Il était vraiment beaucoup trop tôt. Avant même le premier bus, celui que j'entends certains matins s'arrêter au feu en bas, et que je choisis parfois de prendre comme une autorisation à ce que la journée commence. Après tout s'il y a des bus c'est qu'il peut aussi y avoir des gens réveillés. Je goûte depuis que mes journées sont un peu à contretemps la saveur de ne pas en être, que pour un tout petit temps cette vie aux horaires contraints, à la liberté encadrée, ne soit pas la mienne. C'est un goût un peu doux-amer. Aussi incongru que cela sonne, certains soirs je me sens un peu vide. Est-ce que ça se raconte, les heures de tricot? La promenade du chien, le brouillard qui ne s'est levé qu'à midi, le livre de cuisine lu comme un recueil de contes au lit? Est-ce que ça va l'ennuyer, ce récit d'un temps dilaté? C'est une sinistre société que celle qui me donne l'impression de ne rien faire quand je suis tout occupée à peaufiner l'un des siens.

Je me retourne et ça craque dans le bas de mon dos. Petits grondements, nouveau caillou à ajouter dans la poche de mon corps qui sait, offrande à cette mécanique atavique et si bien huilée. Tout à l'heure, malgré tout, l'homéopathe. Une caresse à la petite fille apeurée en moi, des petites billes pour m'aider à plonger, à laisser faire, me-laisser-faire. Peut-être encore plus pour sa présence enveloppante, son énergie à la fois si maternelle et bourrue. Elle est de ces gens qui pourraient ponctuer leur discours de clins d'œil sans que cela paraisse ridicule ou incongru. Moi si ça me prenait on croirait sûrement que j'ai un tic. 

J'attends encore un peu, mais à présent c'est sur, la journée à commencé. Même si sa respiration profonde là tout à côté pourrait officier comme une jolie berceuse, même si l'aube ne fait pas partie de ce chapitre. A contretemps, encore. Pied-de-nez-temps même. Une journée pressée d'exister, c'est forcément le gage de moult pépites. Dans cette pochette surprise j'y mets les derniers rangs d'une future offrande tricotesque, moutarde et hivernaux à souhait. A midi, ces carottes au cumin et aux clous de girofle. Et au réveil d'une longue sieste, un croissant aux amandes. La commande est passée! 

8 commentaires:

  1. Je suis épatée par ta justesse lorsque tu racontes le quotidien, et ce qu'on peut ressentir parfois, à travers des anecdotes. "[les] journées [qui]sont un peu à contretemps la saveur de ne pas en être" m'ont replongée il y a quelques années en arrière.

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  2. ce temps suspendu si particulier, tu le décris si bien...

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  3. Tu as bien raison de t'entourer de gens comme ton homéopathe. Moi j'ai bien bien envie de me tourner vers un naturopathe, quelqu'un avec qui je puisse parler de remèdes naturels. On oublie trop qu'on a un corps...
    J'imagine le tien s'arrondir. Je me dis que je ne passe pas assez souvent ici !
    douce journée

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  4. c'est marrant ces petits vêtements que tu tricotes , ce sont des couleurs pas banales , tout sauf convenues .... c'est hors du temps, c'est unique .

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  5. Je rejoins Sofia, tes mots toujours si justes, palpables accompagnés de la douceur de tes photos. Quelle belle idée cette turbulette et ton mug et tes set de table. Ah je l'aime ton univers Clémence vraiment!

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  6. Profite de ces contretemps....tu auras bientôt tant de choses à lui raconter (et à nous aussi hein ? )

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et parce que c'est parfois frustrant de ne pas pouvoir s'en dire plus: tinoftea@gmail.com