Oui oui je vais bien, mais oui oui je suis aussi dans ce genre d'endroit où à 6h30 on vous propose une carafe d'eau (-oh comme ça tombe bien dans mon rêve j'avais soif-) et à 11h15 un plateau repas qui me rendrait nostalgique des sessions resto u les jours de grandes révisions, ceux où l'on maudit les médecines qui réservent leurs places à la BU dès son ouverture. Certes j'ai mon tricot, et donc mal aux mains et à chaque rang coché l'angoisse de le terminer avant ma sortie augmente.  

Je vais bien et je raconte en riant ces gens aux urgences que, même en tentant d'ouvrir bien grands les yeux sur le monde, on n'imaginerait exister que dans une bd absurde. De traviole, on l'était tous un peu dans ce dimanche-bulle. Il faut creuser pour se faire des coussins d'humanité qui servent à rappeler que ça ne durera pas, qu'il y a un dehors et qu'il est tout proche. C'est rhabiller une mamie qui a froid (j'ai 95 ans, même moi je n'y crois pas), c'est Pépin qui amène un biscuit à une dame dans un fauteuil, c'est un verre d'eau pour un jeune qui s'énerve. Moi je suis rouge, je ressemble à un crapaud fluorescent et je crierai bien bon sang quand je vous disais que ce médoc c'est du poison! tout en sachant que j'exagérerai peut-être un peu. Mais qu'il me gâche la vie, ça... 

J'étais venue avec un tricot dans le sac, au cas où, et même l'agenda pour prévenir les patients du lendemain, au cas où même si ça m'étonnerait. Pourtant à minuit j'étais dans une chambre ("seule", cte luxe) dans un service où on me promet que mais non, ma peau ne va pas partir en charpie et se décoller entièrement tout d'un coup, argument choc aux urgences quand au bout de 10 heures j'ai émis le souhait de partir. La journée passe vite entre les heures au téléphone avec les anges gardiennes et celles qui viennent prendre ma température (?!), que je retiens je l'entends bien un peu plus qu'il ne faudrait avec mes mots. Je regrette presque de ne pas fumer pour discuter autour de la poubelle, en bas. Et l'hôpital, je le dis tout bas à une amie à l'aube, c'est tellement ces 12 jours dans notre bulle avec mon père, juste avant... Je devrais attendre le médecin toute la journée mais c'est bien les bébés que je guette par la fenêtre dès qu'il me dit Odilon a fini sa loooongue sieste, on part! Je ressens le manque physiquement, eux que j'ai quittés il y a moins de 24h, mais ce qui n'arrive jamais, famille collé-serré que nous sommes. Arrivés et reniflés, ils me mettent des miettes dans le lit que je tripoterai plus tard comme des grigris et d'un coup le récit de la biopsie un peu boucherie et beaucoup moins important qu'une comptine à 4 voix ou qu'un jeu dans l'ascenseur. 

Oh les montagnes russes, je sais que vous êtes là pour me rappeler comme la vie est vivante, mais je me sens parfois un peu haletante sur le bord de la route. Demain il paraît que je reverrai ma maison et que je pourrai aller ramasser les noisettes qui doivent pour l'instant faire le délice des oiseaux et des écureuils. Le saumon sera encore frais, demain soir si la soupe est encore bonne elle sera suivie de scones écossais. Presque avec acharnement, je remets en place les pièces du puzzle. J'ai lu ce soir d'une écriture chaleureusement familière que le verre était toujours à moitié plein. Je suis sûre qu'avec une tasse de thé c'est aussi vrai. 

11 commentaires:

  1. Bouhhh, le souci pour toi revient.....s'il t'ont dit que tout va revenir à la normale , ouf, ça rassure....peut-être une allergie?
    Tiens nous au courant , please., please, please...
    Et quelle chance des noisettes fraîches !!!
    Je t'embrasse fort

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  2. Bouhouhou, ces médocs, quelle poisse... Au moins pour celui-ci, c'est réglé... Bises de prompt rétablissement (éculée la formule, mais c'est quand même comme ça qu'on le dit...)

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  3. J'espère que tu as retrouvé les tiens, ta maison, le jardin, les écureuils et les noisettes... Prends soin de toi.

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  4. Oh là là !
    J'espère que tu vas vite aller mieux !

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  5. quelle histoire qui vous "freine" d'un coup dans votre vie... j'espère que vous allez bien vite retrouver la santé et votre maisonnée. Je vous souhaite bon courage et beaucoup de patience pour les heures à l'hôpital et une convalescence qui cessera rapidement j'espère... Anne LG

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  6. Oh, je t'embrasse très fort une fois de plus… Tu t'es mise à l'unisson des feuilles d'automne (c'est chouette, mais ce n'était pas vraiment la peine…) Prends bien soin de toi...

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  7. ça marche avec le thé, la soupe et l'eau de mer, je t'embrasse.

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  8. Plein de courage à toi Clémence ! C'est bientôt la délivrance !

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  9. Grosses grosses grosses bises, je ne vois que ça...
    Je guette le prochain article en me rongeant les ongles...

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et parce que c'est parfois frustrant de ne pas pouvoir s'en dire plus: tinoftea@gmail.com