Le travail, un peu, c'est de faire tenir plein de mots disparates, d'en faire un tout un peu homogène. En rêve ce serait une belle pâte à brioche, douce et un peu tiède, de celle qui ne sont pas du tout une corvée à pétrir. Pour l'instant ce sont parfois de petites épines, comme celles d'un sapin qu'on aurait négligé trop longtemps. Orpheline, belle-famille, deuil, transmission, projection, héritage, principes. Peut-être d'autres encore… Un soir ça m'embête vraiment, et la frustration de n'avoir personne dans mon camp à qui en parler me brûle. Surtout ne pas penser à ma vie s'ils étaient là, si c'était différent.

C'est la veille d'un départ pour un peu de dorlotage au vert et faire les sacs qui m'y accompagneront, comme plein de pochettes surprises, c'est un bon antidote. Quelles laines, quels livres, et où sont mes belles chaussettes? Et ces brioches à la cannelles, ma petite offrande, est-ce qu'elles sont bonnes? J'ai envie de prendre une paire de chaussons et je suis à deux doigts de prendre ma bouillotte, j'ai l'impression que le douillet qui nous attend s'y prête. Mais c'était quand déjà nos dernière vacances? Ah oui, juste avant la nouvelle vie à Bruxelles. Les discussions sur la plage, ou le soir dans la cuisine, les bouteilles de cidre qui s'accumulaient, comme les coquillages dans une boîte en carton, celle qui est maintenant dans la cuisine. 

Mon passé tout le temps sous les yeux, ces précieuses marques d'avoir été vivante avant, de l'être encore maintenant. Ces gestes l'air de rien, quand je passe à côté de telle ou telle chaise, rapide caresse, quand devant la bibliothèque j'ouvre un livre seulement pour y humer un marque-page, ticket de cinéma ou petit carton de communion. Notre foyer comme un autel au fait d'avoir un jour été désirée et accompagnée. Si je me raisonne je sens bien qu'ils sont là. 

5 commentaires:

  1. Tu peux prendre les chaussons ET la bouillotte. C'est comme si c'était l'automne déjà ici... alors je crois que le parfum de la canelle ira à merveille.

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  2. Si je me raisonne je sens bien qu'ils sont là. Tu sais si bien mettre les mots dans l'ordre quand les sentiments se désordonnent. C'est exactement ça, quand tout se trouble, nous sommes si seules, si orphelines.
    Milène

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  3. Un vrai coup de coeur ton blog... une porte restée entrouverte et je m'y invite découvrant ton univers avec justement un thé à la main.. un plaisir de te lire, vraiment.
    Tes mots posés là, réflexion personnelle qui invite à la réflexion, au partage, à la discussion ...
    A très bientôt donc, thé ou tisane pour t'accompagner, je reviendrais par ici dans cet espace

    Marthelaviolette

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  4. Ben tu as tout dit . Quand on est orpheline, on se demande toujours ce qu'ils auraient dit, pensé, redouté,critiqué,félicité...
    on ne le saura jamais...et la solitude de l'âme perdure

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  5. Ce soir qu'on dirait automnal, elles me font envie tes brioches, là, avec ma verveine brulante. Je me souviens comment on voit ses parents autrement quand on devient soi-même parent, qu'ils soient présents ou pas, ils sont bien là.

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et parce que c'est parfois frustrant de ne pas pouvoir s'en dire plus: tinoftea@gmail.com