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On me dit plusieurs fois en quelques jours moi je n'aime pas la période des fêtes, voire je déteste! On pointe du doigt la consommation, les repas trop longs, et le foie gras pas correct. Moi je réponds comme une gamine que j'adore, que le père Noël sans mentir pour autant on peut s'en imaginer des histoires et lui tricoter une longue barbe. Dans un immense bol en verre repose la mincemeat pour la nuit. Demain elle mijotera puis je la mettrai en pots, certains à offrir (avec une petite notice pour les néophytes!), les autres pour nos mince pies à nous. Il faudra que j'essaie cette recette de barre "de céréales" avec aussi. Je commande un sapin pour le bureau, et même une étoile pour mettre à son sommet, je crois que ça va être bien agréable ce mois de décembre là bas! On a commencé la saison des sorties chaleureuses de nuit, entourés des lumières et c'est sûrement ce week-end ailleurs qui nous a mis dans cette ambiance pré-fête. On est allé goûter à droite à gauche, des pains au chocolat et aux biscuits roses, une tarte aux poires et aux amandes, un gâteau au chocolat et à l'orange, et même des muffins à la citrouille mais là vraiment je n'avais plus de place. C'était important ce qui s'est passé là bas, j'y ai laissé des valises pleines de cailloux voire de serpents. J'ai retrouvé des pulls en laine et des gants en cachemire que j'avais offerts à ma mère et j'ai maintenant mille moyens d'avoir chaud quand ça souffle dehors-dedans. 

On mange quand même un peu de curry ou on dîne de gaufres? On a choisi, et sur la table les petits bols de morceaux de banane, de poire et de clémentine ont été vite mangés. Il fallait bien fêter ça, et j'adore la façon dont on se fait une fête de la moindre belle assiette ou recette à honorer. Un morceau de brouillon nous raconte au crayon de papier ce qu'on mangera dans les prochains jours. J'oublie des lettres et on ne sait pas si c'est un a ou un o dans ce mot mais je sais que ça dit pâtes tomates/pois chiches, pear & stilton gnocchi, red onion tart, tacos à la citrouille et à la feta, asian chicken broth (un inédit que je suis excitée de tester!). 

On amène une tarte à la citrouille, façon Thanksgiving, chez les copains. On la partage après la meilleure salade de lentilles du monde, c'est le titre de la recette et je suis d'accord, et une de leur citrouille au lait de coco. Tout est bon et j'ai l'impression d'être à l'endroit qu'il me faut exactement à cet instant là. Chez eux il y a des citrouilles absolument partout, c'est un Pâques vert-orangé, et les enfants ont le doigt continuellement pointé vers les nouvelles qu'ils découvrent à chaque coup d'oeil: en haut des bibliothèque, sur le bureau.... c'est un peu fou et terriblement appétissant. On n'a pas le choix, ça se conserve à la lumière et à la chaleur! On leur laisse les garçons une petite heure le temps d'un tête à tête un peu forcé mais très apprécié, ça ne nous arrive jamais et c'est rigolo de se retrouver. Toute façon l'un avec l'autre leur phare est toujours bien allumé. On se dit souvent tu imagines si Pépin allait à l'école, les séparer toutes ces heures? (Et on nous dit qu'ils s'y habitueraient, et oui, mais rater ces partages là... et on nous dit que ce serait pour en troquer d'autres, et bref, je pensais y échapper mais il a fallu "argumenter" ces derniers temps et ça m'a chamboulée. C'est notre mieux pour l'instant, ai-je conclu, en m'en voulant de concéder un pour l'instant, presque comme une excuse). 

Il y a beaucoup de siestes dans cette histoire là, et des petites attentions pour me faire gagner des minutes de sommeil par ci par là qui me font très plaisir (et beaucoup de bien!). Je me rendors des yeux ouverts nocturnes avec ce polar islandais, ça parle de neige, beaucoup, et je suis jalouse. Je n'ai pas deviné la fin, je n'essaie même pas vraiment. Je finis un tricot rose grisé, pour moi, et je rattaque un gilet dans la foulée. C'est pour une petite fille mais il sera peut-être vraiment trop grand, peut-être que ce sera empaqueté au pied du sapin pour Pépin finalement... je verrai quand j'en serai aux manche. La vie si simple que la dire à voix haute me fait parfois faire un peu la moue, mais...

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Les champs et les prés sont blancs, et ça faisait déjà plusieurs matins qu'il me fallait gratter la voiture. Plus tôt, toute seule à la table, je m'étais réjouie de manger ma tartine (beurre demi-sel et groseilles) en voyant le jardin plus autant sous la nuit que les jours précédents. L'imper à fleurs était remonté et j'avais descendu mon duffle coat en échange. Plus tard depuis le cabinet où le chauffage est en panne je l'appelle pour le supplier de venir me déposer un radiateur en bonus, c'est vraiment une torture ces journées chair de poule qui passent d'autant plus lentement. J'y gagne un pain au chocolat et l'attention fera glisser plus vite les heures un peu trop pleines. Je signe quelque jours plus tard pour un bonus ni très raisonnable ni très essentiel dans la future salle d'attente, avec une grande joie. J'ai envie que les gens soient heureux de venir! J'en serai presque à compter les heures tant j'ai hâte, sur les petits papiers on décide du sens du carrelage, et le canapé, il tiendra là? 

Autour de la table, des cartes et des tasses tout éparpillées, je me demande à haute voix ce qui serait pénible dans leur vie. Je suis contente d'avoir à lui demander, lui, s'il trouve quelque grain de sable dans leurs vies? A 1ère vue non, pas d'évènement récurrent qui fait râler, et c'est quand même bien joyeux de se dire que le quotidien ne râpe pas. Plus haut, dans la vie de grand je peux trouver plus facilement, c'est l'usure peut-être? Pas déjà si? J'aimerais leur dire qu'il n'est pas obligé qu'il en soit ainsi pour eux. Les grincements de dents, de nuit yeux ouverts ou d'empathie moins moelleuse au travail en ce moment. La douceur en échange c'est les livres de recettes qu'on regarde au lit le soir lui et moi et les bains à la pistache. On se dit qu'on aura toutes les branches qu'il nous faudrait pour le calendrier de l'avent dans le jardin, j'ai hâte de ressortir les emporte pièces. 

Je nous fabrique une potion magique délicieuse, elle rejoint les baguettes, le beurre et les sacs en papier qui causent très doux moments et petits doigts qui collent. Je suis heureuse de ces matins où tout est confortable, des mots jusqu'aux tartines qu'elles soient grillées ou pas, au Nutella surmontées de confiture au citron comme dans l'assiette d'Odilon qui n'est pas à une gourmandise près...  Les matins qui suivent sont plus solitaires mais aussi potionnés, trop contente de ma trouvaille et de son goût encourageant et réconfortant à la fois. J'y retrouve le gynécée plein de mots et de câlins d'enfants. Je rentrerai plus tôt qu'eux (rarissime!) et je ferai le chou rouge au bacon et aux pommes dont j'ai la recette en tête. On parle gaufres par messages, on a été reçu chez des copains avec une version à la citrouille, il me rappelle mes "envies cracra" précédentes, les gaufres toutes rectangulaires au "fromage" (sic), dans une presque autre vie. Ils se moquent de moi quand je raconte mes fantasmes de chicorée et de yaourts après chaque repas, de tartines de margarine. Mais si vous savez, ce côté rassurant! Comme des souvenirs d'enfance trafiqués. 
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#42








C'était son anniversaire et j'avais réclamé Etretat. On avait un peu besoin d'une pause à 4, dans les cinq jours montagne-russes. Et il faisait beau, et on avait faim. Sur la route on a dit quelque chose comme on est bon en excursion nous non? qui racontait comme on avait du plaisir à être sur la route, à guetter les bas côtés et les maisons dans lesquelles on peut imaginer de drôles ou de jolies vies. On s'est demandé quels goûts auraient ces paysages à Noël, sans être sûrs de s'y projeter vraiment. Il est tard mais pas encore assez pour ne pas avoir envie de moules, et même d'une soupe de poisson, non? Odilon mange la rouille avec les doigts et le pain est si bon qu'on oublie de le tremper dans nos bols. On n'a plus trop de place pour les moules mais leur odeur de cidre est bien tentante malgré tout. C'est son anniversaire et il n'a toujours pas décidé de son gâteau. Je vote pour une tarte tatin, c'est trop le pays du caramel pour ne pas en avoir envie. De la crème fraîche aussi, tiens. On partage une grande maison devant laquelle je ramasse un énorme sac de châtaigne, aidée des garçons. Les germées sont mises de côté pour la maison, même si on m'a dit que les châtaigniers, par chez nous... 

J'étais à Lille un peu avant, sous la pluie, chaussée de mes bottines préférées qui glissent. Je m'ennuie un peu à la formation pour laquelle je suis là, ou plutôt je suis un peu ennuyée de ne pas partager les raisons qui nous y amènent avec les autres. Puis la salle est trop petite, et les jeux de rôle trop nombreux me font un peu plisser le nez. Le midi je file aux bonnes adresses que j'ai repérées. Je suis invitée au restaurant et ça flatte la mamie à qui ça n'est pas arrivé depuis longtemps que je suis. Je glane une tarte à la raclette et aux patates douces à manger dans ma chambre le soir, des Christmas issues de magazines britanniques sur les genoux.  C'est agréable mais un peu mélancolique ces beaux pavés brillants, j'ai mal aux mains de porter tout ces sacs et un peu trop mangé je crois. La suite des montagnes russes c'était un gros trajet en train pour les rejoindre, sans trop me forcer ça aurait pu sonner comme une grosse pause tricot. Mais les gens étaient trop nombreux, la barre sur laquelle je me suis cognée la tête deux fois trop dure et les toilettes trop fermées. 

Toute la grande journée bureautée j'ai envie de soupe. Le froid de mes mains appelle un bol à tenir comme un totem. Je sais qu'une sucrine et un butternut attendent sur le plan de travail, et peut-être que les trois petits poivrons auront rougi. J'entends mon tricot sur les genoux les gens s'expriment avant de penser, les mots sont spontanés mais pas pensés, évoquant la différence entre un livre et ce qu'on peut jeter comme mots par ici ou là bas. L'autre moitié de la butternut devient une tarte, je malaxe la pâte avec sa cuillère à soupe de vinaigre de cidre pendant qu'ils travaillent autour des grandes lettres rugueuses. D'un coup ils ont remarqué qu'elles étaient partout, les lettres, et il n'y a plus que ça qui compte. C'est mercredi! qu'ils disent en pointant un doigt enthousiaste, voulant dire qu'il y a écrit quelque chose. On suit les envies, sempiternel crédo. Les envies de beige et de rose poudré, moi qui était si vert, bleu et jaune. De famille et de retrouvailles. Les petits matins stollen et thé noir à la fleur de sel, assez bon pour effriter mes bonnes résolutions tisanières, encore des bonheurs de doigts qui se réchauffent, je me dis aussi qu'il faudrait quand même que j'apprenne à faire du feu dans le poêle. Mais c'est un peu le même plaisir que de se faire inviter au restaurant, de se faire proposer un beau grand feu.