#7


Jeux pyjamatés et barbouillés

Il y a cette petite gélule anti-stress à côté de ma moitié de croissant à la confiture de fraise. Le thé est aux amandes, et la manche du pull avance alors qu'à la radio on parle des candidats et que j'oscille entre rires et frissons dans le dos. Avec François on parle de cette habituation aux mensonges qui nous guette, et on est triste, parfois en colère, de plus en plus d'ailleurs. C'était la pire nuit depuis longtemps, Odilon et ses pleurs de nouveau-né, qui se calme en se laissant fondre dans les bras... ils me chauffent vite sous le poids de ce poupon alors que cette guimauve s'affaisse dans mon cou. Je ris en imaginant la scène, ce grand-gros bébé qui doit me dépasser de partout. Le reposer le plus doucement possible me rappelle de tout proches souvenirs... et les hurlements à peine après avoir touché le matelas aussi! Bref ce sont un peu les vacances, mais grâce à Odilon je me lève très tôt et profite d'un tête à tête avec le chien qui n'arrive pas très souvent. 

Les garçons sont invités à leur 1er anniversaire, on se fait mi-beaux mais c'est qu'on a nos habitudes de genoux-dans-la-boue maintenant. J'ai cuisiné une pie au cheddar et aux champignons, avec la ciboulette du rebord de la fenêtre. Pépin le timide, Odilon et son bol de chamallows... tout est à sa place. Les coups d'oeil aux autres et les approches discrètes, j'observe ça de loin, et je goûte la délicatesse de mon grand boucle d'or. Entre deux portes on parle de ce qu'on se dit de la vie, moi j'entends comme pas revendicativement, mais quand même, que je suis passée de l'autre côté. Je ne suis plus dans le circuit, en quelque sorte, je n'ai plus de questions à me poser sur "le sens" que je veux donner à ma vie, avec mon monsieur et mes enfants à la maison, mon travail petit par rapport au reste de la vie. C'est comme si on s'était offert un recul salutaire, comme si on vivait sur une montagne qui nous donnait un peu de souffle face à ce qu'on nous dit qu'est la vie. Je relirai peut-être ces mots en me disant que cette envolée lyrique est un peu ridicule, mais là entre ces deux portes, je me suis rendu compte à quel point je m'épargnais beaucoup de questions picotantes, que je n'avais pas de réponse à faire à cette amie taraudée et malmenée par la vie trop pleine (à part viens! mais je sais que ça n'est pas la solution pour tout le monde, la verdure sans voisins). 

Au yoga j'ai mon petit coin maintenant, et je retrouve la timide des cours de danse d'autrefois. C'est douillet et je suis à côté de celui qui fait tous les yeux fermés et va toujours jusqu'au bout des postures. Ça tire et ça respire jusqu'à des endroits dont je n'imaginais pas qu'ils pouvaient recevoir ces petites bulles salutaires. Vacances aux mélanges d'après-midi nouvelles copines d'ici, rencontre avec des poneys shetland qui donnent envie d'en cacher un ou deux dans le sac et de repartir avec, travauxtravaux qui salissent les chaussons mais donnent à la maison un air plus maisonnesque. Je travaille moins que prévu, mais ça ne m'émeut pas plus que ça. Les enfants mangent leurs premières pâtes aux ketchup et ça me donne plus le sourire que honte, ahah! Je lis un livre qui raconte comment avoir des poules et des ruches pendant le petit déjeuner (pancakes ricotta et sirop d'érable "robuste"). Je lui dis, bon, le miel, on va continuer quelques temps à l'acheter à côté je crois. En plus elle s'est mis à faire une tartinade mi-miel mi-noisettes concassées, ce serait bête de se priver....(hum la peureuse!). 


Je me couche en pensant à ces nouvelles routines, ce nouveau familier. Il y a l'odeur du feu que je sens du lit, que j'adore, cette présence qu'on n'imaginait pas nous manquer avant qu'on la fasse entrer dans nos vies. J'ai un livre qui parle de nuits de neige entre les mains en ce moment, et je me raconte que ça doit être drôlement bénéfique de se reconnecter à quelque ancêtre qui s'est réchauffé face au feu lui aussi un jour... aussi fantasque cette idée soit-elle, il y a du vrai, et pas très loin au dessus de moi, dans la grange où mon papi est né c'était bien la seule lumière, ces flammes. Maintenant quand je rentre de mes trois petits jours de travail il fait jour, alors je file dans le jardin avec les enfants. Enfin file... en rigolant je lui dis tu as vu comme entre le moment où on dit "on fait ça" et le moment où ça arrive il y a 20 minutes? C'est que c'est pas facile à passer dans les manches de manteaux, ces pattes dodues. Et qu'une envie de pomme ou de biscuit, ou d'un verre de lait, pourrait bien s'y glisser... Mais on y arrive toujours, et j'ai bientôt ma cisaille ou mon râteau dans la main, et la tête dans les branchouilles. Ça chauffe les bras, comme compagnons il n'y a que les oiseaux -pleins de différents-, les vroumvroums des engins des enfants, et le bruit des branches et des feuilles que j'organise et je me dis très clairement c'est ça qui va me sauver. J'ai l'impression d'être exactement là où il fallait que je sois, ces mouvements que je fais et qui n'étaient pas dans mon corps jusqu'il y a peu, je sens comme leur manque -à nouveau- dont je n'avais pas conscience, créait un dysfonctionnement. Le mot est un poil fort, mais disons bancalité au moins. Je reviens du compost et parcours tout le jardin avec un sourire qu'on dirait béat, car je me sens si heureuse que cet endroit nous accueille, et pour toujours si on le veut. C'est en ça que se construit l'envie d'avoir mon bureau ici, c'est dur de quitter cet endroit, presque aussi dur que d'entendre Odilon m'appeler derrière la porte quand ça arrive, petit chat serré. 

Lors d'un petit trou je choisis un papier d'un très beau vert. Je fais un brouillon, mais je ne rature rien, j'écris une lettre d'amour et je sais ce que je veux y mettre. Je recopie au feutre doré, et au dos je dessine une montagne de profiteroles, parce qu'on adore ça, qu'on a fêté la surprise-Odilon comme ça, et que j'en ai envie, de guetter les boules se former dans le four, c'est un peu magique. Ce matin j'en ai mangé deux avec de la confiture de citron, c'était drôlement bon. J'ai trouvé son mot en réponse au mien, sur le buffet, et l'ai pris pour l'accrocher dans mon coin réconfort dans mon étagère à thés au bureau. A côté, ils coulaient la dalle de béton et j'espérais que les petits loirs en haut se lèvent assez tôt pour voir ce joyeux spectacle. 

Les caresses dans le dos du moment c'est savoir qu'on présentera Odilon à ma grand-mère en avril, avec ces quelques jours à la mer. C'est la pile de livres qui donnent envie d'avancer l'heure du coucher tant ils sont de bons compagnons, les livres d'auto-bonheur (sic!) sont un peu remisés au profit d'histoires qui m'emmènent loin, miam. La semaine prochaine, c'est un peu les vacances. Il y a des tartes à la ricotta et au chocolat de prévues, et aussi des sablés à l'orange, parce qu'on aura de joyeuses visites. J'ai des envies de quilt et je crois que ce serait un doux projet qui pourrait m'accompagner jusqu'à l'été... 

#6



Petits chatons des bois... ou du jardin au moins! 

Pendant qu'ils faisaient des concours de vitesse camion/draisienne (et s'arrosaient avec le robinet extérieur HUM) j'ai fait mes premiers semis, en sautillant d'excitation ou presque. Courges dont les graines séchaient dans la cuisine depuis un moment, radis, concombre, tomates cerises, coriandre... c'est derrière la fenêtre et maintenant je n'ai plus qu'à guetter. Après c'était le temps d'avancer sur la 1ère manche de mon pull, pas follement excitant mais ça devrait aller vite avec mes bras de manchotte, avec les scones qui restaient du petit déjeuner, et les raleries de François face au rugby. 20h01 ça ronflotait déjà en haut, en haut c'était pizza et amaretto, et re-manche. Les bilans pas rigolos de demain ont l'air drôlement loin. Le dimanche qui sonne presque vacances, en somme!