Le matin j'étais imprudemment sortie sans gants, et avec un panier un peu trop estival. À la caisse de la supérette  tout le monde me semblait sentir mauvais, et j'avais d'autant plus mal au coeur d'être témoin du régime vin blanc-gâteaux secs des papis du quartier. Ils m'attendaient au lit, ou peut-être étaient-ils déjà passé à l'étape du premier café. Quand je suis rentrée, les doigts rougis et la tête qui ne cesserait de tourner que quand j'aurai les mains autour d'une tasse de thé, c'était une playlist so british qu'on entendait dans le salon. Il m'a chuchoté, il fait une sieste, déjà!, vraiment bas comme si ça pouvait tout compromettre qu'on le dise "pour de vrai".

Encore une journée qui demande plus d'un coeur pour tout assimiler, encore mal aux joues à force de sourire. Les aiguilles double pointes ont été triomphées, et bientôt deux petits mollets seront gardés bien au chaud. Pas vraiment grâce à cette vidéo youtube qui parlait d'un "triangle en forme de cercle" et d'un "octogone à six côtés", mais qui a eu le mérite de me faire comprendre qu'il était normal que ça ne ressemble à rien les deux premiers rangs. Pendant la sieste-sein-dans-la-bouche-ou-rien j'imagine un édredon, un vrai, avec des boutons qu'il faudrait coudre bien solidement. Un édredon-tapis de jeux, à transporter comme un petit paquet de réconfort. 

Le soir, petits yeux et livre de recette pas loin (Veggivore de Clotilde Dusoulier) et du klezmer dans les oreilles, je me retrouve à éplucher les tout premiers topinambours de ma vie. C'est pour une histoire de pilaf d'épeautre, et ça nous vaut un ça sent bon ici! quand il rentre d'avoir courageusement été au code... On mange un peu tard, un peu vite, entre deux tentatives de coucher-de-bébé. Ça me donne le hoquet. La vie joues rouges et yeux un peu cernés, la vie bouffie d'amour. Encore trois jours de tanière et demain enfin le pain. 

2 commentaires:

  1. Veggivore ??? intéressant...
    Les repas trop tard...les mots sur la pointe des pieds...on connaît aussi.
    Les paniers, les bouts de doigts rougis qui frissonnent, la brûlure de la peau rentrée au chaud, près du poêle à bois...tout cela parce que l'impatience du printemps nous dupait...ça me rappelle les matins de vacances chez ma grand-mère. Merci

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  2. J'ai toujours la sensation d'avoir raté un moment de vie....et là je me raconte une nouvelle histoire ....

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et parce que c'est parfois frustrant de ne pas pouvoir s'en dire plus: tinoftea@gmail.com