Je croise d'un coup plein de gens touchants, qui me racontent des histoires brinquebalantes à souhait. Des gens un peu trop pâles pour dire qu'ils ont bonne mine, aux mille vies qui donnerait envie de leur dire viens, viens t'assoir, tu veux pas un thé plutôt? L'un, celui qui est tout fin peut être un peu trop me dit: oui j'ai un fils, je crois qu'il a 6 ans, je sais pas trop en fait je l'ai jamais vu. Il habitera tout près de chez nous, un de ces gens à la campagne qui font tout à vélo et m'épate, dont la vie cailloute on pourrait dire, ces gens à la roulée sur l'oreille et aux tatouages pas finis sur les bras.  Et cet autre monsieur, celui qui a la belle chienne à qui il tient tant et ne me reconnaît jamais alors que je le croise souvent... La tête ailleurs, je me dis maladroitement qu'il est déjà un peu dans l'après... Il a les yeux qui brillent devant les bébés, je crois qu'il aurait presque envie d'un câlin. Lui il a une fille, il sait exactement quel âge elle a mais ne la voit plus non plus. Son nom? c'est un secret! Il me dit vous avez des cheveux blancs mais même ça c'est beau sur vous! Me trouve rigolote, ah ça oui vous êtes rigolote! Pépin fait son farouche mais pas Odilon, il lui fait de grands sourires qui j'espère le porteront quelques heures, entre les temps d'oubli qui semblent rythmer sa vie. 

Des tricots de bébé finis et d'un coup l'envie de centaines de mailles qui font s'agiter les mains mais pas la tête, rien que pour moi, oui oui. Un peu mal aux mains à la fin de ces longues sessions durant lesquelles les rangs s'enchaînent, entrecoupées de lectures de livres que Pépin m'amène, ou de baisers au grand ou aux petits. Temps plein de moi, comme ces moments, un peu ridicules, en pyjama par terre dans le salon, où je m'agite pour dire à mon corps oui c'est vrai, on est à nouveau tous les deux et lui redonner forme plus mienne. Ça fait beaucoup rire les bébés et Pépin essaie de faire pareil...Il n'y a pas meilleur encouragement! 

Les discussions dans la cuisine, pieds nus, un biberon, une cuillère en bois ou une tasse trop chaude entre les mains. Les bébés vivent leur vie tout près de nous, que ce soit empiler des verres, accrocher les wagons d'un train ou enlever ses chaussettes pour mieux se manger les doigts de pieds. Moi si je ne tricote pas je me tripote la frange, dans un geste qui me vient de mon père. On parle de nous, du sur-mesure à recadrer, de comment faire pour que la route ne soit pas fausse. Il me dit je ne suis nulle part et ça me touche qu'il ose être si franc avec lui-même, et avec nous du coup. On prend une décision pour la suite, qui d'un coup rend nos sourires plus sincères. On fête cette libération avec notre plat fétiche, le plat princeps qu'il m'a fait lorsque je suis allée manger chez lui pour la 1ère fois (le lendemain de notre rencontre, fusionnels dès la 1ère minute...). On savoure le temps léger retrouvé, on va se promener dans des endroits inconnus et vert à souhait, où le lilas sent presque aussi bon que dans le jardin. On se fait une centaine de câlins, il me dit merci dans l'oreille, je dis quelque chose comme merci toi-même! L'avenir devrait peut-être nous paraître plus flou, mais il nous semble d'un coup bien plus lumineux. La magie des mains entrelacées... 

2 commentaires:

  1. Peut-être pas raisonnable la décision mais au moins libératrice.... Et vous verrez bien, demain... Si nécessaire une autre décision sera prise si c'est trop difficile.....qui veut d'une ligne de vie bien droite et de décisions trop raisonnées ??

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  2. Moi j'aime les décisions prises à deux, vaille que vaille, coûte que coûte. Et le portrait que tu fais de tes voisins, ça vibre... Belle soirée à toi.

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et parce que c'est parfois frustrant de ne pas pouvoir s'en dire plus: tinoftea@gmail.com