Maison de paille, de bois ou de briques


Comme pour me convaincre, je repère les choses qui disent tu es chez toi, ici! Je pourrai essayer de les compter, d'en remplir un cahier. Mais ce soir, le cahier inauguré, c'est celui des livres lus. Ça me manque drôlement de ne pas avoir cette trace là de mes parents, et non pas que je compte commencer à anticiper les dons à ma postérité ou à me penser mortelle, faudrait pas déconner , mais quand même, on passe un peu la vie à remplir des mémoires potentielles. 

Les choses, donc. Le bégonia n'a pas profité de nos vacances loin de nos yeux émerveillés pour faner. Le brave petit. Il est d'un rouge corail assez vamp.
J'ai reçu une facture. C'est pas drôle, mais ça compte quand même.
Le marchand de pains fameux m'a reconnue au marché, enfin pas le mien, mais un autre que je testais (de marché) (je me souviens du cours sur la mémoire où l'on disait que l'on se rappelle mieux dans le même contexte que celui de l'apprentissage. Autrement dit il faudrait passer ses examens à la BU ou réviser dans les amphis. Autrement dit il m'a encore plus reconnue que si l'on s'était vu au marché du vendredi). Je soupçonne que ce soient les lunettes qui ont joué l'aide-mémoire, parce qu'il doit en voir des bonnes femmes, du genre trop jeunes pour être appelées ainsi, mais quand même. 
Et c'est tout ce qui me vient à l'esprit. Les yaourts à la crème de marrons dans le frigo? Mais ça c'est plutôt indépendant de Bruxelles. C'est du chez moi déplaçable, un truc que je porte-sur-mon-dos-ma-maisonnette. 

Ça fait encore peu certes. Puis il y a souvent les larmes aux yeux, incongrues à souhait. À la mairie, quand c'est cacophonique, qu'on est renvoyé de bureau en bureau et pour rien. C'est d'un classique je sais, et si je me risquais à une formule élimée je dirai que c'était kafkaïen. Et puis même pas en fait, parce que Kafka c'est l'angoisse, et que là c'était la mélancolie, la tristesse aiguë. J'étais dans cette salle d'attente, avec un numéro entre les doigts, pour la troisième fois de la matinée. Trois numéros trois chances qu'on nous envoie bouler. Et j'avais tellement envie, d'une envie presque dictée par le corps, d'une envie qui fait se lever, trépigner, envie donc d'être dans un bureau coloré, un crayon entre les doigts ou un livre ou encore une poupée, avec quelqu'un en face de moi, en France. Quelqu'un qui me parlerait, ou à qui je chanterai quelque chose, parce qu'on ne pourrait se dire les choses que comme ça. Il y aurait des gens dans une salle d'attente, j'essaierai de ne pas trop regarder l'heure mais j'aurai peur d'être en retard, que ces gens qui m'attendant commencent à pester. Une routine connue, quoi. Avoir une raison d'être quelque part, plutôt que de m'être jetée dans la gueule d'un lion qui n'avait même pas faim de moi. 

J'ai aussi pleuré pour une sombre histoire de boîte aux lettres. C'est idiot n'est-ce pas? Mais pensez-y, dans sa ville natale par exemple, on sait toujours où se trouvent les boîtes aux lettres. Une au moins. Et bien ici, dans cette ville qui n'est mienne que parce que je peux l'écrire, un peu artificiellement, je me suis retrouvée infichue de mettre la main sur une boîte aux lettres. Je ne sais même pas de quelle couleur elles sont en fait. Jaunes comme chez nous? Rouges comme à Londres? Vertes comme dans un endroit chic? Alors je promène le chien, mon petit paquet de mots doux dans la main. Je n'ai pas encore trouvé quelque chose qui fasse sentir plus étrangère que de jouer à Où est Charlie pour une histoire de boîte postale. 

Ceci dit les timbres sont drôlement jolis ici. 

8 commentaires:

  1. Les boîtes aux lettres sont rouges ma poulette.
    A vite, je file petit-déjeuner.

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  2. Ca va aller, tout doucement...
    Et si tu t'appropriais la ville en découvrant ses jolis cafés ? Je crois que c'est un peu comme ça que j'ai fait moi... Il y a tellement de petites pépites !
    En tout cas, je peux être ta 'copine d'expo', de promenade, de cinéma, de tea time ou de que sais-je encore... Tu sais, juste histoire d'avoir un bon prétexte pour faire les choses, retrouver un regard connu, plutôt que rester en pyjama à hiberner.
    'Dis-moi quoi', pour parler belge... ;)
    Anne.

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  3. Patience , patience ma belle....quand tu bosseras , ce sera surement plus facile de te sentir au bon endroit. Et puis, il y a tant de jolis blogs de blogueuses bruxelloises, des futures amies potentielles, non?
    et puis il y a Mr C , F et le chat. Biz

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  4. "Mais quand même, on passe un peu la vie à remplir des mémoires potentielles".
    Tout à fait ......

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  5. Un petit lien pour trouver la boîte aux lettres la plus proche de chez toi :
    http://www.bpost.be/site/fr/residential/customerservice/search/red_boxes.html
    Ah, si tout pouvait être aussi simple, hein? ;-)

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  6. ah te relire...... tes mots tes photos et tu verras qd tu viendras dans la belle maison, tu y sera comme chez toi, la boite aux lettres est canadienne, et la haut c'est une jaune bien française même si on est un peu à l'étranger ici parfois!!!!

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  7. ben c est normal de pleurer qd tout change ...moi aussi j en ai verse des larmes a l arrivee ici ( et sans chagrin sur les epaules) je me souviens avoir pleure parce que je n vais pas parle a personne ( outre mon amoureux a 22h a son retour du travail !) pendant 5 jours d affile et que jmais jamais cela ne m etait arrive ;-)
    Tu vas voir les belges sont gentils et j ai hate que tu nous refasses des recettes dont tu as le secret...
    bisettes Clemence ... ca va aller, laisse toi un peu de temps
    Emma from SF

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  8. Ce texte me raconte quelque chose, quelque chose que je comprends un peu :-)
    Et tes petites images (très belles) me racontent quelque chose, que j'aime bien !

    J'ai tout de suite vue la brique dans ton paysage. Le dépaysement et la brique je comprends bien ;-)
    Je reviendrai faire un petit tour par ici de temps en temps !
    à bientôt

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et parce que c'est parfois frustrant de ne pas pouvoir s'en dire plus: tinoftea@gmail.com