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La radio tout le temps, le cynisme léger mais prophétique de ces voix drôles et tranquilles… Puis d'un coup tout éteindre, trop de carrés noirs, trop de détails et de témoins qui n'en sont pas, pas assez de tangible et de mains dans la mienne. On marche pour ça, jusqu'à une grande place toute noire. Il y a des grands, des petits, des tout-petits comme P, des chiens, des trottinettes qui font gling-gling. La vie semble ne pouvoir continuer qu'à cette condition, être tous serrés, tellement qu'on dirait qu'il ne fait plus nuit ni froid, qu'on ne ferait plus que se rappeler un bon mot ou se décrire un dessin. On accueille un si bel oiseau à point nommé, on le met haut dans le salon, parce que lever la tête c'est salutaire. On le regarde souvent pour reprendre notre souffle. 

A côté, en tout petit, ça continue, même qu'on en garde la bouche bée, de dormir et de manger. Nous on répète les matins aux horaires imposés, le changer, la tétée, m'habiller, mon thé, promener le chien, la marche jusque là bas… ça vous fera lever à quelle heure tout ça? Et on s'adapte, on s'adapte, une puis deux puis cinq heures. Je suis heureuse qu'il se fasse si facilement adopté, qu'il soit plein de ressources. Je le trouve fort, je le regarde très souvent avec admiration. La nourrice n'a pas envie qu'il parte, un dernier bisou, à demain bébé-sourire! J'aime que quelqu'un d'autre me raconte mon petit garçon, comme il a chanté, souri, s'il a dormi de travers ou pas. 

Quand il rentre de son dernier partiel, un peu moins dépité que la veille, ça sent la châtaigne dans la maison. J'espère que ça le réconforte un peu, mon anxieux. Je ne le connaissais pas aussi auto-flagellant, et j'ai un peu mal pour lui. Moi je trouve que ça t'irait bien de réussir, tu ne tuerais personne si c'était le cas. C'est moins dur à entendre qu'à vivre. La soupe est orange, et quand on coupe la galette la pâte craque comme quand on marche dans un parterre de feuilles mortes. Ma première pâte feuilletée! Normalement c'est son domaine, mais notre interchangeabilité n'a plus de limites. J'ai eu la fève, et trois rois. C'est vendredi, on fait son portrait de la semaine… Tu crois qu'il y en aura une pas floue? Est-ce vrai qu'on n'oubliera pas, jamais? 

9 commentaires:

  1. Quitte à me répéter... comme tes textes me font du bien au coeur.
    Je vis les derniers événements comme toi et je me rends compte à quel point j'ai besoin de douceur, là, maintenant. Exactement ce qu'il me fallait, ce post, cette chaleur, ces odeurs, ce petit bonhomme flou et le doré de cette galette qui semble si parfaite.

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  2. Est ce que je peux vous envoyer des câlins? A moi en tout cas ils me feraient du bien :) Des bises en attendant!

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  3. Clémence, je voulais te dire que j'aime bien frapper à ta porte et que tes châtaignes, je les sens d'ici...

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  4. C'est doux, chaud et moelleux chez toi et ça fait du bien après tout ça... Un bébé sourire et une nounou qui veut le garder encore un peu, ça c'est merveilleux aussi ! Des bises les toutdoux :-)

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  5. Continuons de nous entourer de douceur... sans oublier d'ouvrir les yeux sur ce monde qui ne tourne pas toujours très rond... je t'embrasse, tiens...

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  6. Retour de la grande marche, beaucoup de solidarité et de sourires , et ici de la douceur....
    Fatiguée...envie de crème de marrons!!!
    joli bébé, souriant....

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  7. C'est possible que tu écrives un roman pour qu'on puisse s'y plonger de temps en temps pour nous apaiser un peu ?

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  8. tout doux, tout doux, oh oui ce besoin de tout doux...

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  9. J'ai beaucoup aimé te lire, tes mots sont apaisants...
    Et j'aurais bien mangé les châtaignes avec vous dis donc... :)

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et parce que c'est parfois frustrant de ne pas pouvoir s'en dire plus: tinoftea@gmail.com