Je me rends compte, sur le chemin du primeur, dans la ville déjà un peu vidée, comme les étés peuvent avoir des relents de cafard. C'est depuis l'adolescence, quand tout à coup je suis devenue un paquet un peu encombrant, que mes parents partaient avec leur nouvelle vie chacun de leur côté, et que j'étais trop ado et peut-être trop le symbole de leur passé pour qu'on me propose de les suivre. Alors je travaillais, l'ambiance n'était pas très bonne dans ce magasin où j'ai fait quelques saisons. Je dépensais des sous, je mangeais et ces choses vides ça devenait une occupation. La nuit devenait le rendez-vous de toutes les angoisses, soir après soir s'y tissaient les petites boiteries qui m'accompagneraient longtemps. Un jour, parce que j'étais seule pour la journée, j'ai été étonnée que cette veste poussiéreuse soit encore si à ma taille, que ce bourdonnement dans l'oreille revienne si facilement. 

Heureusement le sol est un peu moins meuble qu'alors, les tiroirs un peu plus pleins. Ça n'était pas si mal, de finir ce livre, volets fermés, les pieds sous quelques coussins, au lit. J'ai hâte de pouvoir rouvrir les fenêtres, quand il fera moins chaud, entendre que la ville se vide et que les voitures sont sur d'autres routes. Après j'ai trié des épinards en écoutant les fictions d'été à la radio. Des histoires pas très passionnantes, qui permettent d'avoir l'air absorbée pour penser à autre chose. J'en ai fait un gâteau, avec des crêpes et beaucoup de muscade. J'ai encore oublié qu'il n'aime pas les épinards. 

On a cuisiné, pour deux, pour trois et pour quatre. Bruxelles est un peu venu à nous, et c'était bien. On est content que nos amis adoubent notre nouvelle maison. Ils dorment dans la chambre du bébé. Les invités chez l'invité. On m'a dit, en me déposant en voiture il y a quelques jours ça te dirait d'acheter l'appartement? Alors depuis, ça cogite un peu. Tout le monde a son avis, les mots qui ressortent de ces conversations manquent un peu de charme. Et moi j'aurais envie de m'installer quelque part, dans un endroit d'où je verrai un peu plus loin que le bout de mon nez. Mais je crois aussi que mon premier achat, je ne le voyais pas sans un petit bout de dehors. Ces idées de quand je serai grande je… Je veux bien composer avec les rêves, et abandonner l'idée d'avoir les cheveux jusqu'aux fesses et de parler flamand, mais mon carré de dehors je ne sais pas. 

7 commentaires:

  1. Mes cheveux sont longs mais c est moche et surtout trop chaud ... Comme si je n'avais pas suffisamment à porter en ce moment ! Mais je n arrive pas à me décider ... Tu fais quoi toi ? A défaut de coiffeur demain j achèterai des épinards.

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  2. Oui mais acheter c'est aussi si ....engageant....et puis après , une liberté réduite ,non?

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  3. Donne toi du temps pour les décisions aussi importantes, la réponse t'apparaîtra probablement évidente quand il sera l'heure... Et miam les épinards!

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  4. J'aime bien venir te lire par ta petite fenêtre... entoure toi de douceur dans ces mois si précieux !

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  5. La lecture de tes billets me redonne l'envie de bloguer avec les mots, un vrai plaisir que mes balades chez toi, tout est tjs si bien pesé...merci.

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  6. j'oubliais, pour le carré vert tu peux faire un compromis et commencer avec un balcon

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  7. C'était des épinards à grandes ou petites feuilles. pas afcile de trouver à petites, sauf quand elles sont du jardin. J'aime beaucoup beaucoup la première photo.

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et parce que c'est parfois frustrant de ne pas pouvoir s'en dire plus: tinoftea@gmail.com