Au travail derrière moi on jardine, on regarde les courgettes et parfois quelques bestioles avec beaucoup d'excitation. J'entends des cris, des mains qui s'agitent fort comme des éventails. A côté c'est souvent de la musique et des pieds qui tapent, c'est jubilatoire, ça crée un profond tumulte et ça semble dire merci de nous faire sentir de la tête au pied. De l'autre côté encore c'est atelier cuisine,à chaque fois, les mercredis matins. Ça sent presque toujours bon et surtout ça donne envie aux enfants de raconter les mains dans la pâte et la bataille pour lécher la cuillère. Moi je suis au milieu, les jours enthousiastes, les jours sans patience, les jours inventifs et les jours sans confiance aussi. Avec du scotch, de la plasticine, des lettres en bois, des chansons et du papier. J'avais un peu oublié ce métier là, avec ces enfants là. Quand le travail c'est accueillir, débroussailler, contenir et libérer. 

Cadeau journalier, le chemin pour aller aux bureaux et en revenir. C'est une grande ligne droite, avec une école maternelle et toutes les mamans du monde devant. Après la boulangerie, encore pleine à craquer de rondeur, de croustillant et de doré. De grands bureaux un peu austère, façon fourmilière, puis un peu de rivière, juste avant que ça ne monte. D'abord fort puis doucement jusqu'à la clé dans la porte. J'ai le droit à quelques minutes au milieu d'arbres, pour adoucir le coup de grâce des quelques dernières marches, et si je m'attardais un peu je pense que j'y verrais des papillons. C'est à pieds, parce que dans notre beatnikisation on a quitté la voiture, parce que j'avais envie de bercer cet enfant, et que pas à pas ça semble être la métaphore qui me colle le mieux à la peau. 

Je dessine ce qui éclôt et se repaît de soleil dans mes jardinières, pour ne pas oublier, parce que ça ne m'est pas si familier. On se creuse la tête pour suivre le rythme de la menthe, et notre utilisation préférée jusqu'à maintenant c'est de faire du taboulé. Il est jaune, vert et rouge, parce qu'on y met des tomates coeur de boeuf, et au moins autant de menthe et de persil plat que de semoule. Hier en arrosant j'ai pris garde de ne pas déranger deux coccinelles. La mini vie à guetter par la fenêtre, les odeurs si on est attentif lorsqu'il y a un peu de vent et que les fenêtres sont ouvertes, ça donne l'impression d'avoir les yeux suffisamment grands ouverts. 

Je me lève de plus en plus tôt, il fait de plus en plus chaud. J'enfile ma nouvelle peau, une robe en lin corail, j'ouvre grand partout. Un matin comme ce matin je découpe des cubes de pastèque et je mixe quelques cerises avec du lait et des glaçons, plus encore pour la couleur et la mousse que pour le goût. J'irai sûrement chercher de la lavande, parce qu'il reste une petite place en plein soleil. Hier soir j'ai quitté un peu Winnicott et Brazelton pour lire Henry Miller, parce qu'il reste encore un peu de place dans mon jardin également. 

7 commentaires:

  1. Le même taboulé que celui de mon Papa, avec tout plein d'herbes. Le vrai taboulé libanais en fait.

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  2. J'aime lire tes mots sur ton/nos métiers.
    J'aime lire tes mots, tout simplement. C'est si beau !

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  3. Moi aussi j'aime te lire et savoure chaque billet comme un petit plaisir sucré...

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  4. Le corail et le lavande...et le vert de la menthe.....et le rouge cerise/coccinelles ...quel joli tableau...
    Pas trop difficile la chaleur?

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  5. Tes mots, on dirait une chanson...
    Ce que c'est doux chez vous.;

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et parce que c'est parfois frustrant de ne pas pouvoir s'en dire plus: tinoftea@gmail.com