Plaisirs: amener le thé à la citrouille au bureau. M. qui veut goûter, "ça se mange comme les chips le thé en fait non?". Une heure à tondre, peut-être bien plus, à contourner les petits chats en trottinette, la vidange cérébrale idéale. Sur le canapé, le bol de lentilles qui tire un peu sur le petit pot de bébé, et à la radio une pièce de théâtre décortiquée, que je ne verrai jamais mais qu'il est bon de savoir qu'elle existe. La rhubarbe en forme, bien sûr. Tiens, aussi, sur le chemin de la voiture, grappiller un temps juste à moi en arrachant quelques pissenlits... J'aurai pu sentir les pivoines, ou essayer de jouer au chat pour ne pas déranger cet oiseau tout occupé à ses petits matins. 

Dans la voiture il m'entend lui dire c'est quand même embêtant que les disputes ne se terminent jamais, entre nous. Jamais de conclusion, on n'a plus une vie à se faire la tête 3 jours, mais au fond... Et il ne répond pas. Ça vaudrait bien une heure de tondeuse en plus, et les jours sans baisers de bonjour/bonne nuit s'accumulent. Sensations mi-orties mi-caillou dans la chaussure. La vie de famille dit vie aussi, de l'amour il y en a dans beaucoup de nos paniers, les carottes pour avancer.  

Petit sac en tissus habituel, et dedans une part de tarte courgettes-boursin, un pot de... mixture(?) aux graines de chia, banane et dattes, un peu de risotto aux légumes ou demain quelques crêpes. Les dinettes du bureau blanc, un podcast pas loin. Mais plus trop "Les pieds sur terre", je suis un peu lassée. Dans la matinée je dis oh j'ai déjà l'air d'une gamine, autour d'un thé, sans trop le penser vraiment. Je crois qu'en fait j'accueille à bras bien ouverts la gamine que j'aurai du être, si j'en avais eu l'occasion ou la place. Debout dans le jardin, à quelqu'un d'un peu inconnu mais plus tant je dis je suis maintenant persuadée que les gens font absolument au mieux qu'ils peuvent au moment où ils le font. Ça desserre beaucoup les mâchoires de dire ça, et c'est presque comme ci je le pensais à mon sujet aussi. C'est seulement une gymnastique, un petit mantra dont il faut accepter de se laisser imprégner... 

#19



Je m'étais levée, bien docilement. L'ogre nocturne avait eu son biberon, les affaires sur la chaise de la salle de bain m'attendaient. Robe vichy (la rouge pas la verte) et nu-pieds jaunes. Avant, l'eau qui bout et la théière, le thé même pas choisi mais qui fera bien l'affaire. Le verre d'eau avant toute chose parce qu'on m'a dit. Dans le petit sac à étoiles qui traîne toujours pas loin j'ai préparé le pack-lunch pendant que c'était encore dans ma tête, autant ne pas avoir à grignoter ces affreuses barres-repas qui trainent dans mes placards au boulot. Promis quand j'ai fini le stock je n'en rachète plus! La salade de pommes de terre aux oignons rouges d'hier, et une part de pizza aux légumes, d'avant hier ça. Le gilet en laine et les lunettes sont dans la voiture, de ces petites choses de la liste des alléger-simplifier les "il faut penser à ça". Je sais que j'en demande beaucoup, ici on n'a pas tant de post-it qui viendraient cacher la vue. Pas de kermesse ou d'horaires de bus, pas d'enfants à houspiller pour être à l'heure là ou là... Mais une petite pile mentale de carrés jaunes quand même, l'ostéo, l'agenda un peu trop noirci, les artisans qui vont et viennent, et quel jour déjà? Comme tout le monde! De ma liste est sortie quand même des idées qui libèreraient du temps de cerveau. Dis, si on achète le moins du moins sur internet, c'est moins de mails et de sms, c'est ne pas avoir à aller au relai etc, c'est des cartons/plastiques à jeter en moins, non? Fière de ma trouvaille, j'ai donc ma petite liste de choses que j'aurai commandées fissa et qu'il faudra acheter ou se fabriquer au fur et à mesure. C'est la librairie du coin qui va être contente! Aussi on essayait de faire baisser cet horrible budget courses, alors les tickets de caisse de côté, se rappeler de noter sur le calendrier, faire le total... du bazar quoi, qui nous donnait toujours l'impression de ne pas faire tout à fait bien. A la place on tente le portefeuille de courses, breveté Tinoftea : ) On retire en liquide le budget qu'on aimerait bien respecter, et on paie toutes les courses (oui, oui même le pain François!) avec. Il se pourrait bien que les 1ers temps il soit vide le 15 mois, mais le jardin regorge de pissenlits, et les placards de lentilles, sauvés!

Voilà la vraie vie brute, les petits virages qui laissent le goût de décider pour de vrai, de sortir de la roue de hamster de la vie de grands. Une nuit on entend la pluie jusque dans le conduit du poêle, ce petit bonheur d'être entourée de couettes. Je me suis enfin remis un roman sous les yeux, des mots gratuits qui n'ont que le plaisir pour but. Je les enchaîne en grappillant un chapitre en plus sur la fatigue. Le lendemain les grognements matinaux d'Odilon me réveillent, oui encore, lui retourne au sommeil mais pas moi. J'ai pensé trop vite aux théières solitaires, aux mailles rouges qui ont besoin d'avancer, à cette séance de sport qui donne l'air bête à rattraper, aux animaux qui ne sont dans le jardin que quand il y a personne pour les croiser à guetter. A la radio la voix -pas belle, je n'aurai pas imaginé- d'Arnaud Desplechin et d'un coup la vie aux fauteuils en velours toutes les semaines me manque. La pile de plaisirs des petits matins, sans horloge à regarder du tout en prime. C'est aussi qu'on a tripoté mes muscles "poubelle des émotions", ceux sur les côtés du nombril, et depuis c'est la purge, nez qui coule et voix qui se barre. Puis il y a la tarte aux courgettes à faire, et les millionnaire shortbread, même si je n'ai plus de golden syrup. On fera le plein cet été... Ce soir on fait la fête des voisins au village, les liens à tisser encore. Avant un tout petit peu de travail, ces visites hors bureau des jours normalement pas travaillés qui goûtent ces jours d'école fin juin, légers et trop ensoleillés pour être vrais. Dehors dans un pot de yaourt des bulbes d'iris attendent de trouver leur maison, je ne sais pas trop quelle est leur place dans le jardin. Je ne sais plus de quelle couleur ils sont, a dit le voisin, mais ils sont beaux tu verras

#18


Le samedi c'est le jour des papas au travail. Ils sont en short ou en jean qui disent que leur semaine est terminée. Ils font comme ci mais eux aussi sont bavards, après quelques rendez-vous intimidés ou pas très concernés. Ils me racontent les missions à Mayotte, la sciatique de leur maman et parfois leur crainte d'être peut-être trop sévère? C'est que moi j'ai pas de patience aussi. Je vois que ces couples du samedi, enfant unique et père aux commandes pour un tout petit temps. C'est savouré de toutes parts, les bisous d'encouragements avant, travaille bien fils, et ceux d'après pour dire c'est bien!. J'adore être celle qui partage ça, et cette petite place du village qu'est la salle d'attente. Le samedi tout le monde a le temps pour rester un peu plus longtemps, les conversations entre les portes n'ont pas besoin de points de suspension et les larmes n'ont pas à être effacées en vitesse. Le petit train de la caisse à jouets n'est jamais aussi grand que le samedi, et de patient en patient il s'étoffe de nouveaux ponts et de nouveaux virages. Tu le ranges pas hein?

Lectures et échanges modifient les mots petits à petits, les phrases négatives -envers soi ou les autres- se font plus rares et sonnent plus pointues, insupportables. Ce qui m'agaçait m'émeut, et je regarde les choses avec des yeux de coéquipière plus que concurrente. Des envies sororales, mot qui semblait interdit à la fille unique que je suis. Une histoire d'empathie qui continue de tisser sa toile, bien moelleuse. Aux gens qui piquent encore beaucoup (ah les artisans-coquins, ah l'ex psychopathe...) on me suggère des "untel je te pardonne et je te libère" et penser que ces gens partent, un peu émiettés (dans la galaxie? Peut-être bien c'est un peu new âge!). Mais pendant un trajet en voiture je pense malgré tout à me dire que qu'il faut que je regarde la date de prescription pour porter plainte (préjudice moral? violences?). Pas encore tout à fait émiettés, quoi! 

La femme de mon père vient passer quelques jours. Comme d'habitude, les petites joies des visites. Préparer les menus sur le canapé, avec un livre de cuisine. Choisi au hasard cette fois-ci -entre 1 et 12 tu dis quoi? 12!-, c'est tombé sur celui du Pain Quotidien, bonne pioche! Je fais la pâte à cookies en avance, la soupe aussi, pour leur en servir un bol hier soir, mais le succès est plutôt mitigé. Les pâtes alphabet n'y font rien, et c'est de ces soirs où tout le monde (de moins de 18 ans) a envie d'être un farfadet un peu mal intentionné. On oscille entre bon sang de bois mais non! et je crois que tu as envie de d'être coquin, est-ce que tu as les yeux qui piquent d'être fatigué? Mi-parents, mi-c'est bientôt de la roulée sur le canapé avec un sourire et un pfiouuu sacrés petits mulots! La vie cubes à plein de faces!