Le mercredi soir, souvent vers 19h10 on peut m'entendre crier l'amap, mince mince, l'amap! Et vite les paniers et les sacs, et le petit chemin là où il trouve les maisons moches et moi charmantes. La suite ce sont des matins pain-grillé, aux graines et à l'épeautre, parfois avec plein de temps devant soi, parfois l'assiette posée sur le rebord du lavabo, une si petite chaussette entre les mains. Puis quelques jours plus tard les mouillettes ou les bruscettes. 

On passe des après-midi au goût d'école buissonnière, et j'imagine bien que c'est un tout petit avant-goût. Filer au parc en sortant du travail, rejoindre une copine et son bébé, au milieu de ceux qui révisent et de ceux qui s'embrassent. Les chiens ne sont pas très sages, mais ils finissent par faire semblant de s'ignorer, chacun collée à sa maîtresse. Elle n'a pas oublié la thermos de thé, et je me promets de faire quelques sablés au pavot ou à la lavande la prochaine fois. On devient parfois un peu rustre, la tête toujours dans le bonheur avec un bébé. 

Un matin, je suis plutôt en retard dans les escaliers. Gilet vert brocoli cru et robe en vichy bleu, je pense déjà un peu à l'arrivée. Puis non, quatre à quatre je remonte, une journée à jouer les koalas après une nuit patraque. La matinée lui ronflotant dans l'écharpe, moi à fabriquer des mobiles et à laisser mes tasses de thé refroidir. Vite, l'aval du médecin, et moi de pester que c'est bien triste qu'il faille que quelqu'un atteste que l'état de Pépin nécessite la présence de sa mère, si moi je le sens là tout au fond, ça ne suffit pas? Au soleil tous les trois, dans l'herbe même. On lui présente sa première coccinelle, grand effet. Je me fais offrir un magazine sur le chemin du retour et ça sent un peu les vacances déjà. J'oublie un peu les bilans annulés, l'alimentation-plaisir de cette petite qu'il faudra repousser... Pour travailler ici, il faut faire des deuils! me répondait le psychomotricien, quand je lui disais avoir l'impression d'être un saumon qui remonte la rivière, parfois. 

J'ai les joues en feu, c'est laid, ça me tire, les gens me disent mais qu'est-ce que tu as? et je vais finir par être vraiment gênée .. J'essaie l'huile de calendula, de rose musquée (à l'horrible et surprenante odeur d'huile de foie de morue!), les masques maison à la poudre d'avoine et à l'eau d'hammamélis, mais non, pour l'instant c'est rouge et ça fait mal. Y'a t'il quelque chose de pas droit en dedans que je n'aurais pas entendu? Ou la très banale essoreuse à salade hormonale... 

Jean-Pierre Darroussin a écrit un livre, j'aimerais faire du sirop de fleurs de sureau et qu'un cours d'eau ne passe pas loin de là où j'habite. Le thé est alternativement au caramel ou au citron et au gingembre, et quand ma tante sera là, on fait une charlotte? Et un soufflé, ça fait français ça non? On n'a vraiment plus besoin de montre ni d'horloge dans cette vie là. 

3 commentaires:

  1. Le sirop de fleurs de sureau il n'y a pas plus doux et délicat…

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  2. Pour travailler ici, il faut faire des deuils! Cette phrase me touche particulièrement ce matin ... je me retrouve beaucoup dans ta façon de décrire ta vie professionnelle !

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  3. J'aime tes photos, j'aime tes billets. Ils sont beaux parce que rien n'est volontairement enjolivé...c'est joli tout simplement, parce que c'est la vraie vie...J'aime le linge qui traîne sur le tabouret blanc, les chaussures pas sagement dans le rang....le thé si heureux d'être dégusté qu'il déborde de la théière ! et la peinture un peu écaillée du blanc du bois de la porte. J'aime. Parce que c'est JUSTE la vie, comme on la vit presque tous non? Pas des reflets de catalogue, juste la vérité.

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et parce que c'est parfois frustrant de ne pas pouvoir s'en dire plus: tinoftea@gmail.com