Un instantané de soirée ce serait nous deux dans la cuisine, encore chaussée, lui dans l'écharpe. J'ai la grosse veste grise en laine bouillie à carreaux achetée il y a si longtemps que ça me semble être quelqu'un d'autre cette fille faisant la queue au Zara des champs élysée. Je fais semblant de ne pas voir que les coudes sont élimés, bientôt transparents et les bouloches peut-être un peu trop nombreuses alors ça n'est pas encore devenu un vêtement d'intérieur. Lui est dans l'écharpe, celle à fleurs qui nous fait répondre à elle a quel âge? quand on sort. On étire la deuxième sieste de l'après-midi par tous les moyens, et régulièrement je sens et j'entends ses petits soupirs contre mon torse. Il dort alors que je coupe quatre pommes puis deux poires, que je mélange le beurre mou à la farine d'epeautre, aux graines de lin et de tournesol. Un peu de sucre aussi, j'ai failli oublier. Le crumble est enfourné sans qu'il ait bougé d'un iota. J'oublie de me faire quelque chose à boire, une soupe ça te va pour ce soir? Et alors ce sont aux pommes de terre d'être épluchées. Je sens des pieds pousser contre mon ventre, de façon saccadée, je crois que ça n'est pas un vrai réveil alors je me mets à chanter, c'est this is xmas de John Lennon, je suis si banalement de saison. Ça dure le temps de cinq poireaux puis il a vraiment fini de dormir, petits couinements qui disent qu'il est temps de revenir au monde. 

La pluie on s'en fiche, le bruit des voitures alors qu'on est encore au lit n'en est presque que plus distrayant. C'est une journée sans trop de contrainte, sur l'agenda est inscrit une auto-prescription, profiter. Quand même, il faudra aller poster ce pain d'épices pour ma grand-mère, celle qui vit en Bretagne, et aller chercher un poulet chez le boucher. Vous pouvez m'en faire 12 morceaux? C'est pour le butter chicken de samedi soir, que le périple de début de week-end nous demande d'anticiper un peu. Profiter, mais en faisant une dernière fournée de gâteaux de Noël et en buvant ce thé à la frangipane, une autre saine prescription. Je lui raconte cette nouvelle interlocutrice, son cabinet dans son jardin, comme j'en rêverai si je me réinstallai un jour en libéral. Et vous voulez combien d'enfants? et ma réponse qui est encore un peu celle d'une petite fille qui dit que quand elle sera grande elle se mariera et ne portera plus que des robes à fleurs. Mais c'est avec un bébé dans les bras que je réponds, on n'est plus tout à fait dans l'imaginaire… 

Et puis le retour de Strasbourg sous la pluie, le vent, moi qui ne sait plus conduire. D'un coup, les phares dans les yeux, avoir à regarder de tous les côtés en même temps, la fatigue des petits morceaux de nuit mis bouts à bouts me tombe sur le coin du nez et ça devient très difficile. Il y a deux semaines tout serrés devant nous, et sûrement beaucoup de cadeaux en forme de sourires, de bains-plaisir et de câlins à ouvrir plusieurs fois par jour. Hier soir mes mains sentaient le potimarron, et un gilet bicolore a bien avancé. Il fait encore nuit et ils se sont rendormis, c'est un de ces goûteux moments de maison pour moi toute seule. Et si on lui prenait, pour Noël? Je ne pensais pas faire un cadeau à P, mais c'est vrai que cet éléphant ferait un beau souvenir et un bon copain. Puis les éléphants, de mon côté, c'est un peu un fil rouge quand on a envie de faire plaisir. 

4 commentaires:

  1. Joyeux Noël à votre jolie petite famille! je suis ravie de vous avoir retrouvée; votre façon d'appréhender la vie, le quotidien, est très enrichissante et apaisante à la fois.

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  2. Il y a des jours ou moi aussi j'aimerais avoir un gros éléphant comme celui ci pour me serrer dans ses bras...

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  3. J'ai l'impression d'être dans ta cuisine à chaque fois que je te lis, et ça sent bon!

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et parce que c'est parfois frustrant de ne pas pouvoir s'en dire plus: tinoftea@gmail.com