Dans les faits






Des chansons idiotes dans la tête, enfin pas toutes, mais cotcotcodec rock'n'roll et gallinacées dès le matin... On a chanté le grand Jojo parfois, les chemins sinueux de l'intégration, et moi vivien Savage parce qu'il faut bien de temps en temps. Sous les jupes des filles, souvent. Ah et un peu de Bashung, même si ça me fait un peu mal parce que mon père...

Une virée pour aller voir de belles vieilles maison (mais y'a qu'une étoile -entendez dans le guide Michelin 1980-/ on s'en fiche ils ont en piqué une pareille pour la mettre au Victoria&Albert museum, ça doit quand même valoir son pesant de cacahouètes). Du beau donc, dans la belle vieille maison qu'on pouvait visiter, mais un peu vide. On s'est demandé ce que ça pouvait bien faire d'être le guide-gardien-caissier d'un musée-maison comme ça. Moi je trouvais ça merveilleux de pouvoir y habiter toute la journée en quelque sorte, mais lui plus prosaïque a trouvé que ça devait être très très ennuyant. C'est quand même vrai que le monsieur en question parlait beaucoup de la météo, et ça c'est un signe. 

Au marché vivant bien vivant on a vu les plus gros crabes au monde, ou peut-être bien de toute la Bretagne en tout cas. Le plus gros des gros m'a fait un clin d'oeil, sûr de sûr, et je me suis demandé si c'était un code pour dire "achète moi et sauve moi, arrache moi à mon destin!". Je ne l'ai pas fait, mais à cette heure-ci j'en ai peut-être la conscience alourdie... Les stands de légumes m'ont épargné ces dilemmes moraux, et j'ai été ravie d'y trouver de beaux et ronds potimarrons. On a aussi acheté des mirabelles, par pur chauvinisme pour lui, et pour la nostalgie pour moi. 
Je me souviens que le tout premier été que j'ai passé à Nancy, une amie de Besançon était venue pour m'aider à m'acclimater. On faisait les touristes, et bien docilement on s'était mises aux mirabelles. On faisait une tarte par jour tellement on aimait ça. Cette fille a disparu de ma vie il y a un an et demi, sans que je comprenne trop pourquoi. Elle m'a recontactée pour mon anniversaire l'an dernier, en me disant quelque chose comme "c'est pas moi c'est toi, je sais que c'est de ma faute, et plus je laisse le temps passer..., mais bon j'assume". Enfin ça m'avait laissé les bras un peu ballants. Et malgré ma réponse ça n'avait pas repris, en quelque sorte. Ce soir je lui ai envoyé un mot, pour lui dire pour Bruxelles, pour papa. Je me suis dit que c'était peut-être abrupt comme "retrouvailles" (qui n'en seront peut-être pas) mais après je me suis oh puis mince, c'est la vie qui est abrupte avec moi. J'en ai marre de prendre des gants ou des pincettes ou même des pincettes avec des gants. C'est trop fatiguant et moi je suis trop fatiguée. 

Je marche tous les soirs, de l'eau jusqu'aux genoux, dans notre belle baie en forme de demi-lune. C'est l'heure à laquelle l'eau monte, alors au fur et à mesure je me décale un peu, même si je finis toujours par être éclaboussée. Ça fait presque partie du plaisir, une vieille odeur de sauter à pieds joints dans une flaque d'eau. Je marche, je marche, et je vois parfois quelques gens tranquilles me regarder. Je me demande un peu ce qu'ils peuvent penser, de cette jeune femme toute seule qui marche tout droit tout vite, d'un air de celle qui saurait où elle va. Elle n'a pas vraiment l'air d'ici, encore que. Elle est habillée en rose, en rouge, en jaune. S'ils savaient. S'ils savaient ils verraient peut-être bien la même personne, mais moi je doute, le miroir déformant me guette. 

Je crois que nous reviendrons délestés du thé Des sales gamins que j'avais emmené (caramel, chocolat, rhum!). Il va plutôt bien avec toutes ces cajoleries qu'on grignote/ déguste/ dévore/ picore ici. Il faudrait en dresser une liste et nommer une armée de chats avec ces noms aux effluves de beurre, de sucre et de doux. 
En revanche dans mon sac il y aura une nouvelle huile magique anti-âge et un tee-shirt imprimé de renards des plus seyant. Mi pomme fripée, mi jeune pousse, quoi. 

10 commentaires:

  1. Ca crépite comme des bougies d'anniversaire ici !
    Tu écris vraiment super bien, cette histoire de crabe qui voulait être sauvé, et de légumes plus amorphes, c'est super beau et bien pensé et bien dit (et bien marrant aussi).
    Pour la copine, t'as bien fait de la recontacter de façon abrupte, au moins elle est dans le vif de ta vie, alors que si ça avait été moins abrupt peut-être que vous n'auriez pas réussi à savoir à quel moment recommencer à vous raconter franchement. Si vous êtes toujours sur la même longueur d'ondes je me dis que ça doit marcher, que le dialogue doit pouvoir reprendre comme ça et sans gêne.
    Avant, mon fruit préféré c'était la framboise et puis un été, on a passé trois jours en Bourgogne et dix jours à Lons le Saunier et aux deux endroits on nous a servi des mirabelles et c'est devenu irrésistible pour moi, c'est le fruit qui dépasse tous les autres ! Je comprends le chauvinisme du monsieur !
    Heureusement qu'il reste tout le thé aux abricots à boire en revenant.
    Je t'embrasse ! Bonne journée !

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  2. Tu parles de prendre des pincettes alors que par ailleurs tu t'apprêtais à libérer un crabe. Cette histoire de pinces m'interpelle...

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  3. Je trouve que tu racontes toujours aussi bien les petits plaisirs de la vie, et la vie tout court en fait. Et je pense que c'est quand on sait savourer (ou simplement voir) ces petits détails qui font sourire la vie qu'on arrive aussi à sourire, même si parfois c'est beaucoup plus dur.

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  4. mirabelles !
    j'ai pensé à toi samedi, quand après en voir trouvé de bien dorées au marché, j'ai pâtissé des petits cup cakes tout aussi dorés avec elles !
    j'imaginais t'envoyer la recette bricolée, et puis...

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  5. Contente de sentir dans tes billets, même si ils ne sont pas aussi légers que ça, un peu de sérénité.
    Moi si je te croisais en rose, rouge et jaune, je te trouverais certainement pleine de vie et d'envies malgré tout...
    Je t'embrasse.

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  6. Oh mais quelles vacances ! ça fait du bien à lire tout ça :-)

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  7. yep! total contente !!mais peut-être pas toi....

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  8. je venais te faire des bisous...je suis contente de lire que tu as eu un peu d eau et d embruns, de vagues et du cidre.
    J espere que la vie s installe a nouveau doucement dans un nouveau chez toi. Hate que tu racontes un peu .. un petit peu... qu on voit tes bouts de fils et des mets aux gouts epicees comme toi seule sait les concocter. Bises toutes douces de mon ocean a moi
    Emma from SF

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  9. redonne envie de la mère et pr le répertoire chant ben on pourra se faire le rockenroll des gallinaacés!!! t'es vraiment agréable à lire!

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et parce que c'est parfois frustrant de ne pas pouvoir s'en dire plus: tinoftea@gmail.com