On habite un très chouette quartier où les gens, toujours les mêmes, font la même chose tous les jours. Promener leur chien, aller boire un café, se retrouver devant telle ou telle maison pour fumer une cigarette à plusieurs. Petit à petit on s'est greffé à ces scenettes quotidiennes, nous aussi on promène le chien, et quand on a envie d'une soupe ou de se lancer dans des hamburgers maison, on part chez notre primeur et chez notre boucher. Ce dernier a un super tablier avec des vaches dessus, et une encore plus super affiche avec toutes les sortes de vaches qui existent, dessinées, et j'espère un jour devenir assez copine avec lui pour qu'il accepte de s'engager à me la léguer le jour où il prendra sa retraite. La dernière fois qu'on est allé le voir, c'était pour farcir la première butternut de l'année. On ne restera peut-être pas toute notre vie ici, mais est-ce que ces années de tours de quartier panier, chien et bientôt bébé à la main, seront évoquées par lui ou par nous comme des années de bohème? Est-ce qu'on a toujours besoin d'imaginer qu'un souffle de liberté a parcouru nos parents avant qu'ils ne deviennent nos parents, de fantasmer ces mois qui nous ont précédé? Je sais qu'avant moi, mes parents ont longtemps vécu avec un carton comme table basse, sur lequel les nombreux chats avec qui ils vivaient se faisaient allègrement les griffes. Petite ce détail me semblait vraiment très croustillant. 

Après c'était encore dimanche. Dimanche sans réveil, même pas par un bus, un chien, ou un rêve dont il faut sortir. Seulement la hâte de ce moment solitaire, derrière les fenêtres ensoleillées, comme toujours. Le thé et On ne badine pas avec le jazz. Dans l'assiette ça varie, et cette fois c'était un yaourt maison, oh la bonne inspiration tard la veille au soir de me lancer là dedans, pendant qu'au salon de grosses voix tonnaient. Dattes, abricots secs, amandes et cannelle, oh oui! Puis une part de gâteau au chocolat, je n'en fais pas souvent, je trouve que ça fait un peu goûter d'anniversaire préparé à la hâte, mais cette fois c'est ce qu'il nous fallait. Sur la table on trouve encore hier soir, les bouteilles et les verres, et quelques brins de tabac. Je me fais une petite place au milieu de tout ça. La lavande a migré vers l'avant de l'appartement, pour profiter du soleil du matin, et elle semble apprécier. C'est elle qui me raconte le temps qu'il fait dehors, et elle aussi finira dans un yaourt un jour. 

Les chocolats chauds deviennent presque quotidiens. On se dit 3 ou 4 tranches de saumon? Si on mangeait ça tous les soirsVa t'allonger, tu rentres à quelle heure? Je commence à avoir un peu l'impression d'attendre, ma chérie, ma chérie, chérie-chatte, tu vas voir c'est un livre qu'on est triste de poser, d'après son hoquet, il est où tu crois? Le matin après la théière, thé d'automne déjà, j'ai encore trop chaud avec ma robe de chambre mais ça ne durera pas encore très longtemps. Un jour, dans pas si longtemps, on croisera trois bonnets se promener dans le quartier, et les chocolats chauds n'en seront que plus goûtu. 

8 commentaires:

  1. Encore. C'est si beau et doux. Tes mots. Ils se glissent dans mes yeux, dans mes saveurs.
    J'ai presque l'impression de partager ce thé d'automne, de sentir ta lavande.
    Merci à toi pour ces ressources. Ici, tasse de café ronde et bleue nuit entre mes mains, la chaleur se diffuse.

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  2. Mon gyneco m'a interdit de manger du poisson plus de 2 fois par mois .... Moi qui en mange , normalement, 2 fois par jour ... Ce fut très difficile. Il m'a formellement interdit le saumon ( trop de métaux lourds ) ....je pense que c est mieux que tu n en manges plus jusqu'à la fin de ta grossesse.
    comme j aime tous tes paniers ....D'ailleurs je suis certaine que tu vas faire craquer ton boucher !

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  3. Oh, j'ai la même écharpe de portage, mais dans une autre couleur ! On l'a beaucoup utilisée, mais maintenant mon fils devient trop lourd... ça me manque un peu.
    Isaline

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  4. L'évocation du hoquet m'a replongée dans de doux souvenirs, pas si lointains!
    J'ai hâte aussi de promener un troisième petit bonnet (pas fait main, dommage) et son nez rougi! Merci pour les jolis mots et les ambiances plus douces encore!
    Sinon pour mes parents la bohème aurait été qu'ils achètent la maison sans toit quand maman était enceinte de moi. Mais j'étais la cinquième, et il y avait déjà un bébé d'un an, a dit niet. Enfin il y avait quelque fois ou on chauffait l'eau du bain sur le poêle à bois... Grâce ou dénuement?

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    1. Merci pour l'histoire, grâce, grâce, bien sûr!

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et parce que c'est parfois frustrant de ne pas pouvoir s'en dire plus: tinoftea@gmail.com