Il y eut un soir de guingois. J'ai un pyjama en flanelle qui pourrait bien être un peu petit, je bois le thé de trop. Je suis entourée d'une vapeur d'angoisse, dans son sillage les administrations suspicieuses, ces coups de fil que je n'ose plus passer, ceux que ma vie m'interdit. C'est peut-être un peu ce livre que je lis aussi, ces Visages noyés de Janet Frame, qui me resserre les poumons. Je le lis dans les creux de cette journée houleuse, un peu ce matin sur le balcon, une couverture sur les épaules. Pendant l'après-midi avant l'heure de la tarte aux fraises, pendant qu'il me réchauffe le cou et les épaules, calé derrière moi. Et ce soir, sur un canapé juste assez mou, mais sans chat et c'est peut-être ça qui me rend patatra. 

J'ai un peu résisté, puis suis montée me coucher, en faisant semblant de ne pas tant l'attendre que ça. Quand je fus enfin allongée je voyais encore de petits points blancs ou jaunes, comme ceux qui ont semblé vouloir nous harceler sur la route. Je ne sais pas encore si on est rentré ou si on est arrivé. Demain, peut-être, nous saurons un peu mieux.

Nous avons frotté, porté, et fêté, dit des au revoir au goût de penne aux truffes et de sirop de citron. On a laissé un petit bout de nous là-bas, pour se sentir encore un peu chez nous quand on reviendra. On a encore tant de parcours à y faire. 

Nous avons vécu quelques jours dans une maison dans laquelle les gens sont un peu dispersés le soir. J'allais en haut chercher le livre qui m'occupe les yeux et les mains, un nouveau, guère plus tant c'est mochement écrit et que l'intrigue est laide. Des garçons regardent du foot en bougonnant et une maman part chanter. Je n'ai vécu que temporairement dans des maisons, en tant qu'adoptée, et dans des chambres où il était encore admis qu'on rentre sans frapper car ce n'était pas assez chez moi pour qu'il en soit décidé autrement. Les montées et descentes d'escaliers ne sont pas ancrées dans ma mémoire à sensations, pas comme les caresses à un chat ou le fait de tenir une tasse chaude entre les mains. 

Puis une nuit, deux nuits, bientôt on ne comptera plus, chez nous. A pique-niquer des pâtisseries ou des sandwichs au comté, parce que c'est romantique la vie sans four ni frigo, ou à se cuisiner des oeufs dur-épinards qu'on mange à 23h. Mais avec de belles serviettes. J'ai trouvé la première rhubarbe chez le marchand d'à côté, j'en ai fait une compote avec des pommes et des figues. 

4 commentaires:

  1. Et il est où le chat? Et Flanellou pas là pour te rassurer non plus?

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  2. Oh la jolie image! ;-)
    Bisous les amis, installez-vous bien!!!

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et parce que c'est parfois frustrant de ne pas pouvoir s'en dire plus: tinoftea@gmail.com