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Un soir on est au lit, je lis et le bébé est sur le bord de s'endormir, presque presque presque. Puis non, alors je me retourne vers lui. Je lui raconte ma version de notre journée, c'est vrai qu'il y en a eu des têtes, des petites phrases pas dites. On a eu la tête qui tournait avec ton papa, et les coeurs un peu gros. Moi je composais avec le sentiment égoïste mais joyeux d'être ce personnage là dans la pièce, d'être du côté des aimés et des aimants, que ce soit simple pour moi d'être la mère de ce bébé, et qu'il paraisse plutôt heureux d'être le bébé en question. Je lui raconte cet igloo qu'on a crée et qu'on peut emmener et reconstruire partout, qui est là au dessus de nos têtes à tous les trois à chaque fois qu'on l'embrasse, chacun une joue, chacun un côté de tête, un morceau de cou plissé. Qu'on s'en fiche d'entendre mais vous allez l'user, laissez le respirer cet enfant

Dimanche matin, deux habitants sur quatre sont debout. A peine réveillée je me fais un thé et m'installe avec le tire-lait, je continue de faire des stocks, le congélateur n'est plus vraiment dédié qu'à ça. Je me sens comme quand le brevet ou le bac me semblaient faire partie d'un autre monde, loin loin loin, et que pouf c'était mon tour, là, sans que je n'aie compris le temps qui s'était écoulé pour m'y amener. Demain c'est le premier jour de l'adaptation chez la nourrice. Que vais-je faire pour que cette heure ait du sens pour moi? Pendant les tétées nocturnes j'imagine, j'échafaude des plans. Y aller à pieds et profiter de cette grande promenade pour aller lire au parc tout près. Mais il fait peut-être un peu froid… Y aller en voiture et y rester pour tricoter. Mais j'ai peur de compter les minutes. Et d'avoir l'air un peu folle aussi il faut le dire! Rentrer et certainement tourner en rond, rangeotter? Le temps pour moi comme on dit n'a pas encore beaucoup de sens. 

Evidemment j'en ai rêvé toute la nuit, enfin les petits morceaux de nuit bout à bout qui rendent mes rêves plus courts et plus intenses. J'ai rêvé que la nourrice n'avait plus la place, qu'elle nous offrait des chocolats que j'avais honte de manger, qu'on décidait de partir à Reims en chaussons et en scooter, mais que je me rendais compte au dernier moment que c'était impossible d'emmener le bébé de cette façon. (??!) De ces nuits dont il fait bon se réveiller, même si ça nous amène au jour J tout ça. Il faut que je travaille un peu pour composer avec cette sensation de le trahir, que je laisse un peu de place pour la joie qui doit bien traîner quelque part à l'idée de revoir les enfants, les autres. 

Nous ne sommes pas que ces trois paires d'yeux au choix cernées, embuées ou embrumées, on est aussi gai à souhait de manger du gratin de courgettes au fenugrec, d'avoir quatre très belles assiettes bleues, de trouver la fève dès la première part, que le carnet des dépenses pas faites se remplisse si aisément. Je vais jouer au portrait par semaine, comme chez Lili n folks et Jodi -entre autres- car j'ai beaucoup de plaisir à retrouver ces frimousses semaines après semaines et que je trouve que c'est une chouette façon de se souvenir, surtout de cette folle première année. Peut-être pas ici, car je suis un peu vieux jeu et que je n'ai pas trop envie de mettre trop de photos du bébé ici. Le thé à la frangipane est terminé, ça me rappelle qu'un des prochains motifs de réjouissance est le printemps à venir. 

3 commentaires:

  1. C'est chou cette histoire de rêve alambiquée ! Dur dur de laisser nos tout-petits et de faire autre chose... je te comprends bien...
    Et pour ces portraits de l'année, semaine après semaine, avec le recul je suis si contente de retrouver tous ces instants qui ont rythmé notre année, de voir leurs frimousses se transformer, de garder précieusement ces instants un peu figés... d'apprendre à savourer ces moments de vie croqués. Je vais faire un petit album je crois ! Et merci pour le lien vers chez moi :)

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  2. Moi aussi ce once a week me tente bien . Mais j ai déjà loupé la première semaine...

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  3. Si seulement tout le monde pouvait avoir la chance d'être usé par les embrassades...

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et parce que c'est parfois frustrant de ne pas pouvoir s'en dire plus: tinoftea@gmail.com