Quand c'est vendredi, mes cheveux sont plus emmêlés que d'habitude. Je porte ce même pull une fois de trop, enfilé le matin même pas en hâte mais en flemme ça oui. Je fais disparaître mes scrupules en me disant que je me changerai ce midi, même s'il est probable que je ne le fasse pas. Les enfants aussi, sont plus chiffonnés. Les traces du petit déjeuner sont moins bien effacées que les autres matins, et ils ont moins d'enthousiasme à me raconter leurs dernières péripéties. 
On forme ensemble des couples qui se défont presque avant que quelque chose ne se soit passé. Certains font écran avec le moyen qui leur paraît le plus simple, le bruit, le silence, le charabia. Moi je suis un peu retenue, un peu trop parsemée de la vieille encore. L'odeur d'un plat-accueillant qui sent jusque dans la rue qu'il s'amuse à faire tous les soirs en ce moment, les ronflements d'un chien qui aurait trop léché de casseroles. Après, sempiternellement mais pour un temps seulement, je suis dans l'alcôve et lui dans le salon. Pour me distraire je me refais des thés, et d'autres, et j'y mets du lait de riz. Lui aussi m'amène un peu de vie, pour la soupape et sûrement aussi parce qu'il en a un peu envie, il vient derrière moi au dessus des dossiers, des mots tarabiscotés dont il se moque, il loue alors ma polyvalence quand moi ça me fait grommeler d'avoir à jouer les comptables-secrétaires et d'autres choses qui ne me racontent rien. 

Il y a quelques autres petits temps dans tout ça où c'est quand même un petit peu moi qui décide. Les quelques pages le soir, bouillotte sous les genoux, pendant qu'il en fume une dernière. Les petites négociations commencent, seulement un chapitre, que jusqu'à telle page...mais je déborde toujours au delà, c'est trop bon ces autres vies que la mienne, ce commissaire Laviolette aux bruits plus résonnants et aux odeurs plus fortes que ma routine. 
Un autre temps-moi c'est le jeudi. Parfois, quand je quitte un travail et qu'un autre m'attend, si les astres sont bien alignés, j'ai un quart d'heure sans obligation. Alors je fais semblant d'avoir tout le temps que je voudrais, et je lis quelques pages des contes de Grimm, dans la voiture même une fois, comme si j'attendais l'inconnu. En goguette, c'est avec joie que j'ai trouvé de l'eau de coco à la grenade à la supérette du coin, mais ça n'étais pas si bon. Comme un chien qui ignorerait sa laisse j'ai une fois fait le tour du quartier, ce quartier de vieux qui sent la soupe et où surtout on peut admirer des chats se chauffant derrière chaque fenêtre. Ce temps-moi qui a un petit sens et qui vaudrait la peine. 

5 commentaires:

  1. C'est une drôlement chouette forme de châle ! Je note...

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  2. L'odeur de la soupe c'est toujours hyper humain comme odeur, une odeur vraie pas synthétique !
    C'est sympa ce châle sans pointe, il ne se coince pas dans la fermeture du blouson du coup ! Pour le vélo pas mal !

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  3. ce soir ici c'était soupe pommes de terre/ carottes/ navets / brocolis... et une touche de crème.
    une vraie soupe de mamie dont mon plus petit dit " encore maman!!!! "
    le chat lui, dort paisiblement sur la peau de mouton

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  4. Oui comme c'est bon de lire d'autres vies que la sienne.

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  5. je sens qu'il faut que je prenne du temps pour te lire, te lire pour de vrai, pas très vite en passant...
    si toi tu as le temps, je t'ai taguée !
    bisettes Clémence !

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et parce que c'est parfois frustrant de ne pas pouvoir s'en dire plus: tinoftea@gmail.com