Des vacances au goût de bains trop courts, de pyjamas désassortis, de cheveux emmêlés, d'ongles de bébés noirs de chocolat. D'autres tartines de pesto, avec du comté en prime parce qu'on est gâté! Notre campagne avait l'herbe mouillée, et la mairie avait installé un sapin de Noël pratiquement devant chez nous. J'ai pris ça comme un tonitruant à bientôt! Je crois qu'elles se finiront sans qu'une moufle ne soit tombée de mes aiguilles, ces vacances, les heures bébés-endormis sont plutôt passées à décortiquer des devis et à parcourir des forums de bricolage...Ça nous paraît un peu long tout ça, mais je sais qu'un jour pouf ce sera fini, sans laisser aucune cicatrice. Je rêve sans tout à fait grincer un père en chemise à carreaux qui me dirait mais tu es folle tu ne vas pas payer ça ce prix là, viens on le fait je vais t'aider! Oh ça va, je sais que la vie n'est pas un (télé)film, je cherche seulement quelques respirations. 

Un sursaut et on se met à plancher sur le menu de demain soir, quand même! Avec de la sauce au poivre maison, il semble que c'est tout facile. Ma tante outre-manche me raconte sa chicken & ham pie à l'orange, la soirée au champagne à regarder les vagues par la fenêtre. J'aimerais y être, j'aimerais c'est vrai quelques jours sans être le capitaine à bord, que les minutes sur le canapé ne soient pas comptées. Ça aussi tellement, pouf, ça viendra et on aura l'impression que cette liberté nous aura jamais quittée. Les moments pêle-mêle: Pépin qui se fait raconter une histoire par une petite fille sur les toilettes, ma grand-mère qui me gronde de d'allaiter "encore" Odilon quand je suis si contente d'être passée au dessus des couacs de démarrage, Pépin qui goûte aussi au plaisir de caresser le duvet de soie d'Odilon. 

Ce temps entre deux agendas, un pied dans l'autre vie déjà. 2016, jaune-blanc-bleu-bordeaux, dit celle qui voit les chiffres en couleur. Du plâtre et des clous, des graines et de la rosée. De nouveaux patients, et un bureau au parquet qui grince. J'espère que mon coeur tiendra le choc de ces bonnes nouvelles. Je sais que ce sera une année sans perte, oh ça j'espère bien que la vie me le promet. J'espère tricoter de toutes petites mailles, et plusieurs fois par jour embrasser des joues rebondies. Ne jamais râler que nos coeurs battent si fort, être essoufflée c'est respirer. 

(Nous par Camille, ma paire d'yeux préférées pour nous regarder!)

51/52



La veille une marche au soleil pour aller réceptionner son cadeau qui m'attendait au relai depuis quelques temps. J'avais plutôt fait la tête, je dois bien le dire, je me récitais les couacs comme une chanson, et ça n'aidait pas à relaxer mes mâchoires. Heureusement il y avait les aventures que vivaient Pépin, ça c'était facile de s'y glisser. Encore trop flottante pour avoir accroché plus d'une guirlande, même si quelques soirs le goût d'une bougie allumée m'a titillée. J'avais déjà reçu mon cadeau de toute façon, la perspective d'une visite pleine d'étoiles tout bientôt, continuer à broder notre chemin de conserve. 

Le lendemain une jolie table m'attendait au réveil. Petit avant-goût des prochaines années, le voir monter un petit train pendant que le chocolat chaud chauffait, et que je grignotais une part de bûche remportée d'hier soir... En quelques mots on se transporte au Noël prochain, les écureuils à la fenêtre (ils seront attendus de pied ferme!) et le feu dans le poêle. Des livres aux bruits d'animaux, un christmas pudding, mes mince pies tout fait maison (mince meat incluses, je ne suis pas peu fière!). Il n'oublie pas de mettre des chants de Noël et je pense à la tourte aux navets et aux carottes, peut être faire un peu de gravy pour l'accompagner? Dans les paquets toutes les déclinaisons de chocolats à la menthe, outre-manche on nous connaît bien! Un goût comme entourée du pyjama en soie bleue de ma mère, porté pour les grands jours. Pour me réchauffer les épaules il y a les messages des mamans-encore-là, et en retour les photos de mes souriants. L'étendard des coeurs qui battent coûte que coûte. 

Merry Christmas chers bienveillants! 

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Nez mouillés et petits noeuds dans les cheveux. c'est notre uniforme à tous pour ces 2 premiers jours de vacances. De la pomme matin midi et soir, avec de la crème pâtissière. J'en ai fait tant que j'aimerais un chouette voisin avec qui la partager. 

Odilon passe toujours une partie de la nuit allongé sur moi, son crâne duveteux dans mon cou, ses poings serrés sur ma poitrine. Il est tellement là et tellement collé que je ne le sens plus, je me suis déjà réveillée en sursaut en le cherchant à côté de moi. Alors qu'on était seulement plus qu'un à nouveau. Je crois que cette fin d'année aura ce goût là, du chaud, du doux, du fusionnel forcément.

Je tâtonne drôlement dans ce qui serait la traduction pratique de faire au mieux. Je me sens tiraillée entre ce que j'imagine être ce qu'il faut faire, les livres, les principes, et cette satanée réalité pratique. Mes 2 mains si pleines, mon homéopathie à gogo sans effet pour la 1ère fois, ses siestes si paisibles quand je rajoute un DAL de lait artificiel à nos tétées. On dirait que j'ai peur de décevoir mes bébés. Et les autres aussi peut-être bien. Est-ce qu'une vie de gâteaux faits avec amour compenseront ces allaitements bancals? Je rêve que je dis mais tu ne vois pas comme je suis lésée, et je crois que quelque chose de très ancien se revit dans ces épisodes chaotiques de nourrissage. Sur le pas de la porte la nounou rend tout ça plus léger, quel cadeau!

49/52


De tout petits mots et une compote sur le feu. 

J'ai du vérifier la date plusieurs fois mais si, on dirait bien que c'est ça, la 49ème semaine de l'année. Et en plus, en retard! Les paquets pour les mamies tout à l'ouest et outre-Manche sont prêts à partir. Le cadeau d François commandé, mais je n'ai pas encore trouvé de buche qui me donnerait envie de passer l'après-midi en cuisine. Je n'ose pas offrir un bocal de mince meat sans l'avoir goûtée. 

On mange une jolie chicken pie, presque trop pour être découpée, et on n'a pas encore goûté le gâteau aux pommes et aux noix parce qu'il préfère manger des chocolats pour le dessert. Je ressors en larmes d'un rendez-vous chez une pédiatre, et le temps de sécher mes joues j'allaite Odilon dans la nuit, dans la voiture un peu froide, en écoutant une jolie musique dont je ne retiendrai pas le nom. Qu'est-ce qu'on est feuille de papier pendant ce fameux quatrième trimestre de grossesse... et culpabilisable à souhait. Heureusement il y a les mails aux amies, leurs retours chauds comme des tisanes d'hiver, les mots de mes sage-femme aux si longs bras qu'elles semblent pouvoir faire dix fois le tour de mes épaules avec. 


Vacillements. Mis bout à bout ces instants de sommeil qui ont fait ma nuit... peut-être 1h30. Pas assez pour que ça ne tourne pas quand je me lève, pour que je remarque le ciel bleu. Ça me demande un peu plus de discipline de prendre les choses comme elles viennent, et je suis submergée d'une rage que je ne savais pas cachée en moi quand je découvre les bêtises du chien dans la cuisine et l'entrée...je voudrais qu'une doublure vienne assurer les étapes du petit matin, seulement le temps d'un bain, que mes mains cessent de trembler. Le plus petit des bébés est rouge et froissé, comme s'il venait de naître. De la liste des choses à faire, je coche toutes celles qui peuvent se faire à une main. Je mets mes mains devant mes oreilles en pensée quand je croise une collègue, tu as maigri non? Ou alors c'est juste parce que tu es fatiguée, et quand les copines sont trop loin pour que ça fasse l'effet d'un câlin. Cahin-caha on y arrive, je pense même à mettre du fenugrec dans la tambouille au potimarron. Pépin est au lit et je guette François, presque à travers la fenêtre, pour enfin une petite bulle dans la journée. Mettre la tête sous l'eau, ne plus être là, quelques minutes seulement. 

Le lendemain toute neuve à nouveau. Pendant un des réveils j'ai la chance de voir la rue pleine de paillettes de froid, et un peu plus tard un ciel rose de petite fille. On marche sur une never-ending liste de choses à faire, de la broutille à l'impératif, on n'est pas trop de deux pour trouver des respirations là dedans. Heureusement les âmes amies-aimées viennent, prennent mes bébés sur leurs genoux et dans leurs bras, donnent le dessert ou un verre d'eau. Mes mains n'ont plus qu'à caresser le petit dos du chat qui se nourrit, et une chose à la fois de temps en temps c'est un grand cadeau. 






Goûts de tarte aux blettes et aux navets. J'ai à nouveau envie de gâteau au chocolat blanc, je passe mon temps à noter la recette sur des petits bouts de papier, pour la redemander finalement. Et dans mes demi-sommeils de nuit j'ai des idées comme faire imprimer mes recettes fétiches sur du carrelage pour ma future cuisine. Ou je pourrai les peindre? Ou avoir au moins une jolie boite de recettes, en bois, un truc à se passer de mère en fille. On se couche hier soir dans une odeur de pie aux pommes et au caramel au beurre salé (un peu liquide mais c'était la première fois), mais ce matin il ramène des croissants de son heure de conduite, ce sera pour le thé... Marre de mon tilleul, d'une promenade (dont je reviens épuisée comme si j'avais 120 ans et oublié mon déambulateur quelque part) je reviens avec du rooibos de Noël dans mon sac. La maison n'est pas encore assez rangée pour que les décorations de Noël soient sorties, mais le sera-t'elle à temps?! Il faudrait dresser Flanelle à ramasser les croquettes que Pépin sème dans toute la maison, ce serait déjà un grand pas! Je relis le cahier de ma naissance, j'ai de la peine pour le bébé que je fus, pour ma mère peut-être trop cérébrale pour se laisser aller à moi peut-être... Je n'ai aucune idée du regard qu'elle aurait posé sur moi en tant que mère. Il y a tant de choses floues. Je voudrais faire une virée à la maison pour en ramener des branches de sapin, en revenir avec les mains froides et des images de notre prochain noël là bas. Pas de calendrier de l'avent, mais quand même un plaisir par jour... 

48/52



Mes bébés tout terrain. Odilon se déplie et se détend, et répète pour son premier sourire. Il dort volontiers 5 heures d'affilée depuis quelques nuits, et ce sont ces nuits là dont je me réveille le moins bien, si c'est pas bancal, ça... Pépin grimpe, grimpe, grimpe, que ce soit sur le chien ou les chaises. Il descend et monte les escaliers tout seul quand on sort ou rentre, et ne s'arrête jamais volontiers... Très triste que nous n'habitions pas au 7ème sans ascenseur! (c'est bien le seul!). On me demande s'il ne marche toujours pas, et nous en catimini on se dit que ça nous manquera ce quatre patte si adorable (et efficace!). 

Nos sorties sous la pluie, moi mal emmitouflée, parce qu'une fois que tout le monde est prêt je n'ai plus guère le courage de lever les bras une fois encore pour attraper une écharpe ou un bonnet. Cette période tourniquante de ma vie où je peux déjeuner d'une tartine de pesto debout, en allaitant, sur un reste de pain dont j'essaie de faire comme s'il n'était pas rassi. Ces temps de vie comme les photos de ma plus belle exposition. Je suis surprise quand il m'embrasse ou laisse sa main sur taille une seconde de plus. J'oublie de manger, j'oublie de le regarder, mais je me laisse aller, je fonds dans cette parenthèse maternelle. 

Pendant quelques instants de lucidité j'envoie chez l'imprimeur des cartes de visite pour mon grand saut, je ne fais pas que des bisous mais je change aussi des couches, et je paie même le loyer. Je compulse des patrons de moufles et de mitaines, sans même me dire que ce serait plus raisonnable d'en acheter une paire. Je suis folle de cette maternité, mais je pense encore à parsemer cette fin de curry au potiron de graines de lin. C'est le beurre, l'argent du beurre et tout le reste cette vie là. 




Nos quelques journées tête à tête dans la semaine, pour t'apprendre par coeur. D'abord c'est la danse de nos matins, au lit jusqu'à ce que Pépin se mette à chanter, ses jeux, son petit déjeuner. Moi mes tasses d'infusion, une, deux, trois... ça dépend des tétées et des mains plus ou moins libres. Du rooibos je suis passée au tilleul, et bien sûr les sacro-saintes tisanes d'allaitement. S'habiller, Pépin avec sa boîte à musique, Odilon très sérieux qui nous regarde, les pressions, les boutons, entrecoupés de baisers, jamais assez.
Plus tard, quand on revient d'avoir accompagné Pépin chez la nourrice, on a tous les deux les joues rouges de cette longue marche. C'est gai de laisser mon bébé dont l'arrivée est toujours fêtée par les copains (et la nounou!), mais mon coeur se pince quand même un peu parce que c'est si savoureux le temps avec lui... Maman-louve... Les joues rouges et les mains froides, il faut vite y glisser une tasse, à nouveau, vite s'installer sur le canapé et commencer les danses qui rythment nos journées à deux. Ses temps à regarder le monde, attentif au clicclic de mes aiguilles, pas trop longtemps encore, à peine 2 ou 3 rangs selon l'ouvrage. Après il râle et il faut se coller à nouveau, il tète alors véhémentement, les sourcils froncés, puis dort les lèvres serrées...Moi j'entends alors t'en va pas! Ce bébé aux longues siestes qui est devenu monsieur-imposable, les siestes ne sont plus longues que si elles se font lové dans nos bras. On se laisse faire, charmés par cette petite bouillotte.
Tout ce temps passé avec une unique main de libre, grande parenthèse dans la vie normale. Beaucoup de musique, une fois de la broderie -c'était plutôt efficace, à refaire-, non, non, pas de tricot, malgré plusieurs essais ça ne marche pas. Quelques films, des podcasts à la radio (oh les à voix nue avec Guy Béart!). Je compulse aussi les archives de découvertes bloguesques, et je redécouvre Pinterest. Les repas d'une main aussi, parfois une poignée de cacahuètes et un chocolat chaud, ou 2 crêpes au miel. Le soir à quatre c'est mieux heureusement, même si les dîners de chocolat chaud, on prend aussi parfois...



Le non-programme de la journée avait été bouleversé alors que le jour n'était pas encore levé. Je ne me caractérise habituellement pas tant par ma rigidité, mais avoir un horaire à respecter me donne pour l'instant quelques palpitations, la vie avec deux bébés étant pleine de surprises (c'est à dire de contretemps). C'est pas aujourd'hui cette histoire de gaz à la maison?! Faire la route, le froid là bas, et peut-être même les araignées dans les toilettes qui auraient encore grossi... mais je n'arrivais pas à être totalement contrariée, ce bonus de campagne imprévu, voir les villages en semaine, la vie qui s'y tramerait... et j'étais sûre que le jardin saurait m'accueillir avec une surprise ou deux. Ça n'était que tous les deux, Odilon et moi, et ça avait un goût d'école buissonnière.

Les chemins étaient blancs et les cheminées semblaient toutes s'envoyer des messages codés avec leurs longs traits de fumée. Moi qui vit encore un peu sur une autre planète, je n'étais pas très prête pour les quelques degrés en moins par rapport à Nancy, ni pour le jardin qui mouille les pieds en trois pas. Un gros camion est arrivé, mais la cuve vous la prenez comment? Ah non moi je viens la vider seulement, ils vous rappelleront pour l'enlever... grr! On s'est vite réfugié à l'intérieur devant le radiateur d'appoint pour une tétée, et c'était chouette de regarder chaque mur en imaginant ce qui allait s'y passer dans quelques mois. 

Le gardien du "château" juste à côté (qui n'en est plus un depuis la guerre mais reste la belle maison du coin) est venu toquer à la porte. Je crois qu'il n'y tenait plus de savoir qui on était, et qu'est-ce qu'on venait faire là, et si c'était pour les vacances etc... J'ai joué le jeu, et écouté les histoires de maire qui goudronne devant chez lui et de voisin d'à côté qui poursuit sa femme dans la rue avec un fusil ou une hache. Notre maison faisait partie du domaine avant et c'était plus rigolo de l'entendre me raconter la vie des arbres du jardin, la jeune pousse de noyer plantée en 1922 pour fêter la reconstruction de la maison, et la cuisinière du château qui y vivait qui avait fini par se marier avec le châtelain (qui avait 35 ans de plus qu'elle, m'a t'il dit d'un air sévère...). N'empêche, j'ai essayé de faire bonne impression, qu'un costard ne nous soit pas taillé avant même qu'on soit arrivé...

Mes pieds étaient trop froids et mouillés pour aller guetter dans le fond du jardin, j'ai pris le couple de faisan croisé à l'aller comme récompense sans en demander plus. J'ai du baisser le pare-soleil et la route était belle. Malgré les aller-retour de plus en plus fréquents je n'en suis pas lassée. Le sentiment d'être une touriste est encore bien là, mais quand on aura vu tel étang ou tel bois sous 4 saisons différentes ce sera autrement. Et être d'ailleurs ne m'embête pas trop. On est rentré tard dans l'après-midi, Odilon était plein comme un oeuf de toutes nos pauses-tétées mais moi je n'avais encore rien mangé. Pleine de cette énergie champêtre j'ai écouté la sage-femme et je me suis cuisiné du riz avec des lentilles corail.

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Quand on est rentré j'étais si pressée de retourner à la louve et à son petit, vite sur le canapé, chauds et plus qu'un à nouveau, son repas et plus rien qui comptait d'autre. Ses mains qui se serrent pour m'attraper. Je suis pour quelques secondes à nouveau femme enceinte mains sur le ventre. Puis une fois la soif de se retrouver apaisée, après quelques gorgées, le monde extérieur peut exister à nouveau. Pépin devant nous qui patouille dans un bol, y verse la fin du verre qui traîne pas loin, lui qui fume sur le balcon, et d'ailleurs où est ma tisane? 

Nous revenions de la maison, grand rendez-vous avec l'artisan -enfin!-. Parler fenêtres, portes coulissantes (vous êtes sur que ça ne grincera pas?), et cloisons en moins. On était parti tôt, la route dans une ambiance entre chien et loup, à guetter les animaux et les oh tu as vu ces grues? Dans les villages par lesquels nous passons les maisons ont leurs parures automnales. Des courges sur les rebords de fenêtres, des couronnes des feuillages sur les portes... J'avais passé quelques minutes de plus dans la salle de bain et je portais ma jupe aux oiseaux et mes bottes vertes... la fête, un peu! Au retour de beaux rapaces ont semblé plusieurs fois nous saluer du bord de la route, et l'un d'eux a même fait un bout de chemin avec nous. On a décortiqué ce qui s'était dit avec l'artisan, et ressortait de tout ça que la maison qu'on s'est imaginé dans nos rêves et sur des dizaines de morceaux de papiers n'est pas si loin. 

On a fêté ça avec un pain au chocolat dans la voiture, sous des tout petits mais bien réels flocons, le joli présage! Pépin semblait plus heureux d'un crouton de pain lui... Odilon n'en finissait plus de téter alors que le thermomètre lui ne s'arrêtait plus de baisser, j'avais la chair de poule mais régnait vraiment une ambiance de fête, un goût d'après. C'est si fou et agréable de marcher sur le bord de l'après comme ça... Le boeuf, la charrue, tout ça, mais c'est vrai qu'on aura pu me voir regarder des papiers peints et des coloris de peinture ces derniers jours... Un coloris s'appelle bleu wedgewood, c'est drôlement chic non? 

46/52



Odilon: les yeux grand ouverts déjà, hop ce bébé est arrivé dans ce monde. Je me suis sentie tomber amoureuse de lui cette semaine, comme un coup de foudre. Une fois les gestes appropriés, les inquiétudes "médicales" envolées, la grossesse et l'accouchement déplacés dans le coeur plus que dans le corps... A nouveau je revis ces moments en or les yeux dans les yeux, lui une goutte de lait au coin des lèvres, moi un sourire béat. Ses cheveux de soie sous mon menton la nuit, son petit chant quand il veut lui aussi participer à la fête. Et bien sûr, ses mains! Ses pieds! Les fossettes qu'on lui devine, et l'odeur de miel, et, et, et... Un bébé d'amour, donc!

Pépin: la vie à regarder un bébé de treize mois aimer la sienne, c'est terriblement gai et passionnant. Ses sourires à chacune de ses découvertes, son envie de câliner les siens (surtout Odilon et le chien), son regard de chercheur sur les choses. On se gratte un peu la tête pour l'accompagner sur le chemin des frustrations et des déceptions, quand un bol se casse ou que manger une cacahuète s'avère impossible... Chaque jour est un nouveau conte qu'il semble écrire avec une peinture très colorée, et les petites gouttes qui tombent à côté sur la table seront de merveilleux souvenirs à caresser du bout des doigts plus tard. 

43, 44 et 45/52







Les bébés! Quatre semaines de vie à 4, et lundi plus que 2 bras pour s'en occuper... François retourne à ses élèves après ce mois dans notre yourte-de-coeur. Je m'en inquiétais jusqu'à ces derniers jours, puis notre danse s'est faite moins hésitante (et ma capacité à faire les choses d'une main s'est par ailleurs drôlement améliorée!).

Beaucoup de tisane banane-miel sur le canapé, j'ai fait ce marbré au glaçage de chocolat blanc deux fois en trois jours. Les amis sont passés, ça a ri, parlé d'avenir et de printemps, on a loué notre "cocon d'amour", et moi j'en souris encore, de ces parenthèses sans contraintes. On poursuit ça ce week-end, parce que le bonheur ça ne se vit pas en catimini. 

samedi 14: oh comme cette dernière phrase sonne douloureusement à la lumière de cette nuit d'effroi, regarder et essayer d'intégrer ces évènements, un si petit bébé dans les bras, avoir le sentiment que c'est si incompatible, que le monde ne peut pas porter ces extrêmes sans que ça craque. Pépin a tout juste un an et a déjà vécu Charlie et maintenant ça, qu'en sera-t'il quand il aura 20 ans? Il nous faut sortir de la yourte, donner la main au premier inconnu qui passe, croiser d'autres yeux aussi hagards que les nôtres, et dire non, l'écrire, le broder, non, non, non, ce n'est pas notre monde. J'aimerais écrire "je n'ai pas peur", mais si je dois dire.

Ce soir devant l'ordinateur, petit trou que je me hâte de remplir de rêveries et de grandes respirations, un petit moment sans que les mains aient besoin de s'agiter, rien que du léger comme une plume. Mes oreilles bourdonnent un peu, et je me sens plus en alerte qu'un chien de chasse... Ce craquement, ces bruits de bouche, et là bas au fond, ce ne serait pas un couinement de bébé? Le grand ou le petit? Quelques respirations de plus et la vigilance de maman se fera moins harassante... Je lui demanderai bien une tisane, mais le bébé dort sur lui. Pour une fois c'est moi la mobile de nous deux, autant en profiter... Si je n'étais pas si pressée d'avoir quelque chose de chaud entre les mains, ce serait même un chocolat... Mais on a déjà de toute façon presque trop mangé. Sur mon canapé-radeau, le bébé au sein, j'avais réclamé un bis de cette pizza délicieuse. Il avait pétri pendant que je donnais une part de gratin de chou et de châtaigne à Pépin. Puis, à nouveau sur le canapé, à nouveau le bébé sur les genoux en train de manger, j'avais grignoté avec joie mes carrés rouges, les joues de même à cause du chorizo plus piquant qu'on aurait cru. 

La sage-femme vient et revient, la courbe de poids d'Odilon "bloblote". Au gré de ces montagnes qui montent et qui descendent mon humeur et mon enthousiasme suivent. Parfois à peine est-elle partie que je fonds en larme, à la fois culpabilisée et fatiguée des "mesures" à appliquer... On fait encore connaissance, et je sais que dans une semaine déjà tout sera différent. Enfin l'odeur et la musique seront sensiblement les mêmes, mais le château que nous construisons aura quelques briques de plus. Nuit après nuit, collés tous les trois, tétées après tétées, yeux ouverts ou fermés, je connais mieux ce petit chat. Ce qui lui donne envie de lever la tête, ce qui lui donne envie de téter ou de fermer les yeux pour de vrai. 

Sur le canapé à nouveau, avec elle on discute. Je lui raconte les mains qui me manquent, et je me dis en cheminant que ce n'est pas les miennes qui faillissent, mais celles des autres. Elle renchérit "mais oui elle est où la tribu là?", et plus tard somnolente j'inventerai une vie ou une mère ou une sœur viendrait quelques temps à la maison, chanterait une berceuse pendant que je changerai une couche, ou veillerait sur cette soupe sur le feu... Malgré cette connivence féminine qui me manque, le quotidien avec une personne en plus à adorer est bien gai. Il y a toujours une mignonnerie à guetter, un exploit à applaudir, une chanson à partager. Même si, parfois, la soupe bouillonne faute d'une main libre pour la remuer...!

Il y a deux semaines et un peu plus d'une heure... pouf tu arrivais! Sous les encouragements émus de ton papa, les mains rassurantes de la sage-femme sur mes hanches, debout et après t'avoir soufflé de patienter pendant la demi-heure de route qui nous séparait du lieu où l'on a choisi d'accoucher, dix minutes après être arrivés on découvrait tes joues rondes, tes cheveux de soie et ton cri enthousiaste. Deux semaines et un peu plus d'une heure, et je trouve qu'on a déjà joliment pris nos marques. Je sais comme tu aimes t'endormir, quelle mimique somme le repas ou une promenade dans les bras. Pépin te saute gaiement dessus -nous tentons comme on peut de ne pas tempérer son enthousiasme mais de préserver tes yeux malgré tout!-, et Flanelle t'a déjà remarqué (quand pour Pépin ça avait pris près d'un mois!). Moi je suis partagée entre la joie d'être toute bien remise physiquement, si à ma place avec un bébé et une tisane dans les mains... mais d'avoir sous le coude, prête à surgir n'importe quand, la fatigue de deux grossesses et des premiers temps avec un bébé si peu lointains. 

Beaucoup de gaieté autour de ces petits instants où les yeux piquent. A 4 dans la cuisine, moi au dessus d'un potimarron, lui les mains dans sa pâte à pizza ou au dessus de son coulis de tomates. Le repas tout orange pour Pépin qui s'en suivra, et notre pizza au chorizo et à la mozzarella... Sous le regard tout neuf d'Odilon. Je me force à ne pas y apposer d'adjectif, tout me semble si interprétatif quand on parle d'un si petit bébé, je veux le laisser embrasser la vie tout entière sans préjugé. Ces journées sans aucun impératif, si ce n'est nourrir et changer au moins quelques fois les couches de tout le monde (!), où l'on ne fait que jouer et se câliner, entre deux thés, quelques tentatives d'origami pour une guirlande et quelques rangs de tricot chipés par-ci, par-là. 

Comme si faire deux bébés et les accompagner dans la vie n'était pas déjà un travail en soi, j'ai envie de fabriquer plein de choses en ce moment. Mon tricot avance à grands pas, d'autres me font déjà de l'oeil et dans un carnet je note des idées pour Noël. J'ai envie de m'entourer d'une ambiance d'épices et de bougies, j'ai déjà choisi notre Christmas cake (cranberries et chocolat blanc!) et dans 15 jours je sais qu'il sera difficile de ne pas lancer le cd de chants de Noël... J'espère un jour connaître la vie avec un bébé d'été, le peau à peau plus spontané que ça doit permettre, mais c'est si douillet ces bébés enlainés, en sandwich entre leur peau de mouton et leurs couvertures... 


Les petites récompenses à cueillir au quotidien, les boutons de la surprise jacket de Pépin enfin cousus, et le tiramisu qui m'a fait envie les derniers temps de ma grossesse enfin dans mon assiette... Deux semaines demain, la pochette surprise de nos vies est pleine à craquer. Des aller-retour sans cesse entre le si fugace maintenant, l'après et le grand après, ce petit jeu pour tenir debout et me faire l'effet de baisers frais quand les joues sont trop rouges. Je prends consciencieusement les photos de la semaine (oh la première des 2 frères intrigués l'un par l'autre!), mais une panne d'ordi m'empêche de les publier pour l'instant (la poupée vaudou, vous vous souvenez?).

La sage-femme vient et revient, la balance sous le bras, et Odilon prend puis perd du poids... c'est un peu épuisant, stressant et bien sûr culpabilisant, moi qui voudrait tellement que ça aille de soi de le nourrir. C'est fou comme cette confiance en soi que peut donner une belle grossesse et un accouchement si gai est si fragile. Heureusement lui n'est ni égratigné par les hormones ou des nuits hoquetantes, et ses mots pleins de confiance en Odilon et en moi agissent tels une tisane au miel. 

Encore deux semaines à vivre tous les quatre, oubliant si on veut la vraie vie dehors, quel bonheur! Je sens bien que j'investis mal les mots pour l'instant, qui sonnent sûrement un peu fades par rapport à ce qu'est notre quotidien pour l'instant, pour l'instant c'est peau à peau, logistique pour que le radeau tienne debout, et quelques rangs-respirations dès que c'est possible. Pépin nous attire tellement vers la vie, peu importe la fatigue (ou les crevasses, grr!). Odilon est drôlement chanceux qu'un tel lutin puisse lui montrer pourquoi c'est chouette la vie. 


Chat doux, chat qui nous réinvente en tant que parents, nous qui sommes tout neufs de toute façon... Ah d'accord, toi tu fais comme ça, et les zig-zags jusqu'à lui, quand de toute façon le lien se tisse sans mots pour l'instant. A quatre c'est un peu plus dur de faire durer aussi purement que possible la bulle animale qui poursuit la grossesse, mince l'amap, mince la pharmacie, mince la visite des 8 jours, mince la journée dans la belle-famille (sic, sic!). Mais il y a les siestes, bien sûr, la nuit, bien sûr, collés tant que sa joue est toute moite contre ma poitrine. Pareil pas pareil, nos nuits tous les 3, parfois veilleuse allumée, parfois debout devant la fenêtre, veillant sur la ville endormie. J'ai hâte de retrouver Pépin, nous campons dans le salon en attendant que les nuits soient plus feutrées, pour ne pas le réveiller...Je vais l'humer entre les réveils et les tétées, ce bébé qui prend parfois des airs de grand sage maintenant. 

Parfois un petit éclair d'angoisse quand je me dis que dans pas si longtemps lui retourne pour ses longues journées loin et que 2 autres bras n'auront pas poussé d'ici là... Mais vite je retourne à l'ici et maintenant, je cueille tout ce qui peut remplir mon sac d'enthousiasme, les repas de butternut le bébé nous regardant avec des yeux si grands qu'ils semblent tout comprendre, les changes à 4 mains les monologues de Pépin en bande son. J'aime qu'il fasse nuit tôt, se frotter les yeux semble alors totalement permis, et les repas de chocolat chaud aussi. Un peu de la vie d'après qui s'infiltre aussi, en mots et en faits, comme si on prenait du tout pour préparer un lit moelleux dans lequel on ferait notre prochaine sieste. 



C'est comme ça ces derniers jours. Des couleurs qui piquent les yeux, mais dont on dirait plus qu'elles sont bariolées que mal assorties... Des peaux de mouton qu'on traîne de pièce en pièce, et des siestouilles grappillées à droite, à gauche, même s'il me faudrait plus de discipline dans ce domaine. Dans la cuisine, debout, sont mangés des morceaux de pâte d'amande. Je cuisine des carottes au cumin, 3 paires d'yeux sur moi, avec une ou deux mains de libre suivant les grognements de l'un ou de l'autre. Je retrouve ces sensations d'entre deux monde avec l'allaitement, avec un peu plus d'assurance (et un bébé plus assuré aussi!) et de légèreté.  Dans les tisanes, du fenouil et de l'anis bien sûr, mais des boutons de fleur d'oranger aussi. Mon tricot marine avance aussi, ce sera tellement gai de le porter en portant de ce dont il a été témoin... Première promenade à 4 plus le chien tout à l'heure, les paires d'yeux intrigués sur notre drôle de convoi, bringueballant mais gai et coloré à souhait. 

42/52 et...



Un peu floue celle de Pépin cette semaine, prise alors qu'il s'accrochait à mon gros ventre... mais c'est l'émotion! 

Oh la rencontre! Odilon est arrivé hier soir, je raconterai mais pour l'instant c'est seulement les paillettes dans les yeux et les crampes aux joues de sourire... Un bébé à fossettes et à plis! 

41/52 et l'anniversaire champêtre










Il y a des jours comme ça, où tout se fête, où des paillettes nous collent aux doigts, comme si une bougie aux épices nous suivait partout. Dans l'agenda ce week-end était inscrit depuis longtemps, et la dose d'inattendu qui l'accompagnait (bébé/accouchement comme une cerise sur le gâteau ou non?) ne faisait que rajouter à l'excitation. On est parti chargé comme des mules, parce qu'on ne sait pas faire trop léger. La tarte au citron meringuée était plus ou moins bien calée, et le carrot cake bien protégé. Des paquets étaient logés dans un sac, avec leur bruit de craquement qui sonne comme des gâteaux secs, si doux dans l'oreille. La route dont on ne se lasse pas encore (cela viendra-t'il?), et les arbres comme remplis d'écureuils. La maison était fraîche et il a fallu tâtonner un peu pour caler la table sur la terrasse. Mais les araignées ne font pas peur ici, et les armées de coccinelles font diversion, de toute façon. 

Assise au soleil, des bruits d'oiseaux ou de balle qu'on se lance dans les oreilles, j'ai trouvé que le champagne sentait bon, et Pépin a aimé le carrot cake au goûter (ouf, c'est mon fils!). On a causé prénoms en O, et tiens c'est vrai on n'a jamais pensé à Olaf... Un chat est passé par le jardin, et des grues au dessus de nos têtes. De ces journées qui infuseront des sourires pour longtemps, où chaque respiration a l'amplitude qu'il faut, chaque brin d'herbe le vert qui lui va le mieux. Ces yeux amis qui se posent sur notre endroit, qui remarquent ce qu'on n'a pas encore vu. Je me sens un peu trop lourde pour semer les graines que j'ai emmenées, je me dis que je le ferai la prochaine fois, le bébé en écharpe qui sait. Pépin semble exactement à l'endroit qu'il lui faut, entouré des gens qui lui vont le mieux. Cette première année se termine comme elle a commencé, un long câlin les bras grand ouverts à toute surprise. 

Ça devient un peu le tourbillon où tout se compte en heures, si l'on osait. Ses vacances en font partie, en plus de vous-savez-quoi, quelques jours sans réveils trop tôt, sans regarder l'heure du tout d'ailleurs. Lui dire je vais m'allonger un peu, tu me fais un câlin?, je vais faire des chocolats chauds. Puis la porte du bébé sera un peu plus ouverte, s'il est là. Il faudra le pousser un peu à travailler, peut-être, même si ce n'est sûrement pas mon rôle, ni un modus vivendi qui nous va très bien. Quatre mains pour applaudir les exploits quotidien de notre bébé, c'est une bien meilleure musique. Puis sur ce post-it, sur le frigo, des recettes à tester... Pour ça aussi quatre mains ce sera beaucoup mieux.