Une journée entière avec la chair de poule. Ça faisait un peu beaucoup, peut-être. J'aurai pu dire "j'ai mal à la peau". Les thés trop fréquents finissaient par m'embêter (je vous prends tout de suite, j'arrive! entre chaque patient, ça fait un peu bête...), et mon gros gilet me donnait un air au coin du feu que je n'étais pas certaine d'assumer. Mal à la peau dans ce bureau dans lequel j'ai froid, les épaules un peu ébranlées, c'est sûrement ça qui m'a d'un coup donné envie de rêver un peu, de trouver un moyen de respirer plus amplement, d'être mieux moi. Mes pensées ça ressemblait un peu à ça: ce serait comment, si c'était complètement confortable? 

La journée d'après pendant un long trou d'après midi, toujours chair-de-poulée je tentais de mettre les mots à la suite, que ça sonne pas si déglingué et ne tenant-pas-debout que ça. Lettre de motivation qui dit "oui oui je viens de m'installer, mais bosser en structure me manque!", un peu mieux dit, ou à peine. C'est vrai que je voulais la liberté et un bureau qui me ressemble... À présent me manquent les collègues dans le couloir et les enfants extra-ordinaires que j'ai quittés. Je m'en rends compte en rougissant, et je me demande le pourquoi de ce dandinage d'un pied sur l'autre. C'est quoi l'idéal? Elle fait peut-être perdre de l'énergie, cette question. C'est comment si je suis bien? Un peu là, un peu là-bas, ça m'irait? Deux fenêtres entre lesquelles aller respirer, cela ferait-il un tableau que j'aurai longtemps envie de regarder? 

Quand j'ouvre mon sac j'y trouve deux peluches et ça me donne si hâte de retrouver mes bébés chauds. Je les ai quittés cahin-caha ce matin là, même en chantant j'ai bien senti que le matin trop tôt les bousculait, que les câlins étaient un peu trop minutés pour que ce soit complètement doux. Il faut que je pense que c'est ça aussi, ça surtout, qui m'a amenée dans ce bureau bleu, le temps sur mesure que je peux créer pour les bébés ainsi. 

Jeudi du coup c'est le week-end pour nous trois. Jeudi on rattrape les trois premiers jours intenses du début de la semaine, on remet la maison droite, on cuisine à nouveau, pour dire qu'on a le temps, on écoute une chanson dix fois de suite si ça nous plaît. Là c'est Miss Miss, bien sûr, et Pépin la danse très joli, sous les éclats de rire d'Odilon, ce qui me met bien sûr le coeur en mille morceaux de bonheur. Pendant une heureuse sieste commune au deux bébés je cuisine des blettes à l'huile de coco et à l'ail et aux graines de chia en me disant mais c'est quoi ce truc au fait? On mange ça avec un oeuf au plat, un peu de travers mais on cache les petits ratés avec des graines de lin. On s'entraîne pour les poules! On raconte les buts de promenade qu'on aura  à la maison, les vaches du chemin, les mûres de l'autre côté, l'aire de jeux sûrement aussi. 

On est à nouveau trois après la pause déjeuner et la bande-son reprend. Les garçons mènent leurs vies, les mains qui s'agitent, les expériences de toutes sortes qui semblent me faire gagner dix barres d'énergie à les regarder tant leur enthousiasme me subjugue et me contamine (ou je le souhaite en tout cas!). On fait le gâteau à la marmelade que cette si bonne confiture d'oranges m'avait inspiré. Enfin inspiré, j'ai presque consciencieusement suivi la recette de Nigella que ma tante from Scotland m'a conseillée, en zappant les 250gr de beurre (il fait moins froid ici qu'en écosse!) et en ne mettant que la moitié du sucre, et du sucre de coco à la place. Ça lui a donné un charmant air de pain d'épices. Pain d'épices versus chair de poule, c'est le plus doux qui gagnera, n'est-ce pas? J'ai reçu ce matin de l'oolong aux marrons chauds, c'est plutôt bon signe je crois!

11 commentaires:

  1. IL faut parfois se laisser du temps pour qu'une situation nouvelle, un peu âpre au début, s'adoucisse et permette de se sentir un peu plus large, un peu plus à l'aise. Et puis c'est chouette la liberté !
    Mon rêve moi, c'est une classe unique : que des élèves, pas de collègues !

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  2. pas simple de trouver ce qui nous convient vraiment et c'est courageux de s'avouer que quelque chose coince plutôt que de "faire semblant"! Et puis, comme dit au dessus, il faut parfois du temps pour apprécier une situation nouvelle! petit à petit, on se connaît mieux, on s'accepte mieux et on finit par trouver notre équilibre, ça prend du temps et peut demander des tâtonnements!
    Bonne recherche :-)

    lolabelle

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    1. Je suis peut être un peu pressée, je crois que tu as raison!

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  3. Cette photo de tes petits gars est superbe, et je trouve pour la première fois qu'ils se ressemblent vachement, c'est drôle !
    C'est toujours un peu compliqué le changement, on a tendance à oublier pourquoi on l'a fait, ce qui n'allait pas avant, et la comparaison est forcément faussée... je te souhaite d'arriver à un moment où tu te diras : "ben non, en fait il est bien là mon idéal" (ou alors "un de tes idéaux" parce que c'est possible aussi qu'il y en ait plusieurs).

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  4. Trop de choses à gérer en même temps, il faut que tu sois patiente. Moi je trouve que tu gères formidablement bien ta vie et que tu assures. Il suffit de voir comme les garçons semblent heureux et paisibles. Des bises et du courage. Martine.

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    1. Commentaire similaire ....
      merci Martine,
      Courage et patience Clémence!

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    2. Oh moi aussi je te dis merci Martine, ta visite m'a insufflé ce qu'il me manquait d'énergie positive!

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  5. Le froid fatigue tellement qu'on oublie pourquoi on a voulu être précisément là, se sentir confort ça vient aussi avec les petites habitudes et la patine qui s'installe.
    Entre deux situations d'équilibre, il y a forcément le déséquilibre et ça n'est pas facile de s'y sentir bien en attendant.
    Je te trouve épatante à porter tous ces projets en même temps ! J'ai confiance, tu vas y arriver !

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    1. la patine, c'est bien ça qui doit me manquer tu as trouvé le bon mot! Oui je crois que le trajet en funambule est un peu long et que d'un coup il m'aurait fallu une autre paire d'épaules à qui déléguer, un peu!
      Merci!

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  6. "C'est quoi l'idéal? C'est comment si je suis bien?" Je cherche, moi aussi... Mais vu d'où je suis, ta liberté d'emploi du temps me fait rêver. Va falloir qu'on en reparle! ;)

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  7. Je suis un peu dans les questions aussi, je crois... le temps d'accepter qu'avec un dos en miettes, je ne peux pas tout de suite déballer mes cartons et monter mes meubles, et qu'il faut se satisfaire de ne pouvoir poser les pieds et les fesses nulle part, de ne pas trouver de culotte le matin ni mes assiettes préférées pour manger. et me contenter de me reposer dans ce nouvel endroit à apprivoiser... est ce qu'on manque de patience ou simplement à force de faire des milliers de choses à la fois, on a oublié ce que c'était que de n'en avoir que deux/trois/quatre? ;)

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et parce que c'est parfois frustrant de ne pas pouvoir s'en dire plus: tinoftea@gmail.com