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Monsieur sourires continue son oeuvre, teste ses multiples possibilités de vocalises. 

Du temps en plus, beaucoup. Depuis... Qu'internet se fait plus discret, que les réseaux asociaux sont boycottés ou désertés. C'est un peu cliché mais je l'ai bien senti cette fois le haut le coeur face à la monstrance à tout va, de la vie la plus comme ci, comme ça. Et mes fesses, et mon enfant, et ma liberté qui n'existe que sous vos yeux. Du temps en plus, depuis qu'insidieusement a été décrété que rien ne presse. Depuis que le soir, parfois, de plus en plus souvent, le repas a la forme d'une théière. Qu'il est bon ce temps même pas volé, si gratuit. 

Un soir je suis seule, et je me demande quand était la dernière fois d'une soirée à ce goût là. Le bébé dort, et le chien ronfle, mais lui est sorti. Les soirs-seules, je suis à nouveau une enfant. Ou plutôt celle qui avait l'air d'être plus âgée mais qui l'était bien, pourtant, petite. Voilà une des colères à apaiser, ces réminiscences des soirées à faire comme si c'était pas grave, à avoir peur, à guetter la porte d'entrée, à combler coûte que coûte l'abîme, à nourrir ce je n'en vaux pas la peine qui me fait encore souvent baisser le menton. C'était tentant de passer de l'autre rive, je me suis sentie hésiter... Mais non, la plaie m'a grattée encore une fois, et je n'ai pas su prendre ces heures pour moi comme un cadeau. Sous tutelle, encore un peu, c'est l'histoire côté valises à traîner. 

C'est parfois épuisant de savoir que je n'en ai pas fini avec le manque, avec les regrets, peut-être même bien avec l'amertume. Que pareilles à des vagues ces pages peuvent me surprendre au coin d'un mot, d'un coup de fatigue, d'une odeur même. Ça en fait des souffrances potentielles au menu, et je me surprends à avoir tant de noir sous le coude, parce que les indices racontent bien et lisiblement que la balance penche en faveur du kilo de pétales de fleurs. Je lui raconte dans un hoquet ma colère à être celle des deux qui doit bien faire, bien travailler, bien accoucher, bien nourrir... Quand je sais que personne ne me l'a explicitement demandé. Je dois me dire au fond que si en plus je sème moi même du gravier sur mon chemin, on n'est pas rendu.

Je crois qu'en quelques discussions on s'est décidé pour une vie taillée sur mesure, garnie de quelques compromis et d'idéal. Une vie en deux temps, la semaine et le week-end, où le plaisir est toujours à la place du chef. Le culte du quotidien la semaine, et le week-end autre chose bientôt, la vie de Robinsons, des enfants les pieds dans l'eau ou même dans la boue s'ils le veulent. Demain je crois bien qu'un préavis sera donné, on a envie de vivre dans plus petit (sic!), on voit bien qu'on préfère rester serrés de toute façon. On mange des lunettes à l'abricot en regardant une carte, pas trop loin d'ici, pour notre rêve-vert. Comme tout le monde, un peu, mais sur-mesure. 

10 commentaires:

  1. ohlala, cette fin lue entre les lignes, mais je veux la suite, quoi !
    je vous embrasse tous les trois, les loulous !

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    1. Vous viendrez bientôt partager ça avec nous j'espère!!

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  2. Oui.....oh la la......quelle dernière phrase !! Vous allez vivre dans une maison à la campagne ? Que vous êtes courageux !!
    Mais pour Pépin et vous deux +F , quelle aventure !!!

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    1. Avoir des enfants ça donne vraiment envie d'espace et de promenades sans fin, la ville me semble si solitaire et agressive!

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  3. Je me réjouis pour vous, et te souhaite moins de gravier et plus de trèfle...

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    1. Un jardin dans lequel chercher des trèfles à 4 feuilles!

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  4. Oh oui tu me rappelles quelqu'un avec ces soirées seules ou tout semble tourner un peu court, ou le doute s'installe. Ma grande est rentrée aujourd'hui et rien qu'avec son idée de mettre de la fleur d'oranger dans les fraises, ça a enlevé tout les idées noires sous le coude... Un peu de campagne dans vos vies alors ? Moi aussi je brûle d'en savoir plus !

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    1. Oui, on cherche un coin de vert pas loin de notre "base" ici, une visite est prévue la semaine prochaine, j'ai hâte! Un endroit où aller chercher les rêveries et la liberté les week-ends, c'est un programme qui me plait bien...!

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  5. oh une vie au vert, quelle chance!!!! et bon courage avec ces sacs qui pèsent lourd!
    et pour le com précédent, c'est dingue, j'ai cru que Pépin était dans les bras de l'autre personne qu'on voit sur les photos!!! rooo, c'te bourde!! sorry!!

    lolabelle

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  6. Bon courage pour tes recherches, c'est tellement bien, un jardin ! Je détestais avoir les mains dans la terre, ado : j'ai redécouvert le jardinage depuis que mon lapin est né. C'est juste ... pfff de l'imaginer arroser les radis dans un an ou deux !

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et parce que c'est parfois frustrant de ne pas pouvoir s'en dire plus: tinoftea@gmail.com