Je crois que tout va s'arranger
Si arrive ce qu'il me semble ardemment désirer 
Mais ce ne serait peut être que de nouvelles occasions 
De rencontrer mon indécrottable solitude 
J'ai pour héritage un funeste destin
Et mon mirage est ce bancal dessein

J'ai rejoint depuis quelques jours, depuis celui du point final peut-être bien, la fille que j'étais et j'avais abandonnée pour me perdre auprès de ce garçon, il y a de ça tout pile dix ans. Je me souviens qu'elle se sentait bien seule et ne faisait pas trop vagues. Je l'avais laissée en plan, tout occupée que j'étais à faire office de proie parfaite pour ce sinistre garçon. Je suis surprise de la retrouver presque intacte, et j'ai un peu l'impression d'avoir le choix du chemin à prendre avec elle. La prendre sous mon bras, mais pour cela il me faudrait la tirer avec un peu de conviction. Ou la rejoindre, en apnée un peu. 

Les sensations physiques sont les mêmes qu'alors. Allongée dans le noir la nuit j'attends en connaisseuse l'irradiation du nombril jusqu'au cou, par vagues. Encore une fois, encore un remous. L'angoisse qui n'est soulagée que par les chemins crées par les petits ruisseaux d'eau salée, qui font comme des courants d'air quand ils passent derrière les oreilles et agrandissent une tâche plus sombre sur le haut de ma chemise de nuit. Pas tous les soirs, mais quand ça arrive c'est si familier que ça semble provenir d'une source qui ne se tarirait jamais. 

Je subis l'insoutenable inutilité de l'être. J'ai perdu les yeux qui me voyaient le plus justement. En plus de cette personne qui était plus convaincue que moi que je saurais être libre. Alors sans cela, j'ai un peu l'impression que je suis condamnée à subir. 

Autour de ces moments entre crochets, durant lesquels aucun autre quotidien ne semble possible, il y a le reste. Le reste-tangible, comme de petits cœurs palpitants semés sur mon chemin. On part vagabonder au musée Magritte, je regarde la couleur et le poèmes, on se fait coucou à travers la vitre. C'est toujours doux de singer une re-rencontre. Toujours des gâteaux à la courge, parfois avec de l'ananas dedans, parfois de la noix de coco. Le coiffeur tellement belge (soit -ma définition du moment- enveloppant et un peu chahutant- parce que les belges semblent préférer les filles aux joues rosés "il faudra t'habituer, et puis comment tu dis déjà...?" Et je ne cesse de gagner des cours de prononciation), donc ce coiffeur à la radio brésilienne qui refuse de me refaire ma frange, "j'ai l'impression que c'en est fini pour toi de te cacher", et qui me met les larmes aux yeux en me disant si simplement qu'on est celle que l'on est, "même si, je sais, jeune fille". 

8 commentaires:

  1. Gros hug .....tu me bouleverses et je ne sais que dire....

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  2. C'est pareil pour moi, comme Agathe je ne sais que dire, et je n'ai plus qu'un noeud en guise de ventre.
    Je pense à toi...

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  3. Oh Clémence,comme je voudrais te serrer dan mes bras, te dire à l'oreille " ca va aller, je suis là, ca va aller..."

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  4. il y a des gens qui aiment que l'on aille mal histoire d'avoir un pouvoir sur toi, c'est une forme de violence moins visible que les claques et bcp plus insidieuse. c'est assez dur et puis un jour sans que l'on sache pourquoi, on s'aperçoit que c'est fini, l'emprise est partie , le poids s'est envolé . chez certains ça vient tres vite, chez d'autres ça dure deux ans . on ne sait pas quand ça part, on ne sait pas forcement comment faire . ms le temps qui passe console de beaucoup de chose car sans s'en rendre compte, le cerveau epure, fait des tris , des oublis .....

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  5. Il est formidable ton coiffeur...c'est si simple et si complexe à la fois d'être celle qu'on est et surtout d'accepter d'être celle qu'on est....
    Tes mots me touchent Clémence....Je t'embrasse fort ....

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  6. Ca va aller mi pt'i fi.
    Et puis on a encore des thés (aux larmes) à goûter...

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  7. ou comment trouver un réconfort divertissant où ne venait chercher qu'un rafraichissement capillaire !
    une belle rencontre, et je crois que tu iras souvent épointer tes longs cheveux !
    pour l'avant, le passé qui s'accroche, je ne sais que dire... une autre promenade ? dans un air plus frais maintenant, mais toujours sous un rayon de soleil chaleureux. j'aimerai t'y accompagner un jour...

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  8. Je ne sais pas si c'est aussi à cause de cette jolie photo reçue, mais je trouve tes mots positifs. Même mouillés :)

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et parce que c'est parfois frustrant de ne pas pouvoir s'en dire plus: tinoftea@gmail.com