Dans la nuit me viennent de ces pensées qui se racontent au réveil avec un demi sourire, soulagée de les partager avec l’excuse de la déraison qu’amène les rêves. Je lui raconte les pulls irlandais qu’il me faudrait tricoter aux bébés, les lettres aux amis et même aux ennemis. Après, quand on m’aura dit que mais oui tout va bien (parce que c’est ce qui arrivera n’est-ce pas?), il faudra que je garde très longtemps en tête cette impression de premier jour qui m’habite depuis que boum, l’autre camp s’est retrouvé un peu plus proche. C’est mal écrit car pas pensé, seulement ressenti. La peur c’est à peine une couleur, alors des mots, pensez-vous. Mercredi prochain le souffle sera sûrement un peu plus gratuit, on aura banni les mots qui n’auraient jamais sortir des livres, et quelle que soit la suite, cachets, examens ou interdictions, je retournerai à une vie dans laquelle il ne sera pas indécent de s’inquiéter de la pousse des rosiers ou de ces fichus cheveux qui n’arrêtent pas de tomber. Parce que non, il n’y aura pas plus grave. 

En attendant évidemment c’est merveilleux. Une semaine de vacances, et une liste de bonheurs à s’en faire des rides. Des goûts de prunes (en pie-crumble, avec de la crème ou des petit-suisse et du miel au petit déjeuner, ohlala) et de confiture de mirabelles, dont une fournée que je fais cramer -mais non, dis « carameliser »-, bon il faudra faire une brioche pour vérifier dans quel camp se placer. On nous rend visite à s’en faire pêter le coeur et le bide, des moules frites (si loin de la mer c’est presque un blasphème) en parlant guerre, paix et Cornouailles (et Lubeck) avec la plus vieille amie de ma mère venue passer quelques jours avec nous. Ce fut sa correspondante allemande quand elles avaient 13 ans et elles s’étaient jamais quittées depuis, leurs histoires agréablement entremêlées depuis. Je m’en veux, un peu, de non, non n’avoir pas envie d’aller au cimetière, en plus la route, les bébés, tu comprends… Je suis touchée et même un peu agacée à quelques moments par ses gestes de grand-mère, je suis si peu habituée et d’ailleurs ce serait dangereux d’y prendre goût, c’est tellement pas notre vie ni la leur. Elle revient les bras chargée de plantes d’une visite dans les environs et je suis ravie de ce cadeau si parfaitement juste. 

J’ai planté des rosiers qui me font la surprise de leur couleur, trimballé des branches qui font des bleus. C’est bien ça cache ceux des prises de sang ratées par cet infirmier si beau mais si gauche aux urgences (ah non dans la main finalement ça n’ira, bon la 3ème fois ça devrait être la bonne! aaaah!). Je fabrique une liste de cadeaux mentalement, pour fêter la vie sans tâche que l’on m’annoncera: une robe à coudre puis à broder, du mimosa à planter, ce nouveau lieu de travail à investiguer, braver le scepticisme de François et tenter un victoria sponge cake à la mirabelle, mettre au feu cette liste de hontes et de regrets qui cailloute parfois/souvent mes chaussures, murmurer des merci au goût de je t’aime encore plus souvent, quitte à me répéter…
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15 commentaires:

  1. Je devine des nuages, et je pense fort à toi pour qu'ils s'éloignent. Ici aussi, encore et toujours refus de cimetière, gestes doux si rares devant lesquels on renâcle pourtant, et plantes reçues. Prends soin de toi.

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  2. Voilà de bien beaux enfants, c'est drôle comme le petit ressemble au nôtre !
    A bas les pensées à demi-sourires du matin, vive les fous rires de l'après-midi !

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    1. Oui ces petits jumeaux d'est en ouest, oh ça aurait été bien de les faire se rencontrer!!

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  3. Si tu plantes du mimosa, j'en plante un, c'est promis. En ce moment j'ai une obsession pour cette fleur ... parait qu'il en existe des boucles d'oreilles divines .... je t'embrasse fort.
    Dis donc, qu'est ce qu'ils sont beaux ...

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    1. Je viens de voir que le mimosa se plantait de mars à mai ///

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  4. Hum hum, j'espère que tout va bien??? Incroyable comme Odilon te ressemble. Ces deux frères sont si beaux, si différents. Le doux rêveur et le bulldozer...

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    1. C'est tellement ça, le délicat et l'enthousiaste!

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  5. Qu'ils sont beaux tes petits !
    Vers le même âge que ta maman , j'ai eu une correspondante allemande .
    Nous nous sommes hélas perdues de vue après la vingtaine .

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  6. Oh Clémence ...voilà que je m'inquiète pour toi....que se passe-t-il....je ne comprends rien comme souvent à tes phrases charades , je suis tellement nouille , tellement 1er degré ....
    Les garçons sont magnifiques ...et tu devrais te laisser aller à accepter les rôles d'affection même s'ils ne sont pas "ta" vie ....et au contraire ,

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  7. Chère Clémence, moi aussi je m'inquiète un peu pour toi... Je pense bien fort à toi ! Prends bien soin de toi !
    Isaline

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  8. oh, plein de courage pour ce qui se passe alors. En tout cas ils sont très beaux tes petits garçons. Et à chaque fois que je viens ici, ça me donne envie de cuisiner beaucoup beaucoup beaucoup !

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    1. Semeuse de recettes, ce serait un bon métier ça!

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  9. On est bientôt mercredi, j'espère que tout ira bien. Je pense à toi.

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  10. Je pense à toi aussi, je m'inquiète à travers ces quelques lignes. Ils sont beaux tes deux petits gars aux yeux bleus.

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et parce que c'est parfois frustrant de ne pas pouvoir s'en dire plus: tinoftea@gmail.com