Un samedi matin, je me doute qu'il est trop tôt car dehors c'est l'encre et aucun oiseau ne raconte quoi que ce soit. J'ai les yeux ronds comme des billes et l'angoisse qui rôde un peu autour de ma gorge. Je me demande si ça fait longtemps qu'il est endormi, son air paisible ne me donne pas d'indice. D'un coup les oiseaux se réveillent, et je suis contente de ne pas être seule dans ce samedi très matin laborieux, qui impose un réveil. Je me prépare un petit-déjeuner qui à la couleur du week-end, quand même, du pain aux graines et le pamplemousse curd qu'on a enfin osé ouvrir, deux kiwis parce que ça doit être ce qu'il me faut. 

Sur la route je ne croise pratiquement que des camionnettes, au volant et entassés sur la banquette des hommes, un peu chiffonnés. Ils roulent ce qui n'est pas leur première cigarette de la journée, ou mangent un sandwich. J'imagine les thermos de café brûlant à leurs pieds. J'aime notre connivence pendant quelques minutes. 

J'ai un peu arrêté la guerre à moi-même et enlevé l'uniforme, faudrait pas que les gens se fassent des idées non plus. Je dois sentir un mélange de jasmin et de noix de coco, et mes chaussettes sont dorées. Les questionnements des enfants sonnent encore plus vacillants le samedi, et c'est comme si les séances permettaient un temps plus dilaté. On prend le temps de faire notre moi-gentil et notre moi-méchant à la pâte à modeler, de réciter toutes les poésies que j'ai apprises depuis que j'étais petite, de refaire une 2ème fois ce puzzle bien trop facile, qu'on réussirait même les yeux fermés. 

On se rassure, on s'enveloppe, et à peine l'énième tasse de thé terminée, le vrai week-end arrive. Celui où l'on marche main dans la main, où l'on change de trottoir pour être au soleil, puis plus. On compile les douceurs, on prend une dose de vraie vie que je laisserai infuser toute la semaine, la dernière avant une semaine de répit, enfin. 

5 commentaires:

  1. Le mois de février... Les we sur le canapé...regarder les series en se tenant la main. Et manger des douceurs.,.
    Et attendre ,rêver des journées sur le sable.. Le visage tourné vers le soleil.

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  2. Profite bien de ton week end sur les trottoirs au soleil!

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  3. Notre bain de soleil arrive doucement. C'est le moment de picorer savoureusement :)

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  4. Le samedi à 14 heures, une fois le dernier patient raccompagné, la porte refermée, je me laisse un peu tomber dans le fauteuil, je ferme les yeux, j'étire les jambes, je ne me lèverais jamais si je ne pensais à mon amoureux et au petit-déjeuner tardif qui m'attendent à la maison.

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et parce que c'est parfois frustrant de ne pas pouvoir s'en dire plus: tinoftea@gmail.com