Le 24 vers 16h30 ça commençait à sentir la grognerie un peu. Accablée que j'étais d'un coup de tristesse, d'un peu d'amertume que mes Noëls à moi aient ressemblé à ce qu'ils furent depuis quelques années, et que celui qui s'avançait à grands pas ne me réjouisse pas davantage. Je crois que je m'agaçais un peu de si bien me laisser aller à une espèce de bouderie adolescente. Je pris le bébé sous le bras, qui se trouvait lui aussi auréolé de crachin, et m'en allait nous coucher en me retenant de l'agresser lui, le grand. Je voulais lui dire comme d'un coup je jalousais ce que je prenais pour de la légèreté, les nuits sans réveils parce que lui n'entend pas, le fumoir qui l'isole plusieurs fois par jour… J'ai préféré marmonner un je-suis-fatiguée, et après tout c'était encore ça qui était le plus vrai. Puis cette copine, avec qui j'aurais du passer une heure au téléphone, qui ne pouvait plus parce qu'elle avait trop de choses à faire en cuisine, elle aussi je la jalousais. Pas d'effervescence cette année, et non je n'avais pas envie d'habiller le bébé spécialement, et j'espérais bien qu'on n'allait pas lui réclamer de sourire. J'avais envie de faire ce qu'on aurait bien envie de faire et pas plus. Ça me faisait comme mal à la peau d'être si loin de l'infime parcelle de famille qu'il me restait, et peut-être encore plus le fait qu'ils n'aient pas tant réclamé à ce qu'on soit près d'eux. Et mes cernes, et mes cheveux, et en y regardant de plus près ce trop-plein de moelleux aussi. Non vraiment, rien n'avait encore vraiment commencé et c'était déjà trop. 

Puis ce fut derrière nous, ce qu'on pourrait lui raconter de son premier Noël. Le chapon couillu (à savoir un énorme poulet) que je mangeais froid parce que s'endormir ce soir là c'était vraiment compliqué. La bouillotte que m'offrait ton père, la même que celle de ma mère et la si précieuse quand tu étais en train d'arriver. La nuit, ou le début plutôt, que tu passais sur l'édredon de mariage de tes arrière grands-parents. C'est plutôt avec le sourire que nous rentrions le 25 au soir, et là, Noël qui n'en finissait pas, ton premier coucher tout simple, tout facile, qui dit je suis fatigué donc je dors. OH! J'en suis restée les bras un peu ballants, c'est comment les soirées déjà? Ah oui si on veut faire simple on mange, on tricote, et on regarde d'un oeil la télé en se disant que c'est nul et est-ce qu'on n'a pas un film à regarder de toute façon? Il nous faudra encore un peu de pratique pour profiter des tête à tête, mais s'ils viennent comme des cadeaux surprise ces moments là c'est encore mieux. 

Pour la suite on entendra sûrement le cliquetis des boules en bois et le grelot du mobile le matin, de plus en plus fort et de mieux en mieux accompagné d'exclamations joyeuses. Les thés des divers calendriers seront bientôt tous écoulés, et je regretterai sûrement un moment celui à la fraise et au champagne de Po Rouge. A nouveau j'espère pouvoir savourer le spectacle de la neige la nuit, presque le matin, quand on est peut-être des dizaines dans la ville derrière nos fenêtres mais qu'il me semble alors être la seule à pouvoir savourer de compter les flocons s'il me plaît. Encore une semaine, une vraie semaine dans notre cocon-igloo, avant d'avoir à réapparaître dans le monde. J'ai la tête qui tourne en pensant qu'on a vécu la plus longue période de nos vies tout-collés, que maintenant notre danse sera de nous séparer et de nous retrouver, toujours. La tête qui tourne et le ventre qui serre, mais une telle hâte de la suite à ses côtés. Être plus entière et toujours coupée en mille, c'est une des définition d'être maman qui semble m'écrire. 

4 commentaires:

  1. Toujours des mots enchanteurs, vraiment, ....on commence à lire et on est prise, comme aspirée dans un cocon authentique d'émotions ....
    Très jolis, doux derniers jours collés serrés

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  2. Oh oui, ta dernière phrase est si juste ! Moi aussi j'aime beaucoup te lire, et aussi t'imaginer derrière la fenêtre à compter les flocons...

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  3. Oui, des mots qui sonnent, qui parlent, si agréables à lire !

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  4. j'avoue que je préfère travailler à noël pour éviter tout le spleen et les souvenirs qui s'y rattache...
    sinon, je peux être ton dealer de thé du calendrier de po rouge, tu sais que c'est à côté de chez moi et po rouge rouge s'est associé avec le magasin de thé de morlaix donc tous les thés du calendrier sont trouvables! si tu as craqué sur certains, fais moi ta liste et je te ferai un petit paquet de l'ouest vers l'est !!!
    maja

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et parce que c'est parfois frustrant de ne pas pouvoir s'en dire plus: tinoftea@gmail.com