#25












J'avais envie de m'acheter un maillot de bain, parce qu'une valise dans laquelle on glisse un maillot de bain tout neuf c'est une jolie pensée. Et puis j'ai pensé que j'en avais déjà un, qu'il était même pas si moche, rose et un peu graufretté, et d'un coup l'envie avait éclaté comme les bulles que me réclament souvent les boubis. 

Ça commençait à avoir du sens de dire "notre" chambre, et ça faisait drôlement du bien. Il a monté la commode pendant que je clouais les cadres qui allaient forcément faire partie du décor. Le lit est descendu, quelques jours plus tard que prévu, sous l'oeil captivé de nos assistants... Le parquet s'est avéré bicolore, on dit qu'on s'en fiche? Oh oui aller, une étape de plus sur cette épreuve de longue durée et nos dents se seraient cassées à force de grincer. L'armoire sera verte, on pourra guetter le potager, et mon pot à aiguilles sera à moi rien qu'à moi... (Jusqu'au jour où ils sauront déplacer l'escabeau). 

Dans mon tiroir (celui du meuble à fleurs, mi-bazar, mi-garde manger, mi (sic!)-rangement à feuilles de soins) je me souviens en l'ouvrant discrètement que se trouvent trois tablettes de chocolat, en signe de rédemption d'un patient bien tête en l'air qui m'a souvent fait regretter de ne pas prendre mon tricot au boulot. J'avais pourtant pris les restes de kedgeree (une tambouille de riz, curry, poissons, roquette cuites etc), auxquels j'avais ajouté des petits pois vert fluo tout brillants du jardin. Oui, oui, du jardin, sourire béat, yeux brillants, tutti quanti. Mais bref, plus ou moins discrètement, c'était chouette ces carrés au goût d'encouragement.

Sont venues les premières nuits séparés d'un étage, et ne m'était pas vraiment venu à l'idée que ça m'embêterait. J'en avais fort envie de ces murs jaunes, de ne pas avoir à traverser l'étage à pas de souris les jours travaillés, ne pas me maudire et perdre dix minutes à tout retraverser si j'avais oh malheur oublié une culotte. N'empêche, les deux premiers couchers pour l'instant ont été très joues-mouillées, pour moi. On a toujours dormi tous ensemble et cette complicité de nuits est si chouette. Je pensais qu'elle traverserait le tout fin plancher, mais on ne sent pas leur odeur ici! (Re-sanglots). Comme il est parfait il a dit un lit, ça se remonte. Mais on essaie un peu quand même? Et savoir qu'on n'était pas obligé si on y arrivait pas (enfin, "on"...), ça mettait déjà de l'air dans la gorge. On a ri en se disant que dis donc, ça nous ferait une chambre d'amis de luxe si on remontait dans notre chambre commune finalement... On va la mettre sur Airbnb! Mais peut-être que ça ira, et que mes montées nocturnes, juste un petit coup, me suffiront. (Bon et puis Odilon a fini la nuit chez nous, petit bouillotte, hier, sous l'oeil un peu content un peu tssss de son papa, alors...). 

#24







Je rentre un peu sonnée, un peu geignarde. Je lui raconte comme je tâtonne, des histoires d'horaires lui il vient à 15h, mais le mardi il faut que je réserve plus de temps à l'itep, et je pensais que ce suivi s'arrêterait, et, et, et. Il aurait fallu que je me mette tout de suite pieds nus, devant, pour sentir la pierre chaude, que j'enlève ma blouse blanche pour que personne n'y fasse de tâches. Après un temps de retour sur ma terre, j'avais un verre de sirop de pamplemousse entre les mains, et j'étais bien là. Pépin et Odilon faisaient des allers-retours en vélo dans le chemin devant chez nous, disant qu'ils allaient voir les chevaux. 

La liste du jeudi pas travaillé a plutôt bon goût. Celui de la tarte aux abricots, encore, déjà. Dans mon cabas j'entasse les jupes et les robes et même une salopette, pour aller chez la retoucheuse. Il ne faudrait pas que j'oublie le pain, mais c'est finalement ce qui arrive. Je n'y avais pas tellement pensé mais je rentre dans ce salon de coiffure en me disant que ça y est j'étais vraiment ici (et moins snob aussi aah!). Non on peut pas faire plus clair à cause du henné? Bon tant mieux peut-être. Le lendemain je mange une part de cake à la framboise avec une tasse d'earl grey entre les genoux. C'est pour le travail et autour de moi les parents racontent les écrans chez eux, si ça leur va comme ça, ce qu'ils feraient idéalement. Je dis plusieurs fois la vraie vie, celle des mains, sans trop savoir si ça leur parle. C'est mon boulot, de parler le même langage, mais je n'ai sûrement pas toujours les bons filtres. 

Encore après je porte ma salopette presque parfaite. Le matin le bol pareil aux jours de réveil, sans que ce soit terne ou pénible. Le pack-lunch à préparer, parfois facile, les lendemains de salade de pâtes ou de risotto, parfois un peu plus grognon. En sortant je jette un oeil au barbecue dans lequel les garçons ont entassé des bûches, pour faire comme si, et ça me fait un peu mal de partir, même si ça n'est pour pas pour si longtemps. En rentrant il y a ce "bleu je-sais-plus-quoi" mais pas canard comme je le voulais en tout cas, à finir. On se marre à lui inventer des noms, bleu pacifique, bleu Tahiti douche, bleu harpic... Non mais il faut voir en contexte, hein! J'ai la tête dans le gâteau de fête des pères, il y aura des étages. Je n'ai pas de papier cadeau, mais ça je crois qu'il s'en fichera... 

#23



(un 52 portrait sans vraiment de portrait, et même pas avec de vraies photos d'appareil...)

Dans la voiture il y a toujours un petit tas d'enveloppes bleues. C'est la paperasse-folie, pas si dure à penser. Parfois je m'arrête devant la boîte -sur la grille de la mairie- le matin, ou parfois plutôt en rentrant. Ça dépend quand j'ai besoin d'un peu plus d'air, quand je décide que j'ai le temps. Quelques secondes en plus. Un samedi c'est plus dur qu'à l'accoutumée. Je suis trop dans l'après et l'instant présent se fait la malle, ainsi chahuté il devient pénible. Je pense aux choux à faire (profiteroles demain!), à la pelouse à tondre (tu n'y touche pas hein, c'est pour moi tout à l'heure!). J'ai mis mes belles chaussures, je ne sais pas s'il le verra quand je rentrerai. 

Les abricots trop mûrs réclament une tarte. Je fais une pâte à l'huile d'olive, et dans la poudre d'amandes j'ajoute des zeste de citron. Plutôt du miel ou du sirop d'érable? Mmmmh partons sur le miel. Une virée dans le jardin pour ramasser un petit bol de fraises des bois, celles qu'ils ne gobent pas, pour faire bon et joli sur les abricots. Elle a le temps de refroidir et on la goûte le soir même, avec des regards-sourires entendus qui disent drôlement bienvenue à cette première tarte aux abricots de la saison. Je garde les noyaux, maintenant ça a drôlement de sens. 

Dans ma tête, puis en vrai je commence les listes des bagages pour le grand périple en Ecosse cet été. On a vraiment besoin de le sentir s'approcher, un peu ternis par la fin d'année gris-ifiante. Sur les genoux, et en plus ils sont écorchés. Mon emploi du temps déborde de son minimalisme projeté. Mes trois jours de travail ne l'ont pas été depuis... janvier en fait (gros yeux!), et les travaux font un peu l'effet de sables mouvants. Plus les tracasseries administratives qui donnent vraiment envie de vivre comme une fugitive qui ne sortirait jamais de son jardin. Quel tricot? Il faudra prendre les graines de lin, des habits un peu râpés qui ne feraient pas le retour avec nous. Une nuit je rêve que les petits pois sont arrivés, et le matin je vais leur dire bonjour, sans trop rien espérer... et si! Des gousses dont une bien remplie, d'autres qui vont suivre, fou! Quel goût d'or ils auront, ces premiers petits pois. T'es complètement connectée à ton potager maintenant, en riant. Je fais semblant de ne pas trop voir les deux très petites tomates, pour ne pas les rendre timides mais... 

Mailles... #3,4,5 et 6









2017, 17 tricots on avait dit! Les mailles se mêlent toujours, même si je suis plutôt gauche avec les articles qui disent c'est fini

Qui viennent garnir le recueil enlainé j'ai tricoté: des chaussettes roses tout écolo pour Amélie. Les toutes premières, c'était un joli challenge origamiesque! Un pull bicolore d'amour pour les garçons l'hiver prochain, dans un fil qui donne envie de s'en faire une couette tant il est moelleux. Un autre pull, pour bientôt je pense celui là, en lin... J'aimais la petite armure de point mousse sur le devant. Je pense le refaire dans une laine plus douillette, le modèle sera mieux mis en valeur je crois. Et le petit chef d'oeuvre, un pull pour moi que je porte toujours avec moult fierté. Le modèle, la laine, bref tout est AMOUR dans ce pull! 

6/17, ça avance, ça avance! Un pull rouge en léger stand by pour l'instant, trop de point mousse tue le point mousse. Je me redonne un coup de fouet salutaire avec une histoire gilet à "pois" dans un fil cachemire/angora/attention les yeux... 

"Bientôt" un petit compte-rendu ici! Ce soir il est parti à son match, en haut ça grinçote-virevolte encore (je bosse ma cardio avec mes dizaines d'aller-retour...) mais quand enfin ça ronflera les aiguilles s'agiteront. Il faut seulement que je me trouve le podcast qui m'accompagnera en plus de la pluie dehors... 

#22



Juste avant de partir deux anémones sont sorties de terre. Je les avais plantées il y a longtemps, et je guettais en essayant de n'avoir pas l'air trop pressante. Plissant les yeux pour voir les bonnes étoiles partout où elles peuvent se cacher, ces fleurs qui avaient décidé de sortir à temps pour me donner du courage avant deux jours de blouses blanches m'ont paru tout à fait faire l'affaire. Je les ai plantées pour avoir un petit bout de ma mère dans le jardin, c'était ses fleurs préférées. On est parti pour l'épopée. J'ai attendu le dernier moment pour mettre la tarte à la rhubarbe dans le sac, qu'elle reste fraîche! On avait aussi pris le sirop à la framboise et mes deux jolies robes du moment. En premier ce cabinet qui sent les huiles essentielles. On se fait la bise, il y a quelques cadres en plus sur les murs, et sa voix est toujours douce.  Et alors la vie au vert? Les mots pour lesquels on vient et d'autres en bonus. Elle dit ce qu'il faut pour que mon sac à confiance soit rebondi comme il faut, et je sais qu'il entend la même chose que moi. En partant je lui offre un pot de miel de pissenlit, dans ma main deux ordonnances et des sourires. On s'est quitté en  sachant qu'on se reverrait bientôt. Dans la voiture, ma main pas loin de la sienne j'ai dit: il était facile ce rendez-vous là hein

Plus tard dans la journée, après une salade qui n'en avait que le nom, même pas si verte, ça sentait un peu l'hôpital. D'un oeil anxieux et un peu gênée j'ai cherché des gens auxquels m'identifier. Ceux qui me permettrait un petit "ouf" au fond de la gorge, chuchotant qu'être là ça n'est pas si grave, ça ne parle pas forcément de drame. Dans la salle d'attente, en mi sous-sol, mon tricot jaune sur les genoux m'a aidé à me faire des amis. Quelques sièges plus loin, une maman et son ado ont l'air de s'ennuyer aussi ferme que moi, ils n'ont même plus envie de tapoter leurs téléphones. On nous a annoncé une heure trente de retard, et les grincements de dents ont crée une drôle de connivence un peu absurde. Quelques minutes après l'ado qui vient là tous les ans me racontait comment ça se passe, là dedans, et me rassurait. J'avais aussi dans un coin de ma tête G., mon petit patient de 6 ans qui en passe une tous les 6 mois, d'IRM. Ça a fini par être mon tour. Couloir moche, porte de vaisseau spatial, crispée je dis à l'infirmière c'est pas très feng chui hein? J'ai fermé les yeux tout le long et ça n'était pas si terrible. Quand la machine n'a plus eu besoin de moi j'ai atterri sur un demi-siège, mes rangs de côtes 1/1 à nouveau dans les mains. J'attendais qu'on vienne me chercher pour me dire ce qu'il y avait de beau là dedans, et un homme est venu me rejoindre sur l'échafaud. Il avait une chemise avec des flammes, mais j'avais trop envie de parler. J'ai un peu regretté quand quelques minutes plus tard il me racontait ses derniers suicides. J'étais soulagée de partir dans le bureau avec la blouse blanche du moment, et encore plus heureuse de retrouver mes trois bouclés sur le parking. On a vu l'hélicoptère décoller! Et moi mon cerveau est parfait! Il était vraiment temps d'aller chercher des sushis. 

Le lendemain les pains au chocolat étaient vraiment moins bons que ceux qu'on mange d'habitude, et ma théière me manquait. On n'était pas chez nous, mais du coup ça faisait un peu vacances. C'était presque le même air pas encore chaud des matins sur la terrasse, pendant les longs étés à la Grande-Motte. Dans le frigo j'ai trouvé de la confiture de mûres, et le pain aux graines était mieux réussi que les croissants. Sans trop se presser,on est parti. Je pensais déjà à l'après, tout près, quand ces deux jours qui sonnaient comme un empêchement à nos doses de joie quotidiennes seraient tout à fait derrière nous. "Box 6" qu'on nous a dit. C'était long dans le couloir, les enfants y faisaient la course et d'un coup on avait les chaussures des parents qu'on regarde d'un oeil un peu réprobateur. 1h de retard et notre râlerie n'était pas loin. Dans le bureau j'entends très bien, très bien, c'est parfait tout ça. Elle a un joli accent russe et elle me dit des choses dans lesquelles je pioche, elle ne nous gronde pas sur notre façon de voir la vie et la suite, et je sors sans avoir besoin de se dire qu'on se voit bientôt. Parfait, je vous dis. Vite, chez nous! Si avec ça mes anémones n'avaient pas complètement fleuri... Se sont ajoutées à la chanson des roses, de quatre couleurs différentes, et des débuts de groseille. J'oublie de me faire un thé de retour, et les enfants mangent leur repas doudou. Je ne goûte même pas à la joie qu'on ressent quand l'inquiétude est chassée, toute nourrie de mon intuition que la vie va bien, mais je suis heureuse que ce ravissement quotidien ne soit pas hypocrite.