ils amenaient des asperges et une tarte à la rhubarbe. Ici le rose en dessert ce serait des framboises. Et avant? Avec mon cerveau tout occupé à en fignoler un autre l'idée de prendre une décision me donne presque obligatoirement les larmes aux yeux, joues mouillées et bouche qui rigole, parce que quand même c'est bête! Pic-Nic-Douille, jamais autant pratiqué que ces derniers mois. 

Ça avait décidé pour le houmous aux carottes rôties, tant mieux, c'est bon ça, et avec de l'aneth tiens, puisque le plant a repris. Le raïta de concombres, ça n'ira pas très bien avec le temps peut-être. Il faudra sûrement même faire un feu. Pendant que les lasagnes cuisent, courgettes et menthe -encore un peu dissonant avec le temps vert tant pis- on grignote des gressins. Quelques rangs si je pique du temps aux il faut, sinon l'éponge à la main qui zieutera le bazar. Dans les trop, ici c'est trop de vie, ça en fait des taches partout. On n'arrive jamais à faire croire que c'est grave longtemps. Pour ne pas avoir à réfléchir je commence le bonnet du bébé, quelque chose qui fera lutin, forcément, dans une laine douce comme la lune. Une petit pause dans la dentelle de mon châle, quelque chose à tricoter à table, comme une malpolie pressée d'envelopper son bébé. 7 semaines, ou un peu moins...

C'est un radeau magnifique, l'écriture. 
Restons groupés, surtout, restons groupés. 

Retour d'une journée comme celles pour lesquelles j'avais signé, en inventant cette vie à l'emploi du temps léger sur le papier il y a quelques mois. Retrouvailles dans le centre qui m'accueille chaque semaine après 3 mardis sautés, les jeunes tout beaux, la nouvelle éduc était coiffeuse avant! et de la brioche en salle de pause. Séances à plusieurs, parce que tout le monde était bien luné et qu'il fallait profiter de cette belle énergie, petit luxe de ces matinées-liberté. Pour la première fois je n'avais pas à déguerpir sur les chapeaux de roues et pour rentrer j'ai pris la route sans lignes droites avec ses vues de vacances. Je me sentais comme une enfant sur la banquette arrière, pensées qui se demandent quelle vie ont les gens qui vivent là, images de pommiers et de mirabelliers en fleurs, plaques jaunes des touristes qui reviennent dans leurs maisons de vacances au printemps, les chevaux et les virages nonchalants. 

Je me demandais si une idée de déjeuner aurait émergé avant que j'arrive, mais les occupations étaient plus sérieuses, gros bricolage et jeux avec des pots et du poivre (?!). Tout était ouvert et on a mangé les courgettes crues. Le midi délicieux, qui ne demande pas qu'on énonce les plans de l'après-midi car quoi qu'il arriverait ce serait bien. Avancer dans n'importe laquelle de ces petites pichenettes qui nous pique la vue, des plinthes, des histoires de barres de seuil ou de luminaires extérieurs. Ce qui fait faire de si bons aaaah une fois que c'est fait. Il me fabrique ce banc sous l'escalier dont j'avais tellement envie, en tête depuis toujours cette vue de bande d'enfants alignés en train de mettre leurs bottes en vue d'une promenade dans les flaques d'eau, la vie qui nous amène tout pile là où l'on devrait être. 

Moi et les enfants au jardin, remplir encore plus de godets et terminer enfin les semis, en leur racontant les feuilles puis les fleurs et enfin les assiettes, quel goût ça aurait, peut être. Comme l'été dernier, vous vous souvenez? Il faudra agrandir de beaucoup le potager pour que tout ait une place et si tout fonctionne ce sera vraiment Byzance. Nos joues étaient rouges et la tête m'a un peu tourné, on a décidé d'une pause eau-qui-pique et pommes en quartiers tous les trois. On a raconté des histoires d'Odilon qui tomberait dans le compost, ponctuées de grands noooooon! et gloussements ad hoc. Ragaillardis on a pu semer la camomille et les "épinards fraises" (curiosité très piquée!). Après ça aurait pu être agréable de s'asseoir mais ça l'était encore plus de sentir ce corps retrouver les mouvements qui ont du sens après un hiver un peu cotonneux. On a mis les clématites en terre, la rose sous la tonnelle et la blanche contre le grillage. On a imaginé le bassin entre les pivoines, grand saut vers la vraie vie pour les poissons rouges, ce week-end peut-être!

Première tonte dans la foulée, on a estimé que ça n'était pas raisonnable que ça reste mon domaine exclusif. J'avais fait un peu de place entre les rosiers et les myrtilles, en le surveillant un peu du coin de l'oeil. Je viens de planter des choses là bas tu sais! C'était un peu pénible d'avoir à penser à ce qu'on mangerait, j'ai lancé du riz complet sans trop savoir ce que j'en ferai, puis finalement il y a eu des épinards et du gorgonzola avec. C'était bien d'être assis, fourbus et ensemble, de toute façon. Un goût de soirs qui traînent un peu quand les après-midis débordent plus que de raison. On n'a pas sauté l'histoire, parce que ça ce serait grave, malgré les grandes envies de bain et de canapé. Il n'a fallu remonter qu'une fois pour un rab de baiser. Dans le bain j'ai fermé les yeux, repue de vie et vibrante de fatigue. 

Ces temps qui auront longtemps le goût d'une liberté un peu coupable, comme les journées qu'on chipe enfants, quand un rhume ou un mal de ventre transforme une journée en surprise douillette, pyjama toute la journée et bol de raisins secs allongé sur le tapis du salon... 

Je rentre avec l'immense envie d'un magnolia, après ces 15 jours à les avoir vu fleurir partout en Belgique... me renseigner sur quand et où le planter, presque sauter le pas mais être raisonnable encore un peu... et hier en rentrant de coursettes des taches rose clair au fond du jardin, dans la partie un peu "forêt"... Mais dis donc c'est pas un magnolia ça?? On a tous couru sous les sapins, et si, bien au milieu un peu entremêlé avec les autres et les branches un peu torduillées pour avoir leur morceau de soleil, un grand grand magnolia très chic et poudré. C'était bien gai ce petit cadeau. On découvre aussi des taches roses qu'on n'avait pas encore remarquées... un cognassier du japon. Merci jardin! Même si le puzzle des plantations est un peu fait de travers les petites pousses sont conciliantes, les pivoines et le groseillier à fleurs, les lilas heureux de leur dernière taille, les premières fleurs de nos fruitiers très bientôt. 

Les petits déjeuners sont encore fait de gelée de coings mais ce sera bientôt le temps de finir les derniers pots de mirabelles 2016Et même une part de gâteau au chocolat à côté des tartines, mais c'était vraiment un matin de faim. On revient avec des envies, une nécessité même, de repenser l'espace pour qu'il soit plus contenant et ordonné pour tout le monde. En prenant des notes la semaine passée autour du besoin d'ordre et de stabilité de l'enfant mes yeux piquaient un peu en me disant comme on offrait tout l'inverse aux garçons, et que certains moments azimutés qui laissent tout le monde les oreilles bourdonnantes pourraient bien découler, au moins parfois, de ça. 

Il faudrait qu'il existe une sorte de couvent pour femmes enceintes, je lui dis, alors que je lui raconte la bulle dans laquelle j'aurais envie de me glisser maintenant au 7ème mois... Je peine un peu à être à la fois dans la vraie vie et en train de peaufiner ce bébé...  Ces 2 semaines-montagne de formation et les yeux et oreilles grands ouverts qu'elles réclament n'y sont pas pour rien, pfiou. On se dit, alors qu'il fait nuit dehors, comme sur une barque un absurde - table en bazar et Odilon nous tournant autour en nous demandant des chips (?!!) alors que le coucher a eu lieu il y a plus de 2h - qu'une fois rentrés on n'aura plus qu'à s'installer dans un cocon moins mouvementé, sans périples ou grandes accélérations de prévu. Un petit à découvrir, mais ça je le vois tissé en douceur et pas comme une grande tornade qui me laisserait bouche bée. On me dorlote avec des lasagnes, une sieste dans une maison vide qui aurait pu durer toute une journée, une couverture dehors, et les premiers repas dehors. On parle bassin à poissons et moussaka, la vie en zigzag tout bien, quoi.