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Bébé de quatre mois et dix jours qui s'ébouriffe, fait souvent une tête de Kermit et gloubigoulbise de façon charmante. Bientôt les pieds au chaud dans des soquettes grises, ah tu as l'air d'être bien heureux d'être arrivé sur terre, Pépin! 

Samedi soir, il y avait à la fois mille raisons et aucune pour qu'un peu de gris se mette entre moi et le monde cette nuit là. Mon bébé etait enfin endormi. Et l'enfant râleuse en moi de répliquer: oui mais ça avait pris combien de temps, encore, et il allait se réveiller combien de fois cette nuit, encore? J'étais si bien, sous quelques couvertures, encore avec mes chaussettes -coquetterie douillette suprême- et dans le salon je les entendais rire et parler un peu fort. Ça me donnait l'impression d'être une petite fille somnolente à l'arrière de la voiture pendant un trajet de nuit, ou sur un canapé presque endormie pendant un dîner de grands. Je m'énervais à ne pas utiliser les quelques minutes de vigilance qu'il me restait pour lire alors que j'avais eu auparavant si envie d'être entourée de mots qui ne seraient pas les miens, mais je restais complètement happée par l'internet qui fait sentir un peu seule. Je l'appelais pour qu'il me masse un peu le dos, m'oublier un peu sous la chaleur, c'était tout à fait ça qu'il me fallait.

Je crois que je suis sur ce tout petit trottoir, tout étroit, qui ne dure que le temps d'une rue, qui fait que chaque pas nous fait hésiter entre chérir un précieux secret ou crier à tue tête sa joie.

Dimanche. Après une part de tarte tatin aux poireaux, au curry et au chèvre il  part se coucher pour une sieste. Alors tout le monde dort, et la plus cernée de cette maison veille, surveille, guette. Je ne suis pas amère, mais mes lèvres se pincent peut-être quand même un peu à cette idée. Le grand soleil nous pousse dehors, on étrenne le portage du bébé en jaune. On joue à ne marcher que sur les trottoirs au soleil, ça fait un drôle de parcours. Tu vois qu'on a raison de pas lui donner sa vitamine d, elle est là la cure! Au parc il se prend une gaufre alors que je ne rêve que de yaourt, le chien traîne la patte. Demain c'est la rentrée, et je ne joue même pas au classique grognage de dimanche soir, car avec notre rythme piano piano, la vie est tout à fait à mon goût, vacances ou pas. J'ai rêvé cette nuit qu'un patient était mi petit garçon, mi chien, il m'attaquait, me poussant dans la salle des agents de service. Ils étaient là, mais ne voulaient pas m'aider car c'était leur pause. Ça semble travailler un peu là haut, mais surtout moi ça me rassure de rêver, c'est que je dors! 

10 commentaires:

  1. Oh, Clémence, ......et les histoires de vie, de femmes, qui me reviennent ....tant de courage,et d'amour, aujourd'hui et pour demain...

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  2. courage pour le manque de sommeil c'est quand même pas très évident d'enchaîner les réveils multiples, les endormissements difficiles et je sais de quoi je parle!

    miam une tatin de poireaux, curry et chèvre, faudra que j'essaye...

    et sinon, je m'interroge sur ton job: psy, ortho ou autre? chaque fois je me demande....

    lolabelle

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    1. Oui je suis orthophoniste, et comme dit mirabelles et lavande c'est un peu de tout ça, oui!

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  3. Celle qui cerne....j'aime bien l'expression. Elle est dans le mille. Parfois un glaçon ou du bleuet croisent la route de mes yeux...ça rafraîchit, ça réveille un peu les paupières endormies.
    un commentaire anonyme s'interroge sur ton métier. J'ai ma petite idée. Et s'il regroupait toutes les propositions faites ?
    Ici , dose de vitamine D aussi hier....ça a fait du bien. Quand le besoin se fait sentir chez moi, ça en devient violent, impérieux...là , tout et suite et sinon...tout devient gris très vite. J'ai besoin de ma chlorophylle et de mon oxygène.
    Poireaux, curry and co ? J'ai déjà associé ces ingrédients mais pas en mode tatin. Ce doit être un vrai bonbon pour les papilles !
    Courage et compassion pour les nuits. Je suis malgré moi, une compagne de galère...et au petit jour, parfois je me surprends à dire à celui qui m'accompagne: "Comment puis-je autant pester la nuit...et éprouver autant de joie la journée...? Ces deux sentiments ont pour origine la même petite bouille d'amour !"
    alors oui, profiter...aimer....savourer ce temps qui passe vite mais comme tu le dis si bien: on serre les dents quand même. Au fond....parfois j'ai envie de dire "Zut, râler encore et encore..." ou bien sortir prendre l'air, et la verdure et revenir fraîche et requinquée ;-)

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  4. Je t'enviais cette béatitude, mais comme je le lis ce soir (et comme je te l'avais dit aussi avec un peu d'amertume), à un moment donné les nuits hâchées ça rend fou. On n'est plus son meilleur soi quand bébé ne fait pas ses nuits. Je me suis diluée dans la fatigue après mon numérobis, et franchement amour ou pas, quand on manque de sommeil on pourrait tout donner pour ne pas se coltiner les réveils de nuit. Il a sa chambre ? Combien de fois se réveille-t-il ?
    A bientôt

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    1. Je crois que je suis préservée de la fâcherie car je n'avais pas d'attentes sur ce sujet, je pense au sommeil comme un apprentissage au même titre que le langage ou la propreté... (Même si ce bouquin sur l'hygiène naturelle m'apprend que les bébés naissent propres et qu'on casse tout avec nos couches, bref!). J'y trouve plutôt mon compte de maman-phare qui guide si besoin... Et notre équilibre en pyramide de morceaux de sucre nous va bien, on trouve toujours un moment de bonheur à se mettre sous la dent, quelle que soit l'heure! (Et pas de comptes en quoi que ce soit, les chiffres et moi ça a toujours fait deux, brr!!)

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    2. Comme tu le souhaites. Il n'empêche, même si je suis d'accord pour le principe de maman-phare, si on est claire sur le principe que la nuit on dort, les petits rallongent leurs phases de sommeil et dorment une nuit complète avant leurs 3 mois, avec un petit coup de pouce des parents. Moi aussi j'ai bien lu plein de bouquins sur la maternage. J'en suis revenue. Parce quand on bosse, qu'on a d'autres enfants à gérer, vivre la nuit comme le jour, ça ne marche pas longtemps...
      (bref, ce sujet m'énerve, mais si tu es heureuse tant mieux)
      (et certes il y a des enfants qui ont des difficultés à dormir difficiles à cerner)

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  5. pépin a l'air juste magique... courage pour les nuits, ça doit pas être facile... un peu de camomille ?

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    1. Oh oui magique, ça lui va bien je crois! Je ne sais pas comment c'est "d'habitude", mais on tient debout et on sait encore comment on s'appelle, alors c'est que ça doit aller! Sous quelle forme la camomille, dis moi?

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  6. Ce que j'ai appris de ces nuits hachées, des hurlements du soir aussi, c'est le lâcher-prise total. Ne plus penser, ne plus essayer de solutions miracles, juste bercer, nourrir, accompagner les pleurs en étant là, c'est tout. Nous sommes beaucoup plus fortes que nous le pensons à la base. Et on tiendra le coup quoiqu'il arrive ! Mais c'est parfois dur d'être un pilier (surtout quand l'Autre dort comme un bienheureux pendant ce temps-là).

    Moi, ce qui me coûte le plus, ce n'est pas tant de me lever la nuit que de sortir du lit au matin. Une torture...

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et parce que c'est parfois frustrant de ne pas pouvoir s'en dire plus: tinoftea@gmail.com