Du vent, de la pluie et des feuilles mortes, un ciel qui ne laisse pas deviner l'heure qu'il est. C'était comme ça autour de moi quand je suis partie, pas longtemps après lui pour une fois ces temps ci. Lui il marche vite, et il ne regarde jamais les gens. Moi ce matin quelqu'un m'a doublée en manifestant son agacement. Une espèce de tss guttural, un peu ridicule je dois dire. J'étais en route pour un rendez-vous qui consisterait à appeler mon bébé. Lui donner envie d'aller voir plus loin. Les yeux fermés, on m'a demandé de lui confectionner un petit lit de plume, en bas, vers l'arrière, là où je dois bien dire que je n'imagine même pas qu'il y a de la place pour un bébé. Il faut qu'un de nous deux se lance, fasse le premier pas. Aidés des mains de la sage-femme qui nous guident, on s'est essayé, des portes se sont ouvertes, un peu. Le bébé ne s'est pas installé, mais s'en est allé voir si le lit était assez moelleux pour lui.

Le matin suivant je suis restée au lit plus longtemps que je n'en suis capable habituellement. J'ai refait ce lit imaginaire, rajouté un édredon, tenté d'imaginer tout ça en trois dimensions. Je nous vois un peu comme des personnages de papier, c'est dur encore de s'ajouter des couches. Il me fallait au moins une main de raisons plaisantes pour sortir du lit, un lit qui semble vouloir nous manger grâce à la deuxième couette que j'ai eu le droit d'ajouter depuis quelques nuits. Je décidais de ne pas me lever avant d'avoir trouvé cinq bonnes raisons de me réjouir que le jour se soit levé. Je n'ai plus compté quand j'ai été sûre que cette journée aurait son lot de thé d'automne, de mailles, de bons mots, de petites marches les pieds dans les feuilles et de baisers. 

Ça fait si longtemps qu'une journée ne s'est pas passée sans cette litanie des plaisirs, sans un mot doux à l'oreille et sur mon téléphone, sans une pensée qui donne envie de vivre les choses pour les raconter, sans écriture, même celle que l'on biffe quelques instants plus tard. Près de la valise se sont rajoutés deux paquets, pour les plus chers. Peut-être qu'on fêtera son anniversaire là-bas, pendant même qui sait! Alors je me hâte de finir ces douze petits rangs de côtes, pour ce snood entremêlé. J'aimerais bien avoir le temps d'en faire une petite version, à la façon des bols de la famille ours. Dehors la pluie tombe toute droite, dedans c'est Annie Ernaux qui raconte la vie, la jeunesse et les livres, et encore dedans le vent se lève un peu. C'est que j'ai pratiquement fini d'assembler son premier pull irlandais, ça se fête. 

8 commentaires:

  1. J aime cette idée de famille Ours ...

    RépondreSupprimer
  2. un pull irlandais ? waow !
    mon frère a eu son bébé d'octobre : Quentin.

    RépondreSupprimer
  3. Tout semble si lent, et puis tout ça va s'accélérer si vite ensuite...

    RépondreSupprimer
  4. Merci merci merci pour le lien !
    Je m'en vais écouter tout ça avec bonheur. Euh... pas maintenant, ce weekend.

    RépondreSupprimer
  5. je cherche des mots doux pour aller avec les tiens, mais je ne trouve rien de comparable, alors passons nous des mots cette fois, juste de l'énergie!

    RépondreSupprimer
  6. Tu décris si bien l'attente avant la naissance ! Je crois comprendre entre les lignes que tu as dépassé le terme ? Je ne sais pas si ça se fait dans ta ville, mais l'acupuncture a tout déclenché chez moi. Plein d'énergie pour ces prochains jours ! Isaline

    RépondreSupprimer
  7. J'arrête pas de passer par ici... Et je me dis que peut-être ce silence, ça veut dire que le BB est là..... Waououou !!!

    RépondreSupprimer
  8. Je me répète, je sais, mais tu as cette beauté des mots. Belle continuité à votre famille.

    RépondreSupprimer

et parce que c'est parfois frustrant de ne pas pouvoir s'en dire plus: tinoftea@gmail.com