Ce soir devant l'ordinateur, petit trou que je me hâte de remplir de rêveries et de grandes respirations, un petit moment sans que les mains aient besoin de s'agiter, rien que du léger comme une plume. Mes oreilles bourdonnent un peu, et je me sens plus en alerte qu'un chien de chasse... Ce craquement, ces bruits de bouche, et là bas au fond, ce ne serait pas un couinement de bébé? Le grand ou le petit? Quelques respirations de plus et la vigilance de maman se fera moins harassante... Je lui demanderai bien une tisane, mais le bébé dort sur lui. Pour une fois c'est moi la mobile de nous deux, autant en profiter... Si je n'étais pas si pressée d'avoir quelque chose de chaud entre les mains, ce serait même un chocolat... Mais on a déjà de toute façon presque trop mangé. Sur mon canapé-radeau, le bébé au sein, j'avais réclamé un bis de cette pizza délicieuse. Il avait pétri pendant que je donnais une part de gratin de chou et de châtaigne à Pépin. Puis, à nouveau sur le canapé, à nouveau le bébé sur les genoux en train de manger, j'avais grignoté avec joie mes carrés rouges, les joues de même à cause du chorizo plus piquant qu'on aurait cru. 

La sage-femme vient et revient, la courbe de poids d'Odilon "bloblote". Au gré de ces montagnes qui montent et qui descendent mon humeur et mon enthousiasme suivent. Parfois à peine est-elle partie que je fonds en larme, à la fois culpabilisée et fatiguée des "mesures" à appliquer... On fait encore connaissance, et je sais que dans une semaine déjà tout sera différent. Enfin l'odeur et la musique seront sensiblement les mêmes, mais le château que nous construisons aura quelques briques de plus. Nuit après nuit, collés tous les trois, tétées après tétées, yeux ouverts ou fermés, je connais mieux ce petit chat. Ce qui lui donne envie de lever la tête, ce qui lui donne envie de téter ou de fermer les yeux pour de vrai. 

Sur le canapé à nouveau, avec elle on discute. Je lui raconte les mains qui me manquent, et je me dis en cheminant que ce n'est pas les miennes qui faillissent, mais celles des autres. Elle renchérit "mais oui elle est où la tribu là?", et plus tard somnolente j'inventerai une vie ou une mère ou une sœur viendrait quelques temps à la maison, chanterait une berceuse pendant que je changerai une couche, ou veillerait sur cette soupe sur le feu... Malgré cette connivence féminine qui me manque, le quotidien avec une personne en plus à adorer est bien gai. Il y a toujours une mignonnerie à guetter, un exploit à applaudir, une chanson à partager. Même si, parfois, la soupe bouillonne faute d'une main libre pour la remuer...!

17 commentaires:

  1. Beaucoup d'émotion en vous lisant ce soir .
    Je vous souhaite un doux dimanche .
    Sylvie

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  2. Chère Clémence, vous dites cela si bien... D'écran à écran je vous envoie sincèrement de belles vibrations de Soeur/cousine/femme, De la chaleur, de la couleur, de la douceur, de la féminité en barre, de la sororité pleine de sérénité... Etes-vous allée voir du coté de Sainte Hildegarde de Bingen, son épeautre et ses chataignes qui réconfortent, qui reminéralisent, qui renforcent la vitalité et ce qu'elle appelle la viridité, ce grand élan de vie?

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    1. Oh merci Lorenza, vos commentaires sont des cadeaux à chaque fois, et celui là ne déroge pas à la règle... et "sororité pleine de sérénité", ça sonne bien joliment! J'ai déjà commandé sur le site, et c'est vrai que ce serait une ressource à exploiter à nouveau, particulièrement en ce moment!

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  3. c'est un tellement joli billet, en effet.

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  4. Quel plaisir de te lire... comme tu décris bien la petite musique de votre vie à quatre!

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  5. Quelle résonance dans ma vie ce billet!! Comme ce doit être doux une main maternelle ou de sa soeur dans des moments importants comme ceux-là.....ceci explique pourquoi j'ai si peur de me lancer ...

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  6. J'espère que l'allaitement se passe mieux et bien, fais-toi confiance et ne compare surtout pas les deux bébés;)

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  7. Je pense que c'est mon premier témoignage ici mais comme je te comprends... Je crois que cela raisonne encore plus en nous quand nous sommes à notre tour maman enfin c'est ainsi.
    Sinon je voulais te dire toutes mes félicitations et bienvenue à cette petite brindille ;) Ton cocon est maintenant bien construit et c'est à toi d'écrire cette nouvelle histoire.
    Plein de bises

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  8. Profitez bien et faites-vous confiance pour l'allaitement : à fond ! Moi aussi la venue de la sage-femme m'avait perturbée et même fâchée. Finalement elle avait raison : les deux seins à chaque tétée au début pour bien tout lancer !
    Je vous embrasse virtuellement mais bien amicalement !

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    1. C'est aussi un conseil que j'ai reçu cette fois ci et que j'applique, contrairement à pour Pépin, et je trouve aussi que ça change tout dans le positif! merci!

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  9. Mon premier bébé (La Très Belle) était, nouveau né toute menue, toute fine. Je l'allaitais avec une belle insouciance, ignorant les bons conseils des ronchons en tout genre. Je l'allaitais, elle allait bien : son sommeil et ses sourires me le disaient. Je l'allaitais, elle allait bien , j'allais bien et je ne la pesais jamais.
    Quand elle a eu 6 mois , et atteint les 6 kgs sur la balance du docteur, il a dit "je suis rassuré."
    Et je me suis dit :"Tiens,étrange... il s'est inquiété..."
    La Très Belle a 25 ans, elle va très bien. Elle est toujours très fine et très menue. La Très Belle est très belle...

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    1. J'aime cette histoire, qui se poursuit joliment! C'est vrai que je suis anti-balance pour moi, et que j'appliquerai volontiers ce principe à mon bébé aussi! C'est ce qu'on dit à la sage-femme, mais regardez il regarde partout, regardez ses bonnes joues... On a l'intuition qu'il entre joliment dans la vie, quels que soient les grammes qui vont et qui viennent...

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  10. Je passe très vite ici pour te dire qu'Eléonore est née mardi 3 novembre avec une semaine de "retard". L'accouchement s'est très très bien passé ! Et maintenant j'essaye de jongler avec mes deux enfants. Je pense bien à toi pour ces histoires de courbe de poids. J'allaite aussi les deux seins à chaque tétées, je faisais déjà ça avec mon premier. Je passerai une fois un peu plus longuement, quand j'aurai plus de temps !...
    Isaline

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    1. Oh Isaline, je guettais ce message! Quel bonheur, bienvenue à elle! Quel joli prénom... Bien prête pour la vie avec vous alors, avec ce petit rab bien au chaud... J'ai hâte que tu me racontes la suite!

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  11. Elle serait belle à dessiner cette nouvelle vie à 4! dans ma tête je l'imagine pleine de lainages, de théières, d'oreillers et de brassées de châtaignes...

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    1. C'est vrai que c'est un peu ça! J'aimerais avoir ton talent pour la coucher sur papier avec autre chose que des mots...

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et parce que c'est parfois frustrant de ne pas pouvoir s'en dire plus: tinoftea@gmail.com