Bleu alors qu'on est sur le canapé. Sur mes aiguilles, un bleu nommé océan qui n'y ressemble en rien, je trouve. Bleu playmobil, bleu récré ou bleu après-midi de peinture, je dirai plutôt. Bleu sur nous aussi, chacun dans notre style. C'est un après-midi comme j'en ai imploré en chuchotant, maudissant secrètement ce soleil qui n'en finissait pas de faire durer l'été, alors que moi j'attendais le craquement des feuilles et les premières écharpes… Et toutes ces autres choses que j'associais depuis notre exclamation oh ce sera un bébé d'octobre! à notre future rencontre. J'imagine depuis neuf mois un bébé-cocon, un bébé-enlainé -ça oui-, un bébé-tannière, alors il faut que la lumière soit un peu tamisée, et le ciel bleu, je veux bien, mais discrètement. Puis il y a un gâteau à la crème de marrons pour le thé, il faut avoir un peu froid pour en manger. 

Un peu après, quand ce petit poncho n'est pas encore fini, je suis dans l'autre chambre, sur un autre lit sur lequel je me réfugie, un peu sonnée de me rendre compte qu'on est peut-être bien fâché. Un petit temps sûrement, c'est tout, peut-être seulement le temps de plonger seule dans cette intimité sans mots, tout en sensations, dont il me reste quelques paquets à ouvrir. Peu à peu mes mains l'appellent plus en bas, un peu plus loin de mon coeur où il est lové et où ça palpite, mais plus près de nos bras et de ce qui fera le sel de sa vie. Il résiste un peu je sens bien, moi aussi j'ai un peu peur de cet inconnu, je ne me souviens plus que j'ai moi aussi été un bébé en train de naître un jour. Je nous raconte le chemin, je l'imagine avec lui, et petit à petit ça me semble moins étranger, moins incertain. Parce que le costume de bonne élève me colle à la peau, parce que j'ai du mal à me défaire de mon sentiment d'être lésée, qu'il manque tant de pierres à mon édifice, je m'essaie et je révise… La respiration de la vague, la posture de la feuille pliée. J'entends tous les territoires inhabités qui se trouvent malmenés, les barricades qui s'apprêtent à céder. 

De la crème sur les pieds et une assiette de spaghetti à l'ail, des projets cochés et les ronflements du chien qui m'attestent que tout va toujours bien finissent par me rassurer. Il faut vraiment que je choisisse le livre et le projet tricot qui vont m'accompagner. Même si je n'y touche pas et qu'ils ne font office que de grigris, on a toujours besoin de son cabinet de curiosité avec soi. 

7 commentaires:

  1. Ce petit gilet est parfait et sera juste comme il faut pour ce bébé parfait.

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  2. Octobre, juillet ou avril, je crois que chez vous il y a toujours la tiedeur et la douceur qu'on veut pour un bébécocon. Je t'embrasse fort.

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  3. Oh oui ça sera un bébé d'octobre, un vrai mois d'octobre qui se dessine depuis quelques jours.

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  4. Il y a des phrases qui me parlent dans ton billet, le costume de bonne élève difficile à enlever, les pierres qui manquent...
    Oui, je crois que l'automne arrive, tout doucement. La saison du tricot pour accueillir ton bébé, je comprends bien cette envie de cocooner.

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  5. Il est super ce gilet de pépé version kway

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  6. De douces pensées, en bleu si tu veux; mais le reste de l'arc en ciel est patient, il t'attend!

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  7. Les grues sont passées au dessus de la maison dimanche soir, et la pluie et le petit froid (celui qui fait juste que les fenêtres ouvertes la nuit c'est fini) sont arrivés. J'ai un bébé de fin d'octobre, arrivée avec un mois d'avance tout rond, qui est un bébé heureux et qui découvre cette année le plaisir de faire voler les feuilles mortes et d'avoir des moustaches chocolatées. Bonne attente et belle promenade sur ce chemin si particulier!

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et parce que c'est parfois frustrant de ne pas pouvoir s'en dire plus: tinoftea@gmail.com