C'est un mercredi matin et le lieu de travail est vide comme un paquebot déserté. Tout le monde, enfants et grands, sont partis en sortie officialiser la fin de l'année toute proche, moi j'ai pris le droit de rester au frais pour la journée. Ça me donne un avant-goût de cet été, quand tout le monde sera en congé, que moi j'en n'en aurai presque pas et que de toute façon je les garderai pour faire durer la bulle des premiers moments. Je me dandinerai dans ces couloirs silencieux, j'installerai peut-être une table au soleil dans la cour, je crois bien que je tricoterai un peu. Le temps semblera sûrement un peu long. 

C'est un mercredi matin et j'ai amené des cerises avec moi. J'aimerais les avoir cueillies dans un jardin familier après un bon repas, peut-être celui d'une tante voire d'un grand-père. Cela fait si longtemps que je ne sais plus ce que c'est d'avoir un grand-père, ça a à peine eu le temps de me manquer. Toute façon j'ai le vertige, je ne serai jamais montée sur l'échelle, j'aurais plutôt attendu en bas avec un panier. Et ce primeur à deux rues est drôlement gentil, il a les pastèques qui me tiendront en vie jusqu'à la fin de l'été. Ce matin je n'étais pas d'humeur à petit-déjeuner, le chien était déjà bien trop réveillé, lui ne l'était pas assez et moi j'ai eu peur d'avoir déjà trop chaud. J'ai bu un thé à l'abricot en achetant des bodies-trop-mignons sur une vente privée, non sans quelques scrupules. 

C'est un mercredi matin et je repense aux amies que j'ai eu au téléphone hier soir, les plus anciennes que j'ai. Aux parents avec lesquels j'ai réunionné, à ce médecin qui a frappé à la porte de mon bureau pour me dire des mots doux à propos d'un de mes écrits. Je crois bien que j'aime ce petit train dans lequel je suis lancée. Bientôt il va me rejoindre au bureau, peut-être trouver que les piles de papiers et la dînette essaimée ça n'est pas sérieux. On pique nique ensemble ce midi. Après je devrai décider du diagnostic de dysphasie ou non d'un enfant, et argumenter le fait qu'un enfant ne doit plus continuer à manger par la bouche pour le moment. C'est un peu une grosse journée. Mais après, j'ai hâte, le trajet un peu trop long pour être fait à pieds, la maternité et son ambiance d'avant/après, et un bureau bleu où je peux retisser avec le fil de mon histoire. Vous verrez, dans la salle d'attente il y a un grand aquarium.

8 commentaires:

  1. je suis très touchée par ton écriture et ton blog très sensible découvert il y a peu grâce à Madame quatre pommes.
    J'ai remonté les billets et essayé de comprendre un peu ton cheminement. J'ai l'impression qu'on travaille avec le même genre d'enfants, mais moi côté kiné!
    J'ai été particulièrement émue par le billet où tu racontes SI BIEN les dernières heures avant de savoir, avant que tout bascule irrémédiablement...c'est tellement cela!
    Je crois que je suis en train de les revivre pour la troisième fois mais avec toujours du délice ;)
    Prends soin de toi ! je continue à te suivre

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    1. Ah Elise, c'est doux ton commentaire, et alors, ça y est, LA révélation? Je te souhaite de beaux moments!

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  2. Ben moi je ne suis ni kiné ni orthophoniste, alors je ne sais pas sur quel genre d'endroit tu écris ....et je suis curieuse ...
    Et puis , je voudrais aussi savoir : est-ce que tu as l'impression que F. sais/sens que quelque chose se prépare? qu'il va falloir partager les câlins? ne pas aboyer pour ne pas réveiller, faire le fort car il va devenir le protecteur d'un tout petit?

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    1. Mmmh pas sur! Il a juste trop chaud le pauvre pour l'instant!

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  3. bon courage alors pour travailler !

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  4. C'est bien, les aquariums à regarder ponctuellement, c'est comme un petit voyage, c'est difficile de penser à autre chose qu'à ce que l'on observe, comme une sorte de méditation aquatique.
    Si tu aimes ce petit train qui démarre, c'est le plus joli. :)

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  5. Toi tu n'as pas les vacances d'été comme les enfants ?
    Cerises et pastèques, ça sonne joli je trouve. Un peu comme une histoire que l'on raconterait aux enfants, pour les moments réconforts.
    Des baisers frais

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  6. Un thé à l'abricot, ça doit être vraiment bon. Bon courage pour cette journée de travail (il est vrai que travailler au frais, lorsque tout le monde est parti c'est très agréable, j'ai toujours aimé ça).

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et parce que c'est parfois frustrant de ne pas pouvoir s'en dire plus: tinoftea@gmail.com