36 & 37/52 et tricots #9 et 10!












Autour de la table dans la grande pièce claire il nous dit qu'à sa dernière inspection, quelques mois avant la retraite, il s'est fait mal noté car il "s'occupait trop des enfants, et pas assez des élèves". Si c'est pas un beau slogan ça. Dans leur jardin on pouvait, si on en avait le courage, compter une trentaine de variétés de menthe différentes. La sauge s'y repique toute seule et mon sac en tissus se remplit au fur et à mesure des allées. Du basilic violet dont je n'ai jamais senti l'odeur presque anisée, le pesto en sera rigolo. Puis un grand pochon pour des tisanes un peu dorées, basilic citronné, mélisse, verveine et d'autres perlimpinpettes oubliées. Le matin, à côté de ma tasse, ça devient un peu ridicule, les petites gélules et les demi-comprimés. Le fer, les huiles machin, les jours magnésium, oh et puis un peu de valériane tiens, et les ronds verts pour les cheveux. Petits doudous pour tenter de compenser les trous côté assiette et sommeil... Je sais que ce serait rendu inutile assez facilement, mais, mais, mais. Et donc, petite illumination, troquer mes litres de thé contre de la tisane, côté taux de fer et sommeil, peut-être que... Fin de la gazette côté carcasse à la traîne. 

Un soir je prends l'annulation des deux derniers rendez-vous comme un vrai petit miracle, j'ai envie de sablés chauds et d'installer les tapis en haut. On dirait de gros pulls et à peine déroulés les garçons enlèvent leurs chaussettes (et peu après leurs pantalons!) pour mieux être dans le tout doux. Les files de cubes et de voitures s'organisent, ça y est le radeau à histoires est investi. Souvenirs sous les mains, leur version de mon canapé vert d'enfance peut-être. Leur chambre est bien à eux maintenant et c'est une petite étape de plus dans la pile de crêpes que c'est de grandir. Une autre fin d'après-midi c'est presque tout de suite le soir. Il est à genoux et le salon y gagne des plinthes. Oh la la ça fait maison! Il a une énième excuse pour faire des frites mais moi j'aurais envie de quelque chose qui mijoterait. Aller-retour au jardin, leur petit seau rouge avec moi, des tomates et même cette aubergine qu'on regardait yeux bés depuis qu'elle avait décidé de pousser. Je saute les pommes de terre, c'est un bon compromis non? Les garçons se font nourrir comme des oisillons, les mains fort occupées par des bateaux en devenir. 

J'essaie aussi de solder des choses, vaguement. Mais le compagnon de ma mère ne me rappelle jamais, et la lettre que j'assemble en pensées pour sa meilleure amie ne se concrétise pas encore. Bientôt dix ans et même pas l'ébauche d'un apaisement, quelle huile essentielle on est censé mettre sur ça? A moins que ça ne soit une tisane. Les petits murs s'effritent, quand même, je me remets dans les oreilles ces chansons de Bjork qui sonnaient jusqu'à maintenant comme de trop mauvais souvenirs. Les couronnes d'anniversaire sont tricotées, je pensais qu'il manquait la grand-mère dans ces boutons de Chaperon Rouge, mais non, elle est dans le ventre du loup! Evidemment! Une soirée au goût de polar "nordique" pas terrible et d'une bouillotte trop chaude, ça donnerait envie de draps en flanelle pour adoucir tout ça. Mais ne mettons pas la charrue avant les boeufs, chaque plaisir en son temps...

Tricot #8










Ça n'est que deux petits jours alors je me dis autant en profiter. La route piquait vraiment, pluie et renards, c'était trop pour des yeux de tout petit matin. A la radio le patron du Medef et mes dents qui raclotent. "Il est en vraiment à droite quand même, votre potentiel successeur, non?" "Oui, non, bah normal en fait!". Le normal qui le serait pas pour tout le monde. Il faudrait que je range mieux les tiroirs (mentaux!), parce que là c'est tout en même temps et ça ne marche pas bien: ce que je projette pour fêter l'automne, leurs anniversaires pas bien longtemps après, nos petits ateliers, le matériel à créer pour appliquer vite cette formation avant que ça devienne brumeux. Et ce qu'on va manger, optionnellement, juste pour remplir ce coin de tiroir-de-tête qui pourrait être encore libre. 

En profiter je n'ai pas bien réussi, je ne savais pas trop ce qui m'aurait fait plaisir. Je suis allée chercher de la laine pour notre soleil de cérémonie d'anniversaire, de quoi gâter une petite copine des garçons, et même de quoi faire un écureuil d'anniversaire à Odilon. J'ai pris des boutons qui racontent l'histoire du petit chaperon rouge, je pourrais crocheter un col Claudine sur lesquels les coudre en plus peut-être? Je profite d'avoir à gâter une petite fille. Après j'erre un peu, pas envie de chercher un endroit chouette où manger alors je finis dans une supérette d'où je repars avec des crevettes (il est allergique alors je profite de ma solitude) et des tomates cerises. Pendant qu'on se racontait les journées tout à l'heure il a fait tomber le téléphone dans le bain alors on ne peut même plus se dire comment les dîners se sont passés. J'aurai voulu lui demander s'ils avaient fini le minestrone et quels livres ils ont lu avant de dormir. Tant pis, les couronnes au crochet pour les fêtes avanceront. Je suis surprise de savoir toujours crocheter, depuis le temps que je n'en avais plus fait.

Point tricot, et ma résolution des 17 tricots en 2017... voici le numéro 8 (brr on serait pas en septembre, dis? Va falloir que les aiguilles cliquètent!) une baby blanket (la Umaro) que j'avais dans mes envies depuis longtemps. Elle est pour un bébé qu'on espère fort fort fort, pas chez nous, chez une personne très étoilée. Je me suis dis que s'il atterrissait dans ce petit cocon doux, il serait d'autant plus pressé. Un porte-bonheur, un peu, et beaucoup d'amour dans chaque maille. Il a pris du bacon au marché fermier auquel ils sont allés tous les trois pendant que je périplais pour revenir de Strasbourg. Je crois qu'on s'en servira pour faire des carbonara de courgettes, il nous faut devenir un peu plus imaginatif maintenant pour continuer à écouler le stock avec le sourire! 








Sur le canapé ma feuille en mohair moutarde avance, et j'aurai sûrement même le temps d'en commencer une autre. Beige ou brune, probablement. J'ai un peu froid, mais il n'y a plus de bois, il faudra qu'il en refasse demain. Je suis déjà montée une fois, mais je crois qu'il faudra encore aller raconter la nuit et la lune qui sont là pour chuchoter qu'il est temps de dormir... ça chantonne et ça semble faire rouler des voitures là haut! Mon tee-shirt est plein de terre et j'ai le sourire d'une journée toute complète aux lèvres. J'ai été réveillée par de drôles de bruits, je comptais me rendormir en mettant ça sur le dos de Flanelle, puis au bout de quelques minutes je me suis dit que ça n'était sûrement pas lui qui faisait ce bruit de papier froissé. Et c'était bien Pépin qui mangeait des "chocobons" sur le paillasson dans l'entrée! Et François qui n'avait donc pas rangé ses petites gâteries du soir, sur ce même canapé... Les pancakes du dimanche sont ringardisés d'un coup.  

La journée commence? Tant mieux alors, une petite tête froissé et encore rose nous rejoint. Lui c'est plutôt déballer tous les chocolats et les ranger dans un bol qui l'intéresse. En tête plein de choses pour la journée, des basses besognes et des plus enthousiasmantes. J'y pense en terminant le gâteau aux carottes et aux noisettes qu'à amené une amie la veille. Il va faire beau mais il fait encore trop frais pour sortir pieds nus. Il file vite en haut continuer la peinture. L'atelier autour de jetons n'a pas grand succès, d'accord pour construire un train à la place, tu as raison oui. Au milieu des petits animaux en plastique qui sont en grande conversation sur le plan de travail je lance un vrai-faux gratin dauphinois, dans lequel il est facile de glisser la moitié d'une courgette. Aller une de moins dans le stock! Généreux potager. Il a plu cette nuit, la terre se laisse plus faire. Ce serait bien de lui ajouter un rang... Les seaux de cailloux, les vers de terre qui distraient Pépin, très fier de gratter avec sa "griffe à trois doigts". 

Pendant qu'ils finissent leur yaourt à midi je fais au gâteau au chocolat et aux betteraves, pas envie de les finir seule dans un packlunch pendant un de mes rapides midis du mardi. A nouveau les gants et ce rang, alors qu'ils dorment et que François est parti chercher sa guitare chez son frère. Pois nains, oseille, brocolis (une vieille vieille variété) et roquette. Il va y avoir du guettage dans l'air maintenant... Oh des baked jeans pouvait-on entendre ce soir autour de la table. Nous on oublie de manger, mais c'était notre journée viande alors on doit avoir de quoi faire. On s'en est prescrit une par mois, avec objectif de faire mieux par la suite. Mes cheveux et notre fatigue nous ont suggéré qu'on manquait peut-être de quelque chose! Le bain est rapide et sent la banane. Le thé trop chaud mais c'est comme ça que je l'aime. Au caramel, aussi c'est vrai. Demain on rejouera avec ces pommes dessinées et les noyaux que l'on pose dessus, petites mains toutes concentrées. Et qui sait, la peinture sera peut-être finie? Et avoir le droit de parer leurs futurs murs de mots doux, enfin. 

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Les quatre petites pâtisseries sont coupées en morceaux, un de chaque pour chacun de nous. Petit morceau de flan au chocolat, d'éclair, de tartelette au caramel et de chou au praliné. C'était vraiment un peu la fête cette journée. Sur la table il y avait encore partout les petits bols de légume pour la raclette qu'on avait mangée plus tôt, en se demandant combien on était à faire ça à ce moment même, ce midi un peu décalé vers l'après-midi, à regarder nos petites coupelles chauffer. A côté de nos assiettes des coupes de champagne, même, une jour de fête vraiment. J'avais fait un grand trajet le matin, rendu plus morne par la grève à la radio. Les veaux sur le chemin avaient bien grandi. Les vaches les léchaient toujours. Les panneaux en bois devant les maisons qui disaient mirabelles il y a quelques jours étaient maintenant remplacés. Bois, quetsches, courges... Eux aussi ils avaient l'odeur de la soupe dans le nez. J'aurai voulu lire au lit dans l'après-midi, cette tasse de liberté absolue, mais j'ai entendu mes yeux qui piquaient et j'ai choisi d'écouter ce qu'ils me demandaient.

J'ai eu le temps d'une tasse de thé épicé avant de partir au yoga qui reprenait, et même le temps d'un livre à chacun, petites cuisses encore chaudes des couvertures qui se relayaient sur mes genoux. Grand sourire de prendre des nouvelles de cet immense jardin qui mène à la cabane dans laquelle ont lieu les cours. Tu as fait des bocaux avec les prunes? Ils me racontent comment ils s'en sortis pour créer une porte dans le poulailler qu'ils ont construit et ma tête sûrement un peu plissée appelle un tu sais quoi vous viendrez voir et boire le café avec les enfants et ton homme et ça va s'éclairer! Mon souffle retourne dans des endroits qui étaient restés un peu fermés pendant ces deux mois de pause et je me sens bien plus grande en sortant, quel bonheur. Double plaisir personne n'est encore couché quand je rentre, pourtant oui c'est vrai Pépin on voit la lune, et comme ça je ne perds pas ma dose de baisers du soir. Sur le ventre en les changeant, comme toujours depuis qu'ils sont là, une caresse sur les pieds pour ne jamais oublier comme c'est doux, le je t'aime qui sort tout seul dès que je m'approche de leurs fronts. 

J'ai hâte de recevoir les graines pour de futures fèves et les courge replantées ont toutes sorti leurs mercis en forme de grosses fleurs jaunes. J'ai imprimé tous les petits patrons pour une guirlande d'automne, je fouillerai dans les caisses à pelotes demain. Du moutarde bien sûr, j'espère que j'aurai assez de verts différents, et je me souviens d'un beau brun quelque part. J'ai acheté des oranges pour en faire sécher des rondelles, ce sera forcément excitant pour eux d'y passer une grosse aiguille. On a un peu oublié le gâteau à la banane et aux graines de lin avec ces festivités, demain on sera six autours de la théière rouge, les petits carrés disparaîtront sûrement à ce moment là. On glisse avec tant de plaisir dans la saison qui s'ouvre, je n'y trouve pas un caillou. Des plinthes barrent le chemin en haut, une 2ème couche de peinture sur les murs et on pourra les poser. On met beaucoup d'enthousiasme dans cette chambre qu'on leur concocte, enfin. J'ai commandé deux grands tapis de laine qui garderont au chaud les aventures dont ils seront témoins. Je repeins le lit d'une couleur lait à la menthe, et je pense déjà aux coussins de la banquette. Au dessus des pinceaux je pense que cette année, c'est sûr, on fera un sapin. Cette maison qui se maison-ï-fie, c'est vraiment des racines qu'on arrose.

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Je suis surprise par la nuit dehors, alors qu'on a à peine commencé l'histoire du soir. On est gai,et j'ai en tête les dernières plantes déplacées qui ont besoin de leur eau du soir. Moi tout seul (le livre), et un petit ouf en moi! C'était une après-midi et soirée tête à tête, tous les trois. C'est très rare et je crois qu'il y avait une connivence au goût d'école buissonnière entre nous. On a attendu que le gâteau finisse de cuire avant de partir, on le goutera en rentrant! Sur le chemin on s'est arrêté prendre des mirabelles et des prunes dans le verger là où c'est très joli. Et des pommes aussi, tiens, elles sont si tentantes. Un petit chat blanc aux yeux bord de mer est entré dans la voiture, juste le temps d'une caresse de bonjour. On avait déjeuné de tartines de saumon et de soupe, toute orange même avec les brocolis. J'y avais râpé un peu de gingembre, mais après je n'y touche plus, il commence à germer alors je vais m'amuser à le replanter. 

Sur le chemin il s'est mis à pleuvoir, beaucoup beaucoup. On était seul à la bibliothèque, on a fait nos cartes toutes neuves. Pépin s'est assis sur un canapé avec un livre, et faisait des aller retour à chaque dernière page tournée. Comme si on avait toujours fréquenté ces lieux. Huit livres pour eux, tous étrennés sur le canapé en rentrant, un pour moi. Pris comme avant, dans toutes les bibliothèques dans lesquelles j'ai été inscrite, sans lire de quoi il s'agit, avec la couverture blanche et noire des éditions de l'olivier. En sortant un immense arc en ciel, qui nous a tenu dans la cours de l'école (où se trouve la bibliothèque) longtemps, le doigt pointé. Le gâteau était prêt, le thé un peu trop chaud pour que j'attende avant de le goûter. Les enfants et leur petit bol de mirabelles, à côté du gros bol bleu qui se remplit de noyaux. On dessinera des chemins avec, puis ça deviendra sûrement des uns à ajouter les uns aux autres, des pleins et des pas beaucoup. J'ai rempli une feuille rose, des titres soulignées et des idées à aménager en petits ateliers pour Pépin, et Odilon. Un nouvel agenda juste pour ça, les piscines et les temps de jardinage, le pain qu'on fera et cet escargot en feuilles, quand il y en aura assez sur l'herbe dans le jardin. 

Bien serrés sur le banc, on a continué à croquer dans les mirabelles. Les prunes n'avaient pas tant de succès. Personne ne voulait de lait chaud, moi j'aurai bien aimé des tasses fumantes qui auraient dit que c'était le repas cocon de notre soirée. Un yaourt quand même. Quelques temps après ma soiréeàmoi commençait. Je n'arrive pas à me décider entre les possibles, je cogite en rangeant. Je fais un peu durer ce temps là, remontant le fil de ce qui est devenu plus facile dans les routines qui tiennent la maison debout. J'ai été une petite fille qui avait peur d'inviter des copains chez elle tant c'était le bazar et regardait avec étonnement et un peu d'envie les parents qui ramassait les miettes sur la table après manger. Donc il faut vider ces valises là, et je crois que c'est un peu fait maintenant. Pas de film ou de rangs, je savais que le livre allait me tenir longtemps alors autant se coucher tôt. J'ai rêvé que les souris qui se trouvent décidément bien chez nous étaient en fait des écureuils. Dommage, eux sont tenus dehors par les noisetiers!