J'aurais voulu que la nuit sèche tout ça, mais le lendemain matin les yeux étaient aussi humides. Ce fut dur de se lever avec tout ce qu'il fallait hisser au dessus de mes épaules. Je dressais involontairement la liste des détresses, de celle qui me donne envie de sortir de ce carcan de vie qui est bien être la mienne, on dirait. Parfois j'ai l'impression que ce serait un bobard qui durerait un petit peu trop longtemps. Et quand je me réponds que c'est bien pour de vrai, que c'est tout à fait la réalité ce qui arrive là, et que ça pourrait peut-être même durer, et bien c'est un peu l'effroi. 

De ma besace de complaintes, je pourrai tirer au sort à quel point c'est frustrant de ne pas pouvoir donner ces coups de fil que j'écris mentalement, auxquels on me répondrait t'inquiète pas ma fille, ça va aller. Cette impression d'avoir tant craché dans la soupe en partant dans un endroit où je ne peux plus faire mon travail comme je le voudrais, de n'avoir pas pensé à me préserver plutôt qu'à faire plaisir et à me sacrifier. 

C'est que sur une ordonnance imaginaire j'inscrirais volontiers mettre les pieds sous la table, enfin une histoire de les lever ces pieds là en tout cas, et me reposer un peu, que ce soit sur quelqu'un ou quelque chose de moelleux. C'est un peu ce que me réclament mes patients toute la semaine, et même qu'à la maison aussi on m'a mis de force dans la positon de celle qui allait assurer, et maintenant je suis bien prise au piège. Coincée de chez coincée, sans chemin de liberté de balisé. Pourquoi je n'aurais pas droit à une autre épaule que les miennes, moi? Je suis sûrement complice, parce que se convaincre de tout cela ça peut peut être nous porter quelques temps, quelques mètres de plus. Mais l'essoufflement et la lassitude sont là, je ne me supporte plus, et je me suis plus d'accord pour qu'on utilise mes épaules déjà courbatues. 

Dans mes tâtonnements pour me soulager je fantasme une cure de thalassothérapie, ou dans un spa, voire quelques jours à l'hôpital dans un service où les infirmières seraient douces, pour un petit bobo de rien du tout. Me faire un peu dorloter, c'est ça l'idée, et pour l'instant j'ai peur d'avoir l'impression que ça n'arrivera plus jamais. Un peu artificiellement, j'essaie de trouver tous les jours une chose que je fais parce que je le veux, et que cette raison suffise. Hier cette heure au lit avec Tolstoi, aujourd'hui cette marche presque au soleil pour aller au travail, où j'ai croisé deux coccinelles et un mignon chien. Je me rééduque, moi aussi, pour m'autoriser à ne pas plus me malmener que ce que la vie a déjà fait, et à trouver un peu de confort dans le choix. Quel travail. J'espère au moins qu'il me mènera au bord de la mer. 

10 commentaires:

  1. Tu pourrais venir ici, à l'abris des montagnes, pour te faire dorloter. Je te ferais du thé, un peu trop "floral" à ton goût. Alors pour me faire pardonner, je t'emmènerais dans cette eau chaude un peu salée, comme à la mer un soir d'été. Tu verrais des sapins gigantesques. Tu serais mon hôte, mon invitée sans obligation, sans sentiment de "redevable".

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  2. Un travail de chaque jour en effet mais qui en général porte ses fruits même s'il faut bien avouer que ça ne fait pas tout

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  3. Clémence, je n'en reviens pas à quel point ton écriture est devenue toi au fil des mois. Divinement belle, dinguement vraie.

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  4. Tu as le droit de dire merde, et tant pis si on t'en veut. Tant mieux même? Et si tu continues comme ça, je te ramène de force avec moi la prochaine fois!

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  5. Clémence se billet fait écho à mes propres lassitudes, et tu as le droit et même le devoir de lever le pied... pour te protéger...quelques jours sur ordonnance à la maison te ferait peut être du bien non?

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  6. hou!!!! comme tes mots m'inquiètent....

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  7. retiens l'idée de la thalasso, même si elle a coût. celui-ci sera vite oublié face au plaisir de se faire chouchouter loin du quotidien... haaaaa, tu me donnes des envies de cocooning !
    on part quand ?!

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  8. au bord de la mer ... je lis toujours un double sens ...
    il est déchaînée ce soir, mon océan du bout du monde...si beau pourtant...

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  9. Si un week-end tu veux venir voir notre cathédrale, la porte t'est ouverte...
    Si tu veux combiner un duo de laine pour le fun...
    Des bisous

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  10. Pense à toi et ne t'oublies pas poir les autres.

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et parce que c'est parfois frustrant de ne pas pouvoir s'en dire plus: tinoftea@gmail.com