On se réapproprie la maison après tout ce temps avec des artisans plus ou moins bienveillants. On se laisse réfléchir les travaux comme tout le reste de notre vie, dans un semi sanglot je lui dis mais moi dans la vie je fuis le plastique et je les ai laissés emballer ma maison dans un tupperware! On tâtonne pour défaire sans détruire. Sous prétexte d’isolation/subventions la maison est sur-isolée, et j’ai pris en horreur ce poumon artificiel déprimant et ronronnant qu’est la vmc. Une fois débranchée on respire tous mieux et à nouveau le bruit des oiseaux et des arbres se fait la bande-son de la vie ici. Le mari d’une patiente, bière à la main, me raconte les petits trous qu’il va falloir faire à des endroits stratégiques pour que l’air ait à nouveau sa place dans la maison. On s’en veut de s’être laissé dépossédé cette réflexion autour de quoi finalement, l’air qu’on va respirer au quotidien, et un peu forcé la main… Je dis à François c’est comme si on nous disait mais bien sur que si, que c’est le micro-ondes le mieux pour cuire du pain! Je laisse des messages furibonds qui vous feraient peut-être bien rire (ou peur!), sans effet bien sûr.

Depuis jeudi la vie c'est un peu ça mais surtout le reste, hein. Je fais la vaisselle debout dans le jardin, mes deux bacs et l'eau fumante, Pépin debout sur un tabouret à mes côtés, fasciné par les glissades du savon de Marseille. Les écureuils sont plus discrets que les oiseaux bleus dont je n'arrive pas à retenir le nom, mais qui s'approchent, petit à petit. Je vais au travail de la peinture vert botanique plein les bras, et c'est signe qu'on aura bientôt une porte devant les wc (cte luxe!). De là bas le monde extérieur est un peu flou et atténué. Il n'y a que les mots de la radio un peu grésillants pour nous les rappeler, le téléphone ne passe pas, internet et la télé n'en parlons pas. C'est agréable ce temps modifié, murir des mots avant d'appeler une amie, chérir des photos avant de les partager. Il n'y a pas encore les fleurs plantées à aller guetter ou d'odeurs de gâteaux dans la cuisine (ni même de baignoire hihi), mais cette cabane nous fait bien l'effet d'un cadeau qu'il nous semble fou de mériter.
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C'est une journée pleine de trous derrière mon bureau. C'est l'été, les gens sont sûrement dans leurs jardins ou à la rivière, se dégagent de l'emploi du temps quadrillé de l'année. Alors moi je me sens un peu inutile. En plus j'écoute -du coup- les épisodes des pieds sur terre sur Lydie Violet -avec qui Marie Desplechin a écrit un livre qui me mettrait sûrement les larmes aux yeux et le sourire aux joues-. Elles y parlent soin, combat, parcours de vie...Je me dis, mais c'est ces gens là que je veux aider! C'est quoi le soin confort/le soin vital? De toute façon une journée comme ça c'est auprès de mon carrelage et de mes sous-couches de peinture que je serai le plus utile. Les patients (ceux qui viennent!) me demandent c'est quand le déménagement? et pfiou ça n'a jamais été aussi bientôt. Dans 2 dodos dirait ma Camille. Qu'est-ce qu'on va faire qui ferait office de pierre blanche pour la dernière/la première soirée? Que j'ai hâte de rencontrer la nuit là bas, les bruits, les ombres, ce qui me fera sursauter, sûrement. 

Un coup de fil: Clémence, je voulais vous demander, c'est grave si on vient pas tout à l'heure? Je trouve ça plutôt mignon et je ris. Ça dépend, c'est pour faire un truc vraiment chouette à la place? Les enfants arrivent parfois à peine secs, bah oui, ils ont sorti la piscine, qu'on tient à dix dedans! Dans mon bureau il fait frais (et sombre, bouh), mais sur le thermomètre de mamie il faisait 51 degrés! J'adore ces bouts du dehors qu'ils emmènent avec eux, les séances de vacances ont un goût de carte postale.  

Après un coucher bébésque moite et bruyant, je finis mon temps avec Lydie, à la radio. Pépin est sur mes genoux, en fait. Un médecin lui conseille de l'orthophonie et je sursaute, que j'aimerais rencontrer une femme comme ça et tenter de lui faire du bien, quelque soit le moyen. Ce qui est parfaitement parfait c'est que c'est sur que ça m'arrivera, ces pépites qui se mettront (et se sont déjà mis) sur mon chemin. Ça embête Pépin que je m'intéresse à cette histoire plus qu'à ses chansons, et moi ce n'est plus l'heure où je peux donner toute mon enthousiaste attention sereinement... Je lui dis non Pépin c'est mon heure là! Dans cet appartement quasiment vide, poussiéreux à souhait. Les quelques étagères qui sont encore debout ont quelques objets pour lequel le sort n'est pas encore décidé. Que de sacs déposés en bas, accompagnés de leur post-it, à vous!, à donner, prenez-moi! L'héritage semé comme ça, pas de fantômes dans la maison-pour-la-vie, ai-je décidé.

Pépin et ma tante, en promenade dans le chemin au bout de *notre maison*

Des jours adorables-merveilleux-lumineux, donc. On a beaucoup entendu des rires de bébé/petit garçon, des chansons aux R roulés, et les histoires rocambolesques de ma tante. J'ai regardé mes garçons se faire des souvenirs rien qu'à eux, portés et embrassés par ce bout de leur famille. On a mangé tard, pique-niqué franco-écossais, beaucoup. J'ai inventé une salade au chorizo et à la courgette drôlement bonne, enfin testé cette tarte tatin au chèvre et à l'oignon qui me faisait de l'oeil depuis longtemps (avec une pâte à l'estragon en bonus). Grâce à ces bras en plus le jardin a retrouvé un aspect moins sauvage, j'y ai même découvert un 2ème noisetier, la bonne surprise! Nous ça a avancé cahin-caha... (Les wc suspendus sont assez imprévisibles en terme de complications pré-pose!). Pépin est allé mettre les pieds dans la rivière au bout du jardin, Odilon a dormi sous un sapin dans les odeurs de chèvrefeuille et presque réveillé par les oiseaux qui ont drôlement de choses à se dire. Je les regarde s'aimer si facilement, sur une couverture dans le jardin, Pépin sur les épaules de Colin dans un chemin, Odilon qui endormi dans la voiture tient la main de Belinda. C'est très facile, et je suis si heureuse d'ainsi réactualiser le sens du mot famille. 

Le dernier soir, ils nous font un Eton mess du tonnerre et j'apprends que mon arrière grand-mère Janet, que je n'ai jamais connue, concevait et vendait des patrons de Fair Isle. Je goûte cette mémoire inconsciente qui dessine les chemins que j'essaie dans la vie, ces mailles qui sonnaient un peu comme un cheveu sur la soupe mais présentes un peu plus haut dans l'arbre familial qui à la fois me fait de l'ombre et me protège. 

Le lendemain de leur départ j'étais triste à souhait, et bêtement j'ai mis quelques minutes à faire le lien. Je lui dis assez souvent en ce moment arrête d'être pessimiste! Et ce soir on aura pu m'entendre dire tu ne te dis jamais qu'on est peut-être incompatible? Peut-être que mon côté chien fou s'équilibre à ses côtés, mais parfois je voudrais lui prêter de ces paillettes que j'ai en tête. Les bébés retournent après cette parenthèse enlacée chez la nounou pour les presque dernières fois, l'après s'annonce complètement collés, oh bonheur. Nous on arpente les allées de notre deuxième-maison-magasin de bricolage. Sur la liste on peut lire scie circulaire, embout machin, mousse poly. Pour rêver un peu à la suite, l'après "gros oeuvre" indispensable, on choisit également la peinture de l'escalier, vert et bleu, je crois que ce sera joli. Comme pour les prénoms des bébés, l'achat de la maison, ou ce qu'on mange en général le soir on se met d'accord en deux mots et quelques secondes. Mais oui, c'est vrai que les choses s'imbriquent! 










Ça, c'est une de nos journées d'en ce moment. Le matin dans le sac de la maison je rempile de couches et de compotes, je cale plus ou moins bien le pique-nique, quand on ne se dit pas on prend un truc à la boulangerie? (les pâtés canard-mirabelles, rha!). On fait la route à une ou deux voitures, selon ce qu'on a réussi à charger (la veille au soir). Moi j'y guette les chats, les moutons après tel ou tel lacet, les toutes petites pommes dans les vergers et les mirabelles qu'on ne devine même pas encore. Pépin pointe la maison quand on arrive, on guette la progression des mauvaises et on va vite voir "s'ils ont avancé"! On râle souvent un peu, puis on s'y met, après avoir sorti la caisse des jouets d'ici, à boire pour les bébés et le chien. On avance à pas fourmi-esque, tellement qu'on en rit plus qu'on en pleure. J'aime que le trait de cutter soit miraculeusement plaque après plaque plus assuré, que ces gestes là s'ajoutent au catalogue. Depuis hier on a des prises qui fonctionnent et la lumière à l'étage, ça nous a drôlement mis en joie... Il y a les pauses speculoos ou cigarette, heureux ou sceptiques devant ce qu'on a vissé ou fixé, les pauses câlins ou chanson, les pauses course jusqu'au fond du jardin. 

On a un voisin, assez loin, dans la maison du bout de la rue. C'est le gardien de cette grande maison et je crois qu'il a une histoire assez cabossée. Il nous a apporté de la rhubarbe la dernière fois, n'arrive pas tellement à nous dire tu, et quand ce n'est pas de la rhubarbe qu'il a sous le bras c'est son chat, pour que les bébés puissent lui faire une caresse. J'ai l'impression qu'il est content de ne plus être seul dans ce bout de forêt. Ma famille d'Ecosse est venue nous aider pour quelques jours, c'est gai et très simple d'être ensemble. Ils vont à la rivière avec les bébés pendant qu'on bricole, débroussaillent ou boivent une bière sous leurs chapeaux. C'est si important qu'ils vivent ces moments là, un peu fous, nous adoubent en quelque sorte. D'ailleurs tous les importants de notre vie y participent, viennent une journée ou plus, sont tenus au courant des petites avancées (ou des déconvenues), c'est une espèce d'énergie amoureuse qui va longtemps nous porter et qui enrobe cette maison d'une jolie glycine de la plus jolie des couleurs. 

Des vraies photos, fou! et des mots posés cahin caha alors que l'aube se lève. Tout le monde a eu trop chaud cette nuit, et à 5h après un énième réveil d'Odilon je ne me suis pas recouchée. Le temps gratuit, sans to-do-list greffée dans la main, je dois le piquer au sommeil, alors soit. Le thé est vert et dans les oreilles c'est les Pixies. Je renvoie un énième mail à cette mutuelle pour être réglée, je cherche des infos sur cette retraite complémentaire pour laquelle je me demande si ce serait une bonne idée de signer (une enveloppe sous le lit ça ne suffit pas?), je remplis la réserve de films qu'il serait gai de regarder, le soir au lit, pendant ces semaines de camping qui s'annoncent. Tout le monde dort encore, et le premier levé ce sera soit Odilon soit ce drôle de couchsurfeur serbe qui arrive de Vienne. Belinda et Colin m'avaient interdit de cuisiner mais j'ai quand même fait un cheesecake au lemon curd, et je me retiens de m'en servir une part -manger à 6h du matin c'est un peu manger au milieu de la nuit non?- en regardant des images d'escaliers colorés sur pinterest, parce que oui à un moment on en sera bien là (hein??!).