Le marché de Noël était passé, on avait cousu et tricoté, un peu été dans le froid mais avec une tasse de soupe polonaise à la betterave entre les mains. A la fin on avait dit qu'on partait, mais en fait pas vraiment. Les petites oreilles trainaient mais c'était bien de cheminer ensemble à haute voix, nos manteaux sur le dos. En rentrant on avait continué à parler, tard, mais c'était bien de retrouver tous ces mots qui n'ont pas de place dans nos journées petites mains, ces moments qu'on doit voler au sommeil pour être entiers. Il me dit, tu connais toi la salutogenèse? Une nouvelle petite porte s'est ajoutée à notre maison du fond des bois, autour d'une table et de belles plantes, Melchior et ses lutins sur le tapis elle avait dit ça pourrait être à mi-temps aussi!, et tout s'était éclairé. J'imagine, un peu, mais ça sera sûrement encore mieux en vrai. 

Quoi d'autre? Le matin tellement brumeux, presque l'impression d'être ivre. Ça fait pas un peu cliché d'être nulle en lundis? Le 1er patient de la semaine est toujours en pleurs, le 2ème a des poux qui attaquent le bureau, et ça va plutôt crescendo ensuite. Avec E. on fait une cordelette, mais c'est dur. Je regarde dans le vague au moment de faire les menus de la semaine, on pourrait pas acheter des barres énergétiques pour tout le monde? J'aurai envie d'installer une petite mangeoire pour nous aussi. Mais les mamans ne font pas ça, si? Dans la voiture ils chantent, par dessus les Beastie boys qui me tiennent éveillée. Les mamans ne font pas ça, si? Le soir dehors le croissant de lune si brillant nous amènera tous dehors, et nos doigts pointés à tous vers le ciel seront tout ce qui compte aujourd'hui.

Le calendrier de l'avent égraine ses douceurs, la journée est enrobée de lumière, entre les "bons" du matin qui accompagnent les petits chocolats et l'histoire du soir qui nous tiendra jusqu'à St Nicolas puis jusqu'à Noël. Le sapin attendra le bon du 10 décembre, ça nous va bien d'aller doucement. En bottes je vais jouer dehors avec Orgeat. Dans l'après-midi on pique-nique, Melchior endormi et nous deux côte à côte sur le banc. En rentrant du yoga je pétris la pâte des maneles pour demain, des baies de goji pour le sourire c'est très bien. Ils ne veulent pas cuire et me tiennent éveillée tard, un conte de noël de Dickens à la radio écouté en petits morceaux, entrecoupé de mes aller-retour vers le four... Ils rajoutent un emporte-pièce étoile en haut de la crèche, on découvre ça le soir en descendant du coucher, ça nous plisse les yeux de joie. Demain ce sera bon d'attendre qu'ils rentrent, nous en forêt le matin ses joues douces sous mon nez tout chaud dans le porte-bébé, notre dinette à deux de riz et de petits pois, mon petit temps à tricoter une chaussette pendant sa sieste... puis entendre la voiture et filer dehors les accueillir, puis tremper les brioches dans le lait chaud en  attendant St-Nicolas. Lumière partout. 












On était 15 à la maison et à 3h et quelques je suis partie sous une couverture sur le canapé. Quelqu'un faisait la vaisselle et non non vraiment oust on la fera demain. Orgeat a le museau sur mon bras et j'essaie de me greffer sur ses petits ronflements. Une petite grotte de laine.

On fête la St Martin et il y a des lanternes partout dans la cour de l’école, ça réchauffe la nuit et le froid. Je me sens tellement heureuse à regarder mes têtes blondes et rondes que cette saison-terrier commence. De la chaleur dans nos maisons et dans nos cœurs. Le matin, mon mardi chez qui je vole un how precious petit-déjeuner en presque solitaire, je me lève et le feu éclaire le salon. Je me sens si chanceuse dans cette lumière, presque jour mais pas encore assez pour qu’on soit obligé de dire que la journée a commencé, le dos tout chaud et les mains autour du thé à la châtaigne. Il va rentrer et ce sera à moi de repartir mais j’ai trente minutes à étirer devant moi... le soir à la fête j’aurai envie d’avoir mes petits tout près, je suis surprise de ressentir ça. Melchior est bien au chaud sous mon manteau, un petit nez retroussé qui dépasse du béguin, et encore. On est en petit comité et ils sont beaux à galoper avec leurs lanternes, dans leur petite bulle d’enfance. A un moment, quand vraiment nous ne sommes plus beaucoup et qu’il va être temps de repartir je les regarde ensemble tous les deux seuls autour du feu, plus collés que côte à côte. Mon petit pincement n’est plus, et on retrouve très vite notre terrier. On dîne de tartines de morbier au four, ça chauffe pendant que leurs petits mollets nus devraient enfiler leurs pyjamas. On a quand même le temps de lire deux livres même s’il est tard? 

Je pense au trop trop trop qui brouille la vue de nos enfants, à l’énergie que je dépense à amortir nos pas, nos mots, les 4 piliers en pense bête dans la cuisine. Horaires, rythme, environnement, filtrer le monde des adultes... un soir ridicule révélation, charité bien ordonanablabla... ah oui et mes trop alors? Ce sentiment de petit vélo qui dérape qui sort de sa boîte chaque soir quand je suis enfin allongée. Qui t’arrose, toi, drôle d’herbe un peu ortie un peu liseron? J’essaie de panser les battements trop serrés, de leur dire d’être raisonnable. Pourtant je suis venue à bout de mes compte rendus, et puis mon rêve d’emploi du temps, j’y arrive tu vois, j'en ai même pas rajouté partout, j’y arrive tu vois. Tout ce temps dans lequel je peux inpirer aussi longtemps que je veux ou presque. Je vais presque toujours au yoga le jeudi. Les lutins pour noël avancent bien, et j’ai fini une paire de chaussettes et une autre de mitaines pour moi-même. La semaine de menus tout simples tout douillets est affichée. J’ai toutes ces preuves de vie douce sous les mains et les yeux et il y a toujours cette petite souris apeurée en moi, quels zigzags fait-elle? Ma tête sait, mais pas encore mon corps? J’ai baissé mon seuil et je me noie dans une goutte d’eau? Ou alors ce cartable du bien faire pèse aussi lourd quel que soit le manteau sur lequel je l’enfile. 

Sentiers battus. En un coup de fil je suis projetée à terre et en arrière. Après je rêve bien sûr d’urticaire, je me sens contaminée et dans l’urgence de m’en purger, sans trop savoir par quel bout  commencer. L’image du tai-chi, respirer et accueillir la lumière, marcher dans le petit matin froid jusqu’au bout de ce village et revenir en soufflant. Faudrait peut être que je jeûne 24h? Je ne suis même pas en colère tant ses mots me semblent maudits. On me dit qu’elle a choisi sa vie, son camp, son rapport aux autres. Peut-on faire le choix de la misanthropie? J’ai un fantôme qui vient parfois m'embêter, celui de la solitude et de l’abandon. Je ne sais pas si je suis bonne à me fabriquer une famille de cœur, le corps oui je sais faire, même (surtout?) sans y penser. C’est un peu elle qui me hante, 2 générations au dessus de moi. Quelques gouttes d’elle en moi et ce que je vais en faire. Quelques gouttes d’elle en moi et s’en défaire. 



Il avait un tatouage qui disait fuck off dans le cou, et quand il m'a serré la main ça a duré juste ce petit temps en plus qui dit plus qu'au revoir. Le mardi on va acheter des légumes à A, à 2 villages de chez nous. Il connaît nos prénoms, celui là je ne l'oublierai pas!, et est passé chercher des courges chez un copain, je me disais que tu serais contente. Après à la chèvrerie, ils disent là c'est le jardin d'enfants, et là c'est chez les grands. Tu serais laquelle toi Pépin? Ma préférée c'est celle sans cornes. C'est peut-être un chien même. Odilon va demander s'il peut leur donner le trognon de pomme qu'il a mangée, on se fait croquer un petit bout de manteau. Dans la cuisine des poussins et un chaton, des énormes flaques dans la cour. J'ai comme une petite mer dans mes bottes! On rentre beaucoup plus tard que prévu. Pendant que ça s'agite en haut vite je touille le coulis de tomates. Plus tard sur du pain avec du cheddar et par dessus un oeuf. Odilon retrouve le doudou-bis de Pépin que j'ai crocheté intensément en rentrant de vacances, et on saute tous dans les bras l'un de l'autre pour fêter ça. 

Odilon nous parle de quelque chose qu'il a aimé et qui était « beau d’une jolie douceur ». Comme les oiseaux qu’ils me font remarquer le matin sur la route, ce poulain avec sa maman pas loin sûrement et ces innombrables feuilles. On marche dans des chips! En balade à dos de poney, toutes ces toute petites pommes et ces feuilles mortes qui nous cassaient presque les oreilles. J’avais presque oublié que Melchior était dans mon dos mais il me caressait l’épaule de sa main, comme sans y penser. Ces caresses ténue et constantes qui fait qu’on est 5 et 1, et l’inverse aussi. Les enfants passent dans nos vies, ils ne sont pas à nous

Le soir ça pique juste en mes côtes. Je ne sais pas pourquoi mais je sens l’angoisse tournoyer se fixer sur telle ou telle idée pour faire comme si elle avait une raison d’être. Je pense à l’année prochaine s’il acceptait cette offre de l’école, aux sous avec mon rythme tout mini de cette année, la peur de tel bobo. Et parfois cette sensation d’urgence à ne laisser aucune miette de ces temps si fugaces et heureux de notre vie. Les boucles et les cous chauds, les mollets ronds et les histoires aux détours qui donneraient le tournis, ces caresses sur les joues grappillées à coup de fausses excuses. A quoi peut ressembler la vie quand ces bonheurs ne sont plus quotidien? Je connais la vie par couches et que la prochaine, d’une autre couleur, sera bien appelée vie aussi. Mais dans mes côtes ça pique quand j’y pense, cette nuit là. Petite fille pas loin je me rends compte que je m’endors mille fois plus facilement quand il se couche après moi, alors que je lui dis toujours tu viens vite? On dirait que j’ai besoin d’être veillée. Nostalgie insatiable d’être endormie sur la plage arrière ou sur un canapé, quand on entend encore les grands parler mais que ce fond n’est qu’une berceuse. Feeling safe et ses méandres. 







Une soirée toute seule, commencée tard. Le tapis de yoga sous les yeux, mais j'avais toutes ces pommes et autres automneries à tricoter. La fête du lendemain, je n'arrivais pas à y penser sans avoir le mantra je n'ai pas envie je n'ai pas envie en tête. Et la crispation de tous les nuages-souvenirs de ce qui m'est arrivé lors de mes j'ai-pas-envie/aller-si-je-me-force. Ça gratte, ça tourne là haut, je fais mal semblant et mes racines fragiles ne supportent pas le moindre vent. Je finis quand même sur le tapis, mes jambes marchent maintenant mieux que ma tête, je coupe le son de cette américaine qui m'encourage à coup de you go girl, je réécoute cette fiction de Dickens sur France Culture, je ris de m'imaginer vue du dessus. N'empêche que je ne peux plus faire sans ces soupapes et qu'un peu ridicule dans le bain je lui dis touche, touche, en dessous c'est un peu dur! en pointant mon ventre de maman(s). Je pense en frissonnant à mon soulagement parfois de n'avoir pas (encore?) de fille à qui léguer cet héritage, toutes ces histoires de corps piquants au dessus de moi, mon travail hoquetant pour enlever la poussière de mes épaules. 

Pendant quelques jours il n'y a rien qui me plaît tant que des tartines de beurre à la confiture de mirabelles. Les faire, croquer dans les couches, trouver que c'est la meilleure chose au monde avec une pointe de surprise à chaque fois. Je suis une fille à marottes, je peux m'obséder des jours pour une assiette, une musique, quelqu'un même. Je m'en repais puis, ça passe. Un jour j'ai réalisé que j'étais une fille qui quitte, moi les 8 ans empatouillée avec un pervers narcissique. Je cogitais aux je ne t'aime plus, tu m'as déçue, oust que j'avais reçu dans la tête, je n'arrivais pas à me défaire de cette collante sensation de victime sentant que ça n'était pas la bonne taille pourtant. Puis s'est dessinée la constellation de toutes ces ruptures, ces rendez-vous, ces relations qui d'un coup pouvaient me sembler contre nature ou presque. Je quittais, je disparaissais. Je peux encore aujourd'hui me sentir vulnérable, j'ai peur si quelqu'un m'est trop précieux. On pourrait me quitter, je pourrai partir, je sais que les gens disparaissent. 

D'autres matins j'ouvre un pot de prunes-raisins-gingembre, cuisinés sur un coup de tête. La couleur est jolie, et j'aime les petits pépins qui se sont faufilé malgré tout. Je repense à ce baiser spontané sur ma joue, sa main dans mon dos, instinctif et un peu hors des clous, presque se dire ouf personne ne nous a vues. J'y pense dans un demi-sommeil alors que je me rendors après un réveil Melchioresque, Pépin tout contre moi parce qu'il avait froid dans son lit.  Une amie vient et il faudrait que je commence les cookies au thym. Les aubergines grillent au four, pour ajouter aux lasagnes à la courge. Le mardi on va chercher des légumes à deux villages d'ici, la toute petite table et ce gars aux yeux qui furent bien bleus un jour. Je voudrais discuter plus. Il a eu mille vies ça se voit, alors qu'on a peut-être bien le même âge. Il n'y pas tant besoin, en vrai, j'imagine et ce qui compte c'est ce qu'il me raconte ses blettes et les courges rares car pas pollenisées cette année... Un jour sûrement j'arriverai alors qu'il remballe, peut-être un jour de pluie, et abrités sous le préau de la toute petite mairie on fumera une roulée ensemble. Discrètement, tout délicatement, une mamie lui a déposé un sac de victuailles derrière son étal. Elle avait mis du Nesquik et des Danette au chocolat parmis d'autres choses. Ça m'a piqué dans le ventre tout ce que ça racontait ce chocolat en poudre trop sucré de goûter de mercredi après-midi pour ce gars plein de tempêtes. 








Je verse la dernière louche de pâte à crêpe dans la poêle, la porte est ouverte et j’ai trop chaud. Au dessus je les entends, les savoureuses exclamatations de joie et les propositions. On dit qu’on met un lavabo ici, que c’est sous le toit. Je suis un peu jalouse de ne pas être en haut avec tout le monde, mais j’ai au moins le plaisir d’être une témoin petite souris. On installe le nouveau lit d’Odilon, jaune joli, et le nouveau projet qui se greffe à la liste qui parfois nous enchante parfois nous fait tomber les épaules, un peu hagards. Chacun son petit coin, pour la nuit, avec des cabanes en bois. Et même une fenêtre et un portillon chacun! Va pour les fenêtres, ce sera bien gai de leur coudre chacun un petit rideau.

Soudain j'ai tellement tellement envie que cette journée là se finisse. J'ouvre mon agenda tellement de fois, vérifier la suite, je compte les rendez-vous. Je propose ce travail là, oui la boite jaune, pour motiver tout le monde mais je n'y suis pas vraiment. Dans la rue j'entends les garçons faire du vélo, par les fenêtres sur le jardin je vois les grosses fleurs jaunes des courges. Un pincement, le potager n'en a même pas le nom cette année, elles sont loin les aubergines du 1er été ici! J'ai été des mois à dire comme une fumeuse qui dit qu'elle arrête demain que, aller, plus qu'une , une semaine trop dodue comme celle-ci. Mais là si, quand j'ouvre mon agenda c'est bien les semaines dans lesquelles tout a de la place, la salopette d'Odilon, les semis du jardin médicinal, le doudou de Pépin à re-crocheter. Et les balades d'Orgeat, joie! Je lui raconte toute fière mon petit système pour être sûre de ne pas rajouter de rdv au delà de ce que j'avais prévu.  Pourquoi je n'ai pas pensé à ça plus tôt? (Parce que ça prend du temps de se laisser tranquille, sûrement) 

C'est le dernier dimanche avant l'autre rythme et je suis toute seule avec Melchior, comme tous les matins. C'est le temps où Orgeat a envie de courir jusqu'à la lune, ça déborde un peu le bébé sur la hanche, la porte à ouvrir et les gratouilles à faire derrière les oreilles. Le temps parle des mois à venir, c'est parfait comme ça. Les feuilles déjà un peu différentes et le frisson de l'herbe froide quand elle est encore pleine de la nuit. Je laisse quand même la porte ouverte pendant les tartines, la confiture de mirabelles toute fraiche. Dans un dialogue intérieur je décide que le dimanche, la confiture par dessus le beurre salé, je peux. J'ai bu mon petit lait d'argile, mais je ne suis pas allée cueillir des orties pour la tisane. Plusieurs tasses de ce thé noir à la mirabelle, pendant que le crumble cuit. Plus tard ce sera le soir, les épaules toutes fatiguées et la chienne qui ronfle, le coucher qui n'en finit pas et les mots doux qui se coincent derrière la fatigue. Mais avant dans la forêt chacun a cherché le meilleur bâton pour avancer, Orgeat petite bergère qui faisait des aller-retour entre nous. J'ai coupé les branches au fond du jardin qui me piquaient depuis longtemps les yeux, ça ressemblait à une petite cachette sous les feuilles et le bois qui tombaient, dans laquelle tour à tour me trouvent des petits blonds et un museau pointu, puis les deux rayés bien assortis. Seule mais pas trop, le beurre et même la confiture. 









Savoir faire, ça amène une certaine paix intérieure. Quand j'entends ça c'est vraiment la nuit, dehors les chouettes et mes quatre endormis. J'ai mon mohair, coloris sauge, sur les genoux. Je suis en retard pour un test knit et je suis dans mes petits souliers, pas agréable. Hier en promenade j'ai frotté longuement un feuille de sauge entre mes doigts, justement. Pépin avait goûté mais vite demandé s'il pouvait recracher, yuk! Un beau jardin de curé et son abbaye en ruines. Plus tard dans les bois des têtes blondes partout. Je les porte tour à tour, parce qu'en moment tout le monde a besoin de rassurer le bébé qui n'est encore pas si loin en eux. Un petit tout rond n'en revient pas qu'on puisse m'appeler maman moi aussi et ses yeux tout ronds sont délicieux. A la fin de la balade quelques gouttes et nos sourires radieux à tous. C'est drôle cet instant de joie partagée nos yeux à tous levés vers le ciel. Communion. 

Dans ma bolognaise des courgettes, du miel et des pincées de 4 épices. Pas très protocolaire! On rentre la piscine, on se raconte la tête sous l'eau et les choses qu'il faut faire beaucoup, mais vraiment beaucoup, pour y arriver. Finalement tout le monde a les lèvres, les joues, les mains et le tee shirt même pour certains, rouges à la fin du repas et c'était drôlement bon. J'avais fait des pâtes vite en rentrant, les grands étaient partis faire du vélo dans la rue quand on tentait de lancer la tournée de pyjama. Melchior tranquille allait d'un chien à un renard en peluches et les câlinait tour à tour. Il lui dit souvent tu es vraiment le plus doux des bébés et c'est tellement vrai. Après le repas il me pointe son ventre tout rond d'avoir fini plusieurs fois son assiette en disant da, da, da, oui! avec le bonheur de raconter. 

Je désinvestis un peu les mots au profit des sens. Dans cet endroit qui me plaît tant, contre le muret je me dis que je ferai une liste des choses qui me plaisent tant. Puis finalement (le talent me fait peut-être défaut!) je veux garder ces lumières que je peux rappeler sous me paupières, le soir au delà du pré, le bruits de ses mains sur le papier quand elle m'écrit de son écriture saccadée le nom de mes plantes préférées dans son jardin (celles là craignent le gel et celles ci non!). L'odeur d'huiles essentielles du futon de la séance de shiatsu, que je garderai quelques jours dans les cheveux. La pâte à tarte un peu épaisse de la tarte aux nectarines, tu as mis un peu d'anis dedans? Sa main dans mon dos qui me surprend quand on se dit au revoir sans en avoir envie. Est-ce qu'il pense au même souvenir que moi? On a retissé une constellation familiale, je n'ai pas envie de rentrer et d'avoir à étirer ces fils tout frais et d'une merveilleuse couleur. Un terrain et on construit un kerterre dessus? Les garçons pourraient aller pêcher avec B. le week-end et faire du bois avec J! J'essaie de me raisonner mais ça me brûle de quitter ce cocon bâti si facilement de discussions nocturnes un cendrier trop plein sur la table, de balades dans la forêt jusqu'à la mer. J'ai vu mes garçons sur leurs épaules, le bain qu'il a donné à Melchior, Pépin et le crapaud qu'ils ont sauvé ensemble. Des battements de coeur et l'énergie amoureuse qui circulait entre nous. 










Passe une envie d'automne, des feux que je lui réclame, celui qu'on attend le matin les mains autour de la tasse fumante, le dernier de la journée le soir rien que pour tous les 2. C'est la nuit, la journée que j'ai dans la tête se brouillardise un peu. On est allé à la fête du village, ce genre de moments qu'avoir des enfants te fait vivre. C'est notre moment film de Depardon. On se croirait pas dans un Strip-tease plutôt? On ne savait pas que tous ces gens là habitaient tout près, nous on est dans notre impasse dans les bois. Les gens nous disent "tout là bas" quand ils parlent de notre cabane. Vous êtes bien tout là bas? Vous avez du soleil malgré les arbres? C'est notre fameuse bulle, celle dans laquelle on nous dit parfois qu'on vit -et même lui aussi tien!-, qui sévit encore. On ne connaît personne ou presque, on est un peu gauches. Bonjour le maire, les premiers voisins à qui je demande comme un cheveu sur la soupe de venir arroser le jardin quand on sera parti. Mais qu'est-ce qui m'a pris de leur demander ça comme ça? Heureusement il y a quelques petits patients, des bisous pleins de ketchup et des discussions avec les mamans. Le bulletin, les exercices tous les jours, et l'été dehors dehors dehors le plus possible, et vous lui racontez 3 livres par jour au moins. 

On joue à faire semblant de se rencontrer. Tu te dirais quoi si tu me voyais? Je ne lui dis pas, mais en regardant ses yeux plissés et ses milliards de points dorés sur ses joues je me dis que j'aimerais vivre des journées entières de premieres fois à ses côtés. Ce moment délicieux où en le regardant de côté j'ai entendu en moi comme j'allais l'aimer. Quelques nuits plus tard dans le noir je guette des mots qui ne viennent pas. Jee sens qu'il y pense aussi et je le sers plus fort, toute cachée dans son dos. On sait faire, maintenant, les conversations en filigrane entre les mots brouillés par le sommeil la nuit et qui continuent le jour, entre les mots de la vie qui parlent cumin, sandales et de quand le chien était encore là. J'ai envie de le presser comme un citron, je pourrais lui die dire comment tu penses ça, mais vraiment, tout le temps. Comme si je pouvais le connaître tout entier, cette découverte qui me prendra toute la vie. 

Je descends avec Melchior dans les bras et un grand saladier. Ce midi on mange des penne aux pommes de terre, oignons rouges et roquette. Pendant que je coupais l'oignon en pleurant les garçons se rinçaient du sel de la matinée à la plage. Je peux t'aider maman? Je suis un peu dans mon truc, un peu fatiguée d'hier soir la fête tard, la longue marche dans l'eau ce matin. Je regarde plusieurs fois la recette comme si ça ne voulait pas rentrer, ce qu'il fallait que je fasse de l'ail. Oui bonne idée, tu peux mettre la roquette dans le saladier. J'ai mon papyrus, l'agapanthe et la plante bec de perroquet sous les yeux en faisant la vaisselle. Elles repartiront avec nous, elle me les a préparées et données. Petits patches à mettre sur des genoux de pantalons usées.