Le non-programme de la journée avait été bouleversé alors que le jour n'était pas encore levé. Je ne me caractérise habituellement pas tant par ma rigidité, mais avoir un horaire à respecter me donne pour l'instant quelques palpitations, la vie avec deux bébés étant pleine de surprises (c'est à dire de contretemps). C'est pas aujourd'hui cette histoire de gaz à la maison?! Faire la route, le froid là bas, et peut-être même les araignées dans les toilettes qui auraient encore grossi... mais je n'arrivais pas à être totalement contrariée, ce bonus de campagne imprévu, voir les villages en semaine, la vie qui s'y tramerait... et j'étais sûre que le jardin saurait m'accueillir avec une surprise ou deux. Ça n'était que tous les deux, Odilon et moi, et ça avait un goût d'école buissonnière.

Les chemins étaient blancs et les cheminées semblaient toutes s'envoyer des messages codés avec leurs longs traits de fumée. Moi qui vit encore un peu sur une autre planète, je n'étais pas très prête pour les quelques degrés en moins par rapport à Nancy, ni pour le jardin qui mouille les pieds en trois pas. Un gros camion est arrivé, mais la cuve vous la prenez comment? Ah non moi je viens la vider seulement, ils vous rappelleront pour l'enlever... grr! On s'est vite réfugié à l'intérieur devant le radiateur d'appoint pour une tétée, et c'était chouette de regarder chaque mur en imaginant ce qui allait s'y passer dans quelques mois. 

Le gardien du "château" juste à côté (qui n'en est plus un depuis la guerre mais reste la belle maison du coin) est venu toquer à la porte. Je crois qu'il n'y tenait plus de savoir qui on était, et qu'est-ce qu'on venait faire là, et si c'était pour les vacances etc... J'ai joué le jeu, et écouté les histoires de maire qui goudronne devant chez lui et de voisin d'à côté qui poursuit sa femme dans la rue avec un fusil ou une hache. Notre maison faisait partie du domaine avant et c'était plus rigolo de l'entendre me raconter la vie des arbres du jardin, la jeune pousse de noyer plantée en 1922 pour fêter la reconstruction de la maison, et la cuisinière du château qui y vivait qui avait fini par se marier avec le châtelain (qui avait 35 ans de plus qu'elle, m'a t'il dit d'un air sévère...). N'empêche, j'ai essayé de faire bonne impression, qu'un costard ne nous soit pas taillé avant même qu'on soit arrivé...

Mes pieds étaient trop froids et mouillés pour aller guetter dans le fond du jardin, j'ai pris le couple de faisan croisé à l'aller comme récompense sans en demander plus. J'ai du baisser le pare-soleil et la route était belle. Malgré les aller-retour de plus en plus fréquents je n'en suis pas lassée. Le sentiment d'être une touriste est encore bien là, mais quand on aura vu tel étang ou tel bois sous 4 saisons différentes ce sera autrement. Et être d'ailleurs ne m'embête pas trop. On est rentré tard dans l'après-midi, Odilon était plein comme un oeuf de toutes nos pauses-tétées mais moi je n'avais encore rien mangé. Pleine de cette énergie champêtre j'ai écouté la sage-femme et je me suis cuisiné du riz avec des lentilles corail.

5 commentaires:

  1. comme c'est doux de venir ici, respirer un peu de bonheur...Merci!

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  2. Ils sont si mignons (j'ai l'impression de voir Joseph sur la seconde photo, c'est drôle) ! Ton petit bol m'a mis en appétit, un exploit, vu que je e mange plus rien depuis une semaine... Quand aux araignées, c'est bon signe, ça veut dire que la maison est saine !

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  3. Oh ce nourrisson blotti sous sa petite laine, quel bonheur... (je précise que là tout de suite j'ai tellement envie de me coucher dans un lit tout doux!!!)

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  4. Ah ça m'énerve ces gens qui décausent et te donnent une première mauvaise impression sur les gens du village, je vais te dire ce que je dis toujours à mes enfants : fais-toi ta propre impression (bon je sais, tu es grande toi, pas comme mes enfants haha)

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    1. "décauser", je ne connaissais pas et j'adore!

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et parce que c'est parfois frustrant de ne pas pouvoir s'en dire plus: tinoftea@gmail.com