Le radiateur est à fond et je passe une partie des séances debout, collée comme si j'allais pouvoir fondre. Je ne m'enlève que quand c'est vraiment trop et je me sais toute rouge sous les couches. Elles me font sourire ces séances debout, je me sens un peu comme une préceptrice qui ferait réciter des poèmes en grec ancien. N'empêche, la distance que ça propose est parfois bien accueillie, presque avec soulagement. C'est assez chouette de voir que les enfants ne me montrent que ce qu'ils ont décidé de mettre au jour. Pour certain en revanche ça n'est pas supportable, et eux aussi ils viennent se coller, mi à moi, mi au chaud. 

Dès que je m'écarte de l'ici et maintenant et que j'ai un moment pour me remettre à penser, je sens les larmes reprendrent leur place habituelle. Dans un mouvement de panique je dis je vais me moucher et je me concentre pour faire passer le torrent. Dans la bouche j'ai encore un peu cette théière de vanille bourbon, bue à la va vite, cette part de tarte au citron qu'il m'a fallu faire hier soir pour me dire que la vie peut aussi être jaune dorée même si elle est piquante. Dans la bouche aussi le goût des mots que j'aurais voulu autres, cette honnêteté que je n'ai pas toujours pour dire les sentiments les plus simples, les envies, l'étouffement. Peut-être que c'est aussi parce que ce serait inentendandable, et je me muselle par avance. 

Dans cette salle de travail un peu vide, qui résonne encore plus le mercredi car j'y suis sans collègue, je regarde dehors et discrètement je m'échappe. C'est une histoire de ciel bleu et de soleil, qui me donne envie d'aller me promener en forêt voire de m'y perdre un petit temps. Je fais semblant d'avoir besoin de me réchauffer, mais au fond sur ce trajet de la peine ça brûle, les lèvres chancelantes, la gorge serrée et le ventre recroquevillé.
C'est un peu dur que les pensées et les mots tournent sans réciprocité. Je voudrais vider mon sac et qu'on en ramasse les morceaux pour moi. Même qu'on me dirait non, non, laissez.
Je voudrais dire, parce que ça creuse en moi, mais j'ai peur des réponses qui ne tiendraient pas compte de ma drôle de vie.

Quand je détourne les yeux du soleil j'ai en face de moi un mignon avec un tee-shirt de monstre qui force le sourire. Il me dit non, moi tout seul et plus tard je le marquerai dans son dossier, peut-être même avec un point d'exclamation. Mais mi-figue mi-raisin c'est peut être un peu à moi que je penserai. 

2 commentaires:

  1. Dans mon bureau, au cabinet, il y a aussi un radiateur brûlant contre lequel je me colle parfois avec ma tasse de thé, quand c'est l'entre-deux. C'est un moment si court, à peine le temps d'une inspiration, je ferme les yeux, j'entends les enfants dans la salle d'attente, je me remets parfois à peine de ce que je viens d'entendre.
    Oh là là la vie en rose...
    Plein de pensées!

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  2. Dans le mien je suis obligée de couper le chauffage sinon c'est une étuve. Et ça manque un peu un endroit "au chaud" où se blottir entre deux familles, deux histoires, deux douleurs...

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et parce que c'est parfois frustrant de ne pas pouvoir s'en dire plus: tinoftea@gmail.com