Couleur mer en colère


Comme dans une quête anthropologique, la nuit, une fois la lumière éteinte je lui demande tu te sens nul toi des fois? Une réponse un peu grommelée, je lui dis que moi je me sens en ce moment six pieds sous terre. Bien sûr que je voulais dire plus bas que terre, mais c'est encore plus savoureux avec ce beau lapsus. Donc en ce moment il s'agit de parler terre, d'être au dessous ou en dessous, de n'en avoir plus et de pleurer des racines, d'avoir cette lancinante impression qu'on pourrait me marcher dessus sans que le monde s'en trouve changé. 

J'ai un peu peur aussi de cette toile de fond qui m'accompagne. Comme un petit être presque insignifiant, mais qui me grignoterait de façon lancinante, alors que je crois que je peux encore vivre. L'obsédante sensation d'être si lésée, que je vais m'appauvrir encore et encore alors que le nombre de discussions que je ne partagerai pas avec eux, les parents, s'accroît. 

Un matin je me réveille sans que j'y sois forcée. J'ai encore les rêves de mauvaise mère/ mauvaise fille en tête, et je souhaite parfois tant quelques instants de répit dans ce combat que je semble mener contre la tranquillité. Il y a déjà une lumière humide dehors, et il ne fait pas tout à fait assez froid pour que j'aie à m'emmitoufler. La couche de feuilles dehors s'est encore épaissie,et j'ai hâte du moment où je me déciderai à passer un temps à tout ramasser, dans le froid et dans un gros pull, et le thé qui viendra après agir contre mes joues rouges. Je me prépare un petit coin devant la table jaune, parce que dans le salon dort un ami, et je m'y installe avec mes peintres scandinaves racontés, ma part de gâteau et une tasse assez grande pour ce genre de matin. 

6 commentaires:

  1. oh!!! l'angoisse me gagne rien qu'à te lire!!!!
    Comme tu décris bien, ce bonheur de s'emmitoufler et de traîner un mug à la main sans se sentir obligée de mettre le nez dehors.

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  2. Une toute grande tasse pour un thé aux larmes.
    Tiens, ce matin, le soleil brille.

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  3. Tu ne t'appauvris pas, je t'assure. Tu te sens vidée mais au contraire tu as l'épiderme ultra sensible. Il faut du temps pour que ça ne soit plus de la douleur pure, de l'angoisse.
    Bien sûr que ça fout les boules de discuter avec les autres de ce qu'on ne voudrait parler qu'avec nos disparus.
    Je pense à toi, bien fort...

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  4. des peintres scandinaves pour commencer la journée par de plus douces rêveries, avec un oeil par la fenêtre pour la projection dans le réel tout autour.
    c'est finalement un matin qui commence bien, nan ?

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  5. tu me touches tant Clémence, chéries les souvenirs...
    moi je pourrais encore en avoir des discussions, mais avec des mûrs c'est trop compliqué.
    Tu vois on est jamais satisfait.
    je te serre dans mes bras.

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  6. Beaucoup de belles choses à lire par ici.... Et comme je te comprends, je me sens si nulle si souvent. (Merci pour tes petits mots laissés chez moi.... )

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et parce que c'est parfois frustrant de ne pas pouvoir s'en dire plus: tinoftea@gmail.com