22/52





Ce sont des journées où je tais pas mal des remarques ou pensées qui me passent par la tête et que je partagerai d'habitude avec lui. J'ose lui demander s'il a faim, et pendant qu'on finit ce pain de salade il jette des coups d'oeil rapide sur les fiches qu'il vient de rédiger. Ce n'est pas si loin cette ferveur aux révisions, et je suis volontiers le capitaine du navire alors qu'il a besoin de s'emmurer. Dans un mois, un peu moins, ce sera différent. Ce sont des jours qu'il faut prendre un par un, décortiquer heure par heure ou presque. Si l'on pense à tout d'un coup ça pourrait faire devenir un peu fou, et l'angoisse ferait trop aisément son nid dans nos aspérités. 

Aller au restaurant le jeudi, comme une histoire qu'on se raconte sous la tente avec une lampe torche ou un matin j'ai mal au ventre alors que ça n'est pas si vrai. J'avais laissé les hommes de la maison entre eux, en pleine purée de légumes au blé, et il avait un peu fait l'enfant en me disant et moi je vais manger quoi? C'est dans une maison sans plaque qu'il a fallu sonner, et être les seules dans le salon ce soir là rajoutait l'épice qu'il fallait pour parfaire la saveur d'école buissonnière. Seules avec la chef, tout bientôt à la retraite, on a parlé nappes de grand-mère et salades gigantesques données par l'amap (qui commençaient à me faire regretter de ne pas avoir de cochon d'Inde ou de lapin), et c'est ainsi qu'a surgit la recette du pain de salade. Nous on se retenait de lécher nos assiettes sur lesquelles restait quelques gouttes de coulis de fèves, d'un vert si doux et joli que j'en aurais bien fait quelque pelotes. Dans la voiture pendant le retour on a un peu vagabondé, ça n'était pas si grave de faire quelques détours, tout n'avait peut-être pas été raconté encore.  

Il m'appelle des toilettes-fumoir pour me faire entendre une chouette, peut-être bien un peu perdue. Je n'ai aucune idée de la bande-son qui nous entourera là-bas, au vert. Le vent dans les arbres, sûrement pas le mini ruisseau de l'autre côté du chemin, ou s'il monte beaucoup? Moult oiseaux, et sûrement même quelques bêtes que je n'aurai pas envie d'imaginer tout près. Dans ma grande ambition de désencombrement on a ouvert ce matin le dernier pot de confiture qui restait sur l'étagère, des myrtilles de Bretagne qui appellent à la brioche maison. Sa croûte faisait un peu pain, je ne sais pas pourquoi, il y a toujours quelque chose qui cloche avec mes brioches, mais je persiste.

La première vraie fête des mères! J'ai repensé au poème avec des pois -déjà- violet et rose autour, resté très longtemps accroché au mur dans la chambre de mes parents. Moi j'aurai cette petite main, et je garderai dans le nez l'odeur de cette attention fleurie, savoureuse surprise du dimanche soir! Et son dîner tout près, plein de couleurs. Encore un signe de la succession de petits bonheurs que semble être la vie maintenant. 

***

Le pain de salade, un soufflé à vrai dire, pour beaucoup de copains: 

J'ai fait revenir de la salade dans du beurre avec du romarin et de la ciboulette, à côté j'ai fait une béchamel avec 1 litre de lait (et beaucoup de muscade), j'y ai ajouté la salade, un peu de comté que j'ai râpé et 5 jaunes d'oeuf. J'ai monté les 5 blancs en neige avec 2 cuillèrées à soupe d'eau (fermeté garantie) et j'ai mélangé à la salade. Après il n'y a plus qu'à regarder tout ce monde là monter au four, en se retenant d'ouvrir la porte sous peine de tout faire retomber! (Même si ça arrivera bien à un moment!). 


Un premier tricot pour un deuxième bébé, donc. Encore un gilet, parce que c'est ce que je préfère tricoter pour les bébés, et après un hiver de maman c'est aussi ce qui me semble devoir être la pierre angulaire d'une penderie de bébé d'automne! J'ai tricoté le fuss free cardigan, fuss free peut-être, mais avec quelques rayures quand même, et zéro couture, merci les aiguilles circulaires. Je crois bien que c'est une première pour moi! Un peu de traviole au final,  sans que je m'explique vraiment pourquoi. En mouvements ça devrait moins sauter aux yeux, hum! Vivement mes deux bébés enlainés... 

21/52




Des jours où les dates ne comptent pas vraiment. Rythmés par les siestes, communes à moi et au bébé, et le reste des choses si savoureuses à partager avec lui. Je suis un peu gênée quand je ne sais pas tout à fait dire où j'en suis dans ma grossesse, mais les jours, les dates, n'est-ce pas... J'en suis à un gilet, à un prénom -à moins qu'on ne change d'avis d'ici là!-, aux têtes à têtes le soir tous les trois quand Pépin est endormi. 

À l'amap on a eu des asperges des bois aujourd'hui, que je n'avais jamais vu ça. J'ai cru que c'était une drôle de farce avec du blé pas mur, mais non! De la rhubarbe aussi, et quelqu'un à la maison n'était pas content que ça se transforme en compote plutôt qu'en tarte meringuée. Pépin a mangé la même soupe que nous, aux lentilles et aux carottes

Il a passé une nuit blanche pour finir un dossier à rendre avant de passer son oral (il a le syndrome du point final). Je l'ai rejoint à 4h pour l'aider, et un peu le houspiller car son aspect de poule qui a trouvé un couteau était un peu énervant, et le fait de ne pas dormir aussi. 

En juillet on aura une fenêtre dans la salle de bain, une baignoire et un balcon. Mais avant, les sacs, les étages à descendre -et à monter...-, le tri encoreencoreencore et les cartons...Pour un loyer moins cher, pour rêver et ajouter quelques pierres à la maison au vert. J'ai vu un bien chouette papier peint avec des poules chez Laura Ashley, mais il paraît que je mets la charrue avant les boeufs... Rho! 

20/52



Ah bon, déjà, 20? Ça y est le temps s'écoule dans un drôle de sablier piégé, je suis une maman. Lui est un bébé, à qui on découvre une dent à chaque sourire ou presque, et dont les improvisations de quatre pattes nous séduisent hautement. On nous raconte l'adorabilité de ce bébé, et je suis heureuse qu'il ait autant l'air d'être heureux d'être arrivé sur terre. Il ne semble pas regretter sa vie d'avant, ni celle de petit poisson.

Je finis plein de thés, je fais des tas à donner/à vendre/à cogiter, mais je n'ose pas encore faire deux piles sur lesquelles j'écrirai ville/campagne. Encore un peu, et avant tout cela la lecture qui s'annonce épique de quelques devis. Je lui fais des crêpes, pour que tu n'oublies pas de manger. Je manque un peu d'énergie pour faire de jolies séances dans l'un des deux travail, et me sens un peu trop effritée des nuits que je hache moi-même alors que tout le monde dort. Je sens une toute petite et honteuse couche d'agacement poindre face aux cris, aux stéréotypies et aux morsures, ça va mieux en le disant, mais mon soulagement quand la séance se finit me fait pincer les lèvres. On me prescrit une pause, le temps de quelques respirations, et quand j'appelle pour prévenir on me demande si je compte revenir avant mon congé maternité. Dois-je y entendre un reproche? 

J'ai besoin de ses avant-bras. Mais tout le monde a des avant-bras! C'est si calme, j'aurais envie qu'il pleuve, qu'un peu de buée tamise l'atmosphère et qu'une tarte aux pommes entamée traîne dans le salon. On a fustigé les chefs et les propriétaires, dit vivement la fuite! sans se sentir pleutres pour autant. J'ai encore le goût de la coriandre dans la bouche, et le thé à la fraise est drôlement décevant. Demain je n'ai pas besoin de savoir quel jour on est et un peu de temps dans l'eau est prévu. Légèreté grappillée! 

19/52




C'est Cloc qui a photographié le portrait de cette semaine, et autres moments d'un dimanche gourmand et douillet, au détours d'une parfaite visite presque surprise! 

En plus vous êtes une hyper sensible. La sage-femme m'avait fait la bise pour me dire bonjour, je lui racontais ma peau qui crie et autres histoires de corps, en ne disant que ce qui permettrait de ne pas me mettre à pleurer. Pas tout de suite, pas déjà, pas encore. Attention, me disait-elle, quand le corps veut se faire entendre, il peut toujours crier plus fort! C'est vrai que je me sens un peu dépossédée, je me prête pour le moment. Et les massages? Ou du shiatsu? De l'aide sans mots pour commencer, oui peut-être. Le soir même il se peut qu'il ait payé cette vague que cette conversation avait fait naître, et qu'elle l'a éclaboussé. N'empêche que tout ce que je lui ai dit était vrai, même si c'était dit trop fort. Mes granules, une bouillotte et le dernier numéro de Grandir autrement, un bébé endormi en chantant, 19h30 j'étais au lit.

L'agent des maisons au vert, qui sait toujours où mettre les radiateurs manquants, la fenêtre qui changera tout ou même la fosse sceptique (quel talent!) nous a proposé d'autres maisons. Seulement les annonces, vous verrez bien! Il y en avait une, des volets bleus et une terrasse au grenier... On l'a visitée, un peu en catimini, j'avais l'impression de prendre un verre avec un autre homme, après notre si grand coup de coeur... Dans le jardin il y avait plein de fraises et de pieds de rhubarbe qui s'étaient essaimés un peu partout, et une pièce qui deviendrait facilement mon cabinet, si jamais ça ne nous faisait plus rire du tout de rentrer à la ville. On s'est rendu compte plus tard qu'un midi, pique nique sur les genoux, j'avais déjà envoyé l'annonce à François en lui disant regarde c'est drôlement tentant! mais que le village annoncé (qui n'était pas le bon, les filous...) nous avait un peu refroidi. Alors on fait des scénarios, on interprète des petits signes...

Dans la cuisine, c'était le chantier et c'était bien de n'être même pas gênée. Les courgettes à l'ail se sont transformées en crumble à son initiative, et le chou-fleur rôti a troqué son paprika contre une bonne dose de cumin. On discute d'être au bord de quelque chose de très nouveau mais si désiré, les mains maillant à qui mieux-mieux. Le bébé a roucoulé, redécouvert ses pieds de nombreuses fois et presque-mais-finalement-non fait la sieste. Maintenant c'est une toute petite semaine, et le week-end prochain sonne aussi comme un câlin, je suis vernie! Ce soir je vais à la piscine, retrouver mes sensations intra-utérines (dixit la plaquette de l'atelier), j'ai acheté un bonnet violet pour l'occasion...Domino de bonnes choses, comme une salade aux tomates, aux pommes, aux oignons rouges et à la grenade. 

18/52


Trois jours, comme beaucoup. Mercredi je suis tombée, boum, dans les escaliers en allant d'un travail à un autre, pressée que j'étais de retrouver notre tête à tête avec M., pour qui manger n'est pas vraiment une partie de plaisir... Les chutes de Mme Culbuto, le retour! Je sens bien que je rêvasse aussi un peu trop pour que le thé arrive bien dans la tasse, le linge bien dans la machine et pas à côté, l'eau de ma bouillotte dans celle-ci (aïe bis!). Ça reviendra, et vive l'arnica en attendant. Je passe à l'infirmerie me faire un peu chouchouter, comme les enfants. Petites pauses glanées. C'est un peu comme si je n'avais plus qu'une main de libre, comme je donne toujours l'autre à ce bébé dedans. 

Je rêve de serpents, et heureusement qu'il y a l'amie-grand-A pour en parler, car les autres se moquent (gentiment?) ah bah c'est ça la campagne... Il y a quand même bestioles et bestioles, je suis moins ouverte à celles qui mesurent 1,50 mètres. Et je sens bien que ce choix de vie, ce saut de l'autre côté du trottoir, émancipée que je serai alors, il demande un peu d'élan... Alors l'angoisse a trouvé son terrain de jeux idéal, une grande bébête, psychanalytiquement chargée à souhait. Mettre un bout de moi là bas, c'est rejoindre l'enfance de ma mère, refuser le despotisme de mon père, c'est très vivant et chargé d'espoir. Je me sens prête à consoler tous les enfants qui pleurent, en moi et dans mes souvenirs, enfin. 

Dans l'autre famille. On me prend Pépin des bras en disant aller, laisse ta mère se reposer quand on était en train de jouer et de se câliner. Je lui dirai, plus tard, à lui, qu'il n'est pas fatigant du tout, que chaque moment passé avec lui c'est quelques couches de joie en plus. Je m'en veux un peu de renoncer à la discussion, mais là je suis restée un peu coite... François m'utilise un peu pour couper le cordon je crois, revendiquer et inventer une autre histoire. Clémence ne veut pas qu'on lui fasse croire au père Noël! dit de ce qu'il me semble être un air de défi. Yeux au ciel, pas de réponse, les langues semblent ne pas s'entendre. J'ai l'impression autant d'intimider que d'agacer, ça doit souvent être ça sans que je m'en rende compte.  

C'est un dimanche marmelade de citron, sur le pain au si fort goût de levain. Les garçons se sont rendormis, j'ai bordé tout le monde un grand sourires aux lèvres. Je t'aime, je suis tout à côté et je t'entendrai. Je t'aime tout court pour le grand. Le thé devrait être à la myrtille et à la noix de coco, mais je n'y retrouve pas ces goûts là, dommage. Une émission sur les bouquinistes dans les oreilles, quand je suis moi-même en train de trier un peu ces trop nombreuses générations, le poids des générations. Que faire des ces trois oeuvres complètes de Shakespeare? Je déteste les livres reliques, ceux qu'on n'ouvre pas au moins une fois par an, même si c'est pour aller y chercher une odeur. Ceux dont je trouve qu'ils ne sentent pas encore le vieux sont précieux, bien vivants. Choisir, encore! 

Tu crois pas que ce sont deux mirabelliers? Je ne les avais même pas remarqué, il y avait ces oiseaux, la lavande à effriter entre les doigts, la terrasse à jauger et les escargots à ne pas écraser. On avait tout vu de la maison, mais on avait encore envie de s'y balader. Je m'en voulais à l'avance des détails que j'allais oublier, laisser de côté, quand je voulais l'apprendre par coeur, ce lieu. Quand l'agent a ouvert les volets de la chambre sur le devant l'église tout en face s'est mise à sonner, on ne s'est pas regardé mais j'ai su qu'à l'intérieur son sourire devait être aussi grand que le mien. Bon c'est sûr, des gens qui sont nés à la ville, je les vois pas venir par ici... On a acquiescé sans rougir, même si c'était presque du mensonge, quand même. Mes réactions face aux araignées et à la vipère qui nous attendait dans l'entrée m'ont peut-être trahi cependant... Je suis sûre que dans un pays pas si lointain, ça doit dire bienvenue. 

Quand la visite a été finie la voiture est restée longtemps garée devant la maison. Comme ça pourrait être, comme ce sera. On a fait le tour de l'église, grimpé là où on fera des pique-nique clandestins, où les enfants pourront jouer à des jeux dont j'entendrai peut-être parler, ou pas. On y voit loin, loin, jusqu'aux côtes de Moselle, par delà beaucoup de champs et de prairies. La route met déjà le coeur en vacances et le rose aux joues, à certains endroits ce serait vraiment trop dommage de rouler vite, il y a les ânes aux poils si longs qu'une petite fille suggérerait avec raison de leur faire des couettes, les moutons qui tête leur mère pendant qu'elle fait pipi et même un papi qui s'essaie à la trottinette. 

Des choses un peu formelles à creuser aussi, je découvre le monde des micro-stations et j'ai presque envie d'aller dans un magasin de bricolage, juste pour avoir une idée tu sais. Je lis avec effarement les histoires de négociations immobilières, me bouche un peu les oreilles quand on me demande si c'est vraiment raisonnable? Et tu arriveras à la revendre? Il y a un four à pain, moi je trouve que c'est un sacré argument quand même. Et deux sapins au fond du jardin. J'ai hâte de tout les détails qu'on n'a pas encore remarqué, que ce soit une famille de mulots à déloger ou une jolie lumière dans la cuisine. J'espère que d'ici là la vipère aura compris qu'elle n'est plus tout à fait chez elle.