En sandwich, chacun une joue à bisouter et une oreille dans laquelle chuchoter les plus délirantes déclarations. Elles sont chaudes et rebondies, roses, parfois piquetées de rouge quand il s'est endormi sur moi alors que je porte ma veste en laine-qui-gratte. Je crois qu'on est si content l'un l'autre de pouvoir chacun reconnaître un tout petit bout de son amoureux dans ce bébé, un nez, un petit cri aigu, un sourcil froncé. Au milieu de ce tourbillon de surprise, de ce roman inachevé, quelques clés qui donnent encore un meilleur goût à l'esquisse qu'est ce petit garçon. Si souvent on lui parle d'une même voix, je regarde cette complicité triangulaire sonner si joliment, cette cohérence former un sain matelas pour se reposer entre deux découvertes sur la vie.

C'est une dame comme celles dont je me dis toujours qu'elles doivent être de chouettes mamans. Des gros cheveux un peu foufous, dont elle a pourtant du s'occuper il n'y a pas si longtemps. Des bijoux, certains chics, d'autres plus vraiment de son âge. Une voix qui sait se faire entendre parce qu'elle ne sonne pas faux quand elle chuchote. Alors elle est venue, on avait discuté par mail et par téléphone avant. On s'est installé sur la table du salon, on a frotté l'huile dans nos mains sous le regard marine de notre bébé. Il ne respirait pas très fort, guettait un peu. Guidés par la dame qu'il n'osait pas regarder, on a massé ces grandes petites pattes, chaque orteil, appuyé sur le talon. Il s'est mis à soupirer et à chanter, un peu plus fort à mesure que les mains de ses parents se réchauffaient. Quel plaisir de palper ces cuisses aux plis tout neufs, ces genoux ronds à souhait, ce tout petit duvet, ces pieds toujours roses  aux mille chemins tracés finement, si finement. Ce bébé d'hiver emmitouflé, dont la peau me manque malgré nos matinées peau à peau, souvent. 

Chacun dans une pièce, on est ensemble. Ça sent l'oignon et bientôt le paprika, il me demande de loin quelle huile utiliser, dommage qu'on n'en ait plus de pépins de raisin. J'écris toujours raison pour raisin. Lui-le petit a fini de manger, et il observe les petits papiers qui jonchent le mur qui lui fait face, concentré comme si sa vie en dépendait. Que c'est beau cet acharnement à ouvrir tous les jours une nouvelle petite case de vie. Dans son cahier blanc, un tout moche sur lequel j'ai commencé à dessiner, je lui raconte comme nos repas partagés évoluent, tu attrapes mes doigts et avant de plonger les yeux fermés tu me fixes longuement. Tes petits bruits de marcassin glouton restent les mêmes, il faudrait que je t'enregistre! Je n'ai pas tant besoin que ça d'écrire, ça se tatoue en moi tout ça, mais je sais l'importance des mots écrits quand la voix a disparu. Moi aussi j'ouvre une petite case par minute à ses côtés, ma vie en forme de calendrier de l'amour. 

7 commentaires:

  1. Avec tes mots tu envoies des petites caisses de tendresse et d'amour aux yeux qui te lisent.

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  2. ..ouh!! j'en suis toute émue.....

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  3. Moi j'aime bien ça la vie en forme de calendrier de l'amour !

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  4. Oh la la, quelle chance il a ce bébé d'hiver que tu lui racontes tout ça ! (même si, j'en suis sûre, son corps se souviendra de la douceur avant de la retrouver dans tes mots)

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  5. oh trop trop trop joliton mini-cardigan au point de semis ! tes mots de dorlotage sont si doux !

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et parce que c'est parfois frustrant de ne pas pouvoir s'en dire plus: tinoftea@gmail.com