3/52



Il y a des cinq minutes qui valent bien un mois de la vie d'avant. Ça me parait si long et si rempli maintenant. C'est que je n'ai plus de temps négatif, entre deux, il n'y a plus que des temps qui valent leur pesant de cacahuètes. Je suis là, que je me dis souvent, avec le ciel en haut et la terre en bas, et je me sens comme ci ou comme ça. Et c'est la meilleure pensée positive que je connaisse, parce que ça se transforme souvent en... Et le ciel est bleu à souhait, et mon bébé sent encore meilleur que le cou d'un chat, et j'ai de la chance de me promener matin et soir maintenant qu'il faut retourner au travail. C'est le temps qu'il faut pour lui couper un ongle, parfois. Assez pour me rendre compte que même l'alimentation plaisir pour ce petit joli au travail, ce serait risqué. C'est un rang du dos du gilet que je me tricote, et deux rangs des manches. Écru et plein de mailles glissées, ce sera peut-être un des souvenirs de sa première année. Dans la nouvelle organisation du matin c'est un peu plus que le temps imparti pour mon tête a tête avec ma théière. C'est à peu près le temps qu'il nous a fallu pour nous endormir hier soir.

Il y a de petites parcelles hors du temps aussi, des moments assez intenses pour être inquantifiables, qu'on ne saurait convertir en rangs de tricot, épisode de twin peaks ou tour de quartier avec le chien. Si l'on me proposait une vie qui ne serait faite que d'eux je signerai tout de suite. Je remercie souvent mon bébé pour cette liberté découverte grâce à lui. 

Fini ma première semaine aux boulots, ces endroits entre lesquels je vais et je viens. Beaucoup de gens à qui montrer son sourire, oh il fait grand, oh il a l'air heureux, oh la bonne gueule (comme on dit ici!). Je découvre un degré d'empathie que je ne me connaissais pas, j'ai le ventre à l'envers quand je lis les dossiers médicaux des nouveaux. Les traumatismes successifs, les douleurs physiques, les parents qui n'ont pas le droit de vivre la joie pure et simple d'un sourire pendant un change ou une tétée. Pour la première fois j'ai les larmes aux yeux quand un enfant se met à pleurer, je suis triste que ses parents ne soient pas là pour le consoler, que l'équipe soit blasée, qu'il ne puisse nous aider plus explicitement à le rendre plus confortable. Je comprends pourquoi on m'a souvent dit je ne pourrai pas travailler avec ces enfants, ça me ferait trop mal

Il faudrait ce week-end des instants mains dans la farine à rêver d'air pur, la découverte d'un coin un peu secret dans lequel aller faire des empreintes de pas et souffler fort, ça ferait de la fumée. Aller se promener mais ne pas avoir à enlever ce pyjama en flanelle. Deux jours de tanière-igloo, c'est dans combien de tasses de thé, lundi? 

8 commentaires:

  1. Oh ce beau et grand regard apaisé-apaisant...
    Passez un bon week-end collés-serrés, les doux.

    RépondreSupprimer
  2. Doit on faire des pronostics ? Moi qui suis une buveuse de café je ne connais pas bien l homothéus ... Je dirais 11 tasses ?!

    RépondreSupprimer
  3. Ça fait du bien de lire ça, ces sensations temporelles que je partage, ces réflexions que je me fais, souvent...
    A la crèche je leur demande, parfois, d'arrêter notre conversation pour consoler un petit ou le prendre dans les bras. Ça me fait tellement mal au bide...
    Depuis que je suis mère, mon nombril s'est déplacé... Il a lié plein de connexions avec ceux qui m'entourent, aussi.
    La liberté offerte par un bébé. C'est tellement, tellement ça!
    Vivent nos pages blanches!

    RépondreSupprimer
  4. Bleu, blanc, blond, couleurs douces, et liberté given...

    RépondreSupprimer
  5. Toujours là à vous suivre depuis des années,
    votre écriture qui semble s'apaiser avec le temps,
    ce magnifique bébé qui a l'air tout bien, dans ce petit îlot de soie que vous semblez lui tisser jour après jour,
    je suis en admiration, très heureuse de vous voir aujourd'hui dans une telle lumière.
    Love etc
    Caroline

    RépondreSupprimer
  6. Mais qu'il est beau ce petit Pépin!!! <3 Bisous les amis. J'ai tellement envie de vous voir tous les 3!

    RépondreSupprimer
  7. ah ces yeux, quelle douceur ! Ah oui, quelle folle liberté avec nos bébés... c'est un dingue quand on y pense, la vie d'avant et puis la vie d'après... c'est si différent !

    RépondreSupprimer

et parce que c'est parfois frustrant de ne pas pouvoir s'en dire plus: tinoftea@gmail.com