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On arrive ici en tapant théière biscornue et je trouve que ça me va plutôt bien. Fin d'année où je suis là et pas là, pour la 2ème fois, où d'un coup les pas sont lents et lourds et où je ne sais plus quoi répondre quand on me demande si ça va. Bien sûr que ça va, c'est si gai d'être prise en sandwich entre deux bébés, mais si vous voulez savoir comment va mon sacrum, mon bassin et si je vois encore mes pieds, ce sera un autre discours... Vendredi après-midi aux airs de vacances, le pot de départ de ma plus chère collègue. J'ai passé la matinée à rencontrer ("bilanter" est censé être le terme approprié) un jeune garçon adorable, aux phrases peut-être bien un peu délirantes, et je me suis hâtée de poser tout ça sur papier avant d'aller dire au revoir et déposer ma carte aux promesses d'amitié en bas de la pile de cadeaux pour cette bonne fée. Il faudra que je me souvienne toujours de sa constance dans la bienveillance, ce non jugement perpétuel et cette accueil des enfants quels qu'ils soient les bras grand ouvert. Son mail tôt ce matin, mes yeux humides à nouveau, la joie de constater que des rencontres encore il y aura. 

Dans le jardin sous notre balcon, tout plein de bric et de broc, crépite un feu. Ce bruit si chaleureux se mêle aux bruit répétitifs du terrain de basket de l'autre côté du canal. Je découvre des vies ici, je regarde avec envie les péniches passer, leurs vélos sur le toit et leurs occupant bronzés, toutes les vies qu'ils ont croisé et imaginé eux aussi. Est-ce qu'ils les envient, ces vies imaginées? Je repense à tous les endroits habités, les possibles qu'on a probablement effleurés. Le parc derrière la cathédrale à Reims, ce quartier de bric et de broc à Besançon, un nid d'oiseau dans une gouttière en vieille ville, nos si longues marches à Bruxelles. Peut-être bien que je me réjouis véritablement d'avoir un si gros coussin de souvenirs à chérir déjà, même si je sens qu'il ne pourrait pas être beaucoup plus gros. C'est à la page on s'installe de s'écrire maintenant. 

Samedi matin, un sac poubelle à remplir, je passe de pièces en pièces, effet de l'art du désencombrement again. Je guette le réveil du bébé-sirop-d'érable, et j'enjambe le chien sans qu'il bouge une oreille. François est parti conduire, j'écoute Blur faire du neuf avec du vieux, cherche un endroit où pique-niquer demain. Sur la route ça sent comme si on pouvait ne jamais s'arrêter. A trois dans une toute petite chambre, personne ne dort, on se tient un peu trop chaud mais mieux vaut être humide de câlin que de larmes. Je mange des carottes au cumin sur un canapé, des brindilles plein le tee shirt. Il devrait peut-être être en train de dormir, mais c'est bon de le laisser grappiller des instants de vie, je ne crois pas qu'on sera une famille 2 + 1, 2 + 2, on est tous à la fois les enfants et les parents des uns et des autres. Tu veux du thé avec tes courgettes? 

6 commentaires:

  1. J'avais eu ce rêve un temps jadis d'habiter une péniche, que j'ai bien vite abandonner en regardant les prix et les formalités administratives... pour des vacances peut-être ?

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  3. Elle est belle votre vie et il y a un petit qui s'éclate de grandir !
    Le ventre s'arrondit bien, pas trop difficile de soulever Pépin ?
    Bonne journée, Carole

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  4. ça donne envie de s'installer aussi !

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  5. Ce matin j'ai visité une maison, qui m'a émue...j'ai pensé à toi...elle n'est pas verte...elle a une belle grille rouge et 3 arbres...peut-être , ce sera un jour , mon nid à moi....
    Tu es belle, et ton petit garçon si mignon...
    Profite bien de ce bel été.....

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  6. J'ai appris à aimer le thé lors d'un voyage avec le collège en Cornouailles anglaises (ça remonte à trois décennies donc). Chaque soir, je buvais du earl grey au lait brulant avec des petits pois, ou des beans. Il m'arrive de temps en temps à la maison de boire du thé avec mes courgettes avec une sincère nostalgie.

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et parce que c'est parfois frustrant de ne pas pouvoir s'en dire plus: tinoftea@gmail.com